Marianne2 2012

Après les fourmis et les cigales, voici la génération sauterelles

Mardi 18 Mai 2010 à 11:01 | Lu 13961 fois I 35 commentaire(s)

Bernard Maris - France Inter

Avec France-Inter, la chronique de Bernard Maris , journaliste et écrivain. La génération sauterelle , après la génération cigale des épargnants va constater qu'il n'y a plus rien à consommer car on ne produit plus rien.


Quelle chose étrange ! La génération de 1945 était celle des reconstructeurs, des rebâtisseurs d’un monde détruit. Épargne et investissement plus consommation grâce à la redistribution ont tiré les Glorieuses. Génération de fourmis. Puis vint la génération des cigales, qui dépensaient sans produire. Les cigales inventèrent l’endettement sans fin, en repoussant le remboursement sur les générations ultérieures, c’est-à-dire en empruntant de plus en plus pour rembourser ; vint le moment où, après avoir prêté aux riches, on se mit à prêter aux pauvres. Ce fut l’affaire des subprimes. Comme on ne trouvait plus de débiteurs chez les riches, on alla les chercher chez les pauvres. L’économie mondiale devient un vaste système à la Madoff.

On emprunte de plus en plus pour rembourser, on fait de l’argent parce que de plus en plus de prêteurs arrivent. Ca ressemble au système de la chaîne de Ponzi. Deux qui remboursent le premier, puis quatre qui remboursent les deux, puis huit qui remboursent les quatre etc. jusqu’à ce que personne ne puisse plus entrer dans le jeu. Crise des subprimes, faillite des banques. Et c’est là qu’un deuxième système Madoff se met en place.
Une chaîne de Ponzi publique se substitue à la chaîne privée. C’est le grand économiste Nouriel Roubini qui rappelle ces chiffres : durant la crise asiatique de 1998, la Corée du sud bénéficie d’un plan d’aide du FMI de... 10 milliards de dollars. Je vous vois sourire. Pour le sauvetage de la Bear Sterns, c’est 40 milliard que le public met au pot. Pour Fanny Mae et Freddie Mac, 200 milliards. Pour AIG, 250 milliards de dollars. Puis, pour la totalité du secteur bancaire américain, 700 milliard. Mais tout ça n’est que de la rigolade à coté du plan de sauvetage européen pour la Grèce : là, c’est vraiment du lourd : entre le FMI et l’Union européenne on frise les 1000 milliards de dollars. Vous me direz, imprimer des euros c’est comme imprimer des dollars...

Ce n'est pourtant pas la même chose.  Quand vous imprimez des dollars, vous imprimez du papier accepté dans le monde entier parce que les transactions du monde entier se font en dollars et que les stocks de monnaie détenus dans le monde entier sont essentiellement libellés en dollars. Dollar as good as gold. On ne peut pas en dire autant de de l’euro. Quand vous imprimez des euros, vous faites plus de l’inflation que du capital.

En réalité, après les cigales et les fourmis, nous allons avoir une génération auterelles. Il s'agit de la fille légitime des générations cigale. Après avoir tout consommé sans produire, les nouvelles générations vont constater qu’il ne reste plus rien à consommer. Par exemple le Programme des Nations Unis pour l’Environnement vient d’annoncer que sans restructuration du secteur de la pêche, les poissons disparaîtraient des océans d’ici... quarante ans. En 2050. Chut ! On ne parle pas d’environnement en période de chômage !


 Après les fourmis et les cigales, voici la génération sauterelles








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