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Attali choisit Fillon contre Sarkozy

Lundi 22 Mars 2010 à 14:01 | Lu 12909 fois I 31 commentaire(s)

Emmanuel Lévy - Marianne

Le patron de la commission pour la libération de la croissance française désormais pérenne était ce matin au micro de RTL. Jacques Attali, reconduit cette fois pour réfléchir à la sortie de crise, y a délivré un message laissant entrevoir la rigueur. Davantage d’efforts donc pour les classes moyennes, à l’instar de leurs homologues grecques qui viennent de perdre l’équivalent d’un salaire.


Attali choisit Fillon contre Sarkozy

Que venait faire Attali sur RTL au lendemain du second tour des Régionales  ? Officiellement rangé des bagnoles, en tout cas de la politique, l’ancien sherpa de Mitterrand était venu commenter des sondages opportunément commandés par Le Parisien et Les Echos sur la perception des Français en matière de rythme des réformes. Alors que Nicolas Sarkozy annonçait récemment « une pause » dans ce rythme, les sondages laisseraient entrevoir une étonnante appétence des Français pour leur poursuite : « Une majorité de Français favorable à la poursuite des réformes », titrait ainsi Les Echos


Ah bon ? Au total, 70% des Français entre les abstentionnistes et le vote FN, viennent de dire merde au système politique, et que trouvent à dire nos experts ? Les Français veulent que l'on continue les réformes!

Si Jacques Attali n’a pas embrayé sur ce thème, il s'est apparemment converti au « fillonisme » : « On ne peut pas vivre au fil de l’eau pendant trois, (sinon) on approchera d’une situation qui se rassemblera à celle de la Grèce. »

Qu’entend notre auguste augure ? Sus au déficit ! La potion du bon docteur Attali est connue d’avance : des économies sur les dépenses de l’Etat, et ce au moment où le risque de récession n’a pas disparu, loin s’en faut ; avec, éventuellement, de nouveaux impôts : « Le pays devra être confronté au fait que nous avons un déficit budgétaire qui explose (…) les impôts ne suffisent pas au niveau où ils sont actuellement ». Mais que l’on se rassure, le Président de Planet Finance qui prône le micro-crédit pour tous, a aussi un petit mot pour les classes moyennes écœurées des cadeaux fiscaux aux plus riches : « Il faut s’interroger sur la pertinence du bouclier fiscal. »


Vers de nouveaux impôts ?

Or, pour symbolique qu’il soit, le bouclier fiscal ne pèse que 500 millions d’euros tout au plus. Mais derrière se cachent des montagnes de petits et gros cadeaux fiscaux dont il s’agirait peut-être d’apprécier la pertinence comme dit Jacques Attali. Et ce pourquoi pas, avant même de remettre sur l’ouvrage la taxe carbone, cher au cœur de Jacques Attali, qui pourtant dans sa version initiale ponctionnait les ménages à hauteur 2,5 milliards d’euros sans distinction de revenu : bref une taxe forfaitaire parmi les plus injustes.
Dès lors, on pourrait peut-être affecter une nouvelle mission à la Commission Attali, puisque celle-ci semble être devenue une sorte de ministère bis de la prospective. Nous expliquer le lien entre déficit chronique de l’Etat et montée en charge des niches fiscales et autres exonérations, notamment pour ce qui est des plus-values mobilières. La Cour des comptes révélait récemment que les recettes ont été petit à petit grignotées de presque 140 milliards d’euros.
Que dire également de l’accord passé entre le gouvernement et les sociétés concessionnaires d’autoroutes, en début d’année. Elles viennent d’obtenir la prorogation d’un an de leur droit, contre une vague promesses de « verdissement » de leurs investissements. Concrètement cela privera l’Etat, certes dans une vingtaine d’année d’une dizaine de milliards d’euros de recettes, autant qui resteront dans les poches de Vinci et d’Eiffage. Que dire également de la mega niche fiscale de 20 milliards d’euros pour 6 000 entreprise s (parmi les plus grosses), dont personne, sinon les lobbies qui furent à l’origine de son adoption, n’avait compris l’enjeu et le coût monstrueux pour les finances publiques.
Alors, oui, Jacques Attali a raison de conclure que "La France est un pays dont la justice sociale laisse à désirer", encore faudrait-il qu’il s’interroge également sur la justice fiscale fortement mise à mal depuis 20 ans. Une mission difficile au regard de la composition de ladite commission...








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