Marianne2 2012

Assurance maladie : la solidarité est vitale

Dimanche 16 Mai 2010 à 17:01 | Lu 8465 fois I 44 commentaire(s)

Tribune - Elie Arié

Selon Elie Arié, remettre en question le principe solidaire de notre système de santé serait le rendre inhumain et discriminant.


Ainsi, Alain Minc estime, à partir du cas de son père âgé de 102 ans pour lequel l’ Assurance-Maladie aurait dépensé, d’après lui, trop d’argent en l’hospitalisant quinze jours dans un service de pointe, que les soins des personnes « très âgées » devraient être à leur charge ou à celle de leurs héritiers, et souhaite que le Parti Socialiste inscrive cette proposition si généreuse dans son programme (curieusement, il n’a pas fait cette suggestion à Sarkozy, dont il est pourtant le conseiller).

Passons sur le fait que M. Minc père a dû cotiser à la Sécurité Sociale pendant 65 ans, ce qui lui donne peut-être quelques droits ; à l’évidence, Alain Minc ignore ce qu’est la solidarité (bon, ce n’est pas un scoop).

Mais il met là le doigt dans un engrenage bien connu et très dangereux.

Tous les systèmes de soins socialisés, devant financer une demande potentiellement infinie avec des sommes qui ne peuvent pas être illimitées, doivent obligatoirement décider de ce qu’ils prendront en charge, et de ce qu’ils laisseront à la charge du malade ; problème qui ne se pose pas dans les systèmes non socialisés, pour lesquels c’est l’argent qui opère cette sélection : chacun se soigne en fonction de ses moyens.

Dans les sociétés civilisées, ce choix s’opère en fonction de critères d’utilité et d’efficacité médicales, et de gravité des maladies. Mais il y a toujours un risque de glisser de la problématique : « décider CE qu’il faut financer ou pas » (les maladies) à celle de «décider CEUX qu’il faut financer ou pas » (les malades).

Pourquoi Alain Minc propose-t-il d’exclure du financement collectif les gens « très » ( ?) âgés ? Parce qu’économiquement, ils sont socialement inutiles et improductifs, ou en tous cas moins utiles et productifs que les autres.

Une fois le processus enclenché, et dans l’impossibilité de fixer artificiellement un seuil définissant les personnes « très âgées », on voit bien quelle sera, logiquement, l’étape suivante : ne plus prendre en charge l’ensemble des retraités, économiquement moins utiles que les actifs ; étape franchie en Roumanie, du temps de Ceaucescu, où les retraités n’avaient plus le droit d’ être hospitalisés.

Et l’étape d’après consistera inévitablement à s’interroger sur l’ utilité économique et sociale des actifs eux-mêmes , problème soulevé depuis peu dans le NHS britannique : un cadre créatif ou un professeur de Faculté passeraient alors avant un ouvrier non qualifié, plus facile à remplacer (au fait : quelle est l’utilité sociale d’ Alain Minc ? Comment la mesurer ? En demandant son avis à Carlo de Benedetti, qui a « bénéficié » à une époque des conseils financiers d’ Alain Minc, avec les résultats que l’on sait?).

Ainsi, cette approche purement économiste d’un système animé, à sa conception, par l’idéal humaniste de garantir une égalité d’accès aux soins à tous, indépendamment de leurs revenus, aboutirait à ce qu’en fin de comptes, ceux qui seront soignés seraient à peu près les mêmes que ceux qui l’étaient déjà dans un système totalement libéral, dans lequel chacun ne pouvait se soigner que selon ses moyens.

Au fond, Alain Minc reste logique avec lui-même : tout ce qui est humain lui est étranger.








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