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Après le Goncourt, Marie NDiaye gagne le prix de la girouette

Jeudi 12 Novembre 2009 à 07:01 | Lu 23498 fois I 183 commentaire(s)

Sylvain Lapoix - Marianne

Pour des propos très durs sur le sarkozysme tenus dans Les Inrockuptibles, le prix Goncourt Marie NDiaye s'était vu demander par Eric Raoult de respecter un «devoir de réserve». Mercredi 11 novembre, sur Europe 1, elle a courbé l'échine. Avant de changer de pied dans la journée dans un persiste et signe un peu ridicule. Décidément, c'est la poisse chez Sarkoland.


Si quelqu'un avait raconté la blague, personne ne l'aurait cru : mardi 10 novembre, le très droitier député UMP de Seine-Saint-Denis Eric Raoult, s'était fendu d'un communiqué pour critiquer les propos acides de Marie NDiaye sur le pouvoir sarkozyste, exigeant du prix Goncourt qu'elle observe un «devoir de réserve» due à son prix... et envisageant même d'en appeler au ministre de la Culture pour faire taire celle qui disait trouver «monstrueux» le pouvoir de Nicolas Sarkozy.

Là où la blague devenait carrément tordante, c'est quand, en vérifiant d'où venait les propos, nous avons réalisé que l'interview des Inrockuptibles à laquelle il faisait référence datait... du 30 août 2009, soit deux mois et demi avant qu'elle ne reçoive son prix ! Le tout en invoquant un devoir de réserve qui, heureusement, n'a jamais existé, comme l'a d'ailleurs remarqué Bernard Pivot. Sacré Eric Raoult, toujours le mot pour faire marrer la majorité !

Sur Europe 1, Marie NDiaye accepte un devoir de réserve qui n'existe pas

Malheureusement, lundi 9 novembre, interviewée par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, Marie NDiaye avait déjà remballé sa colère et sa révolte comme on balaie une mèche disgracieuse au passage d'un cortège militaire : «c'est une phrase très excessive, a-t-elle corrigé.
- Ce n'est pas de vous ? A demandé Elkabbach.
- Non, bien sûr.»

Ce qui est bien entendu assez peu vraisemblable, la réputation de Nelly Kaprielian, la journaliste des Inrocks ayant réalisé l'interview étant plutôt bonne. En quelques phrases, l'auteur ramenait la violence de son jugement précédent à des considérations de météorologie humaine digne d'un comptoir de PMU : «je ne veux pas avoir l'air de fuir je ne sais quelle tyrannie insupportable, a-t-elle pondéré. Seulement, depuis quelques temps, je trouve l'atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble que, à Berlin, actuellement, elle est plus exaltante.» Entre la rébellion et le Guide du Routard, Marie NDiaye aurait-t-elle choisi son camp ?

Quand Marie NDiaye se révoltait contre ces politiques qui tuent l'intelligence et les valeurs

A l'époque de l'interview dans les Inrocks, Marie NDiaye n'y allait pas avec le dos de la cuillère. C'est tout juste si elle n'appelait pas les citoyens à prendre le maquis .... ou l'avion pour Berlin comme elle : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l’écrivain Jean-Yves Cendrey, et leurs trois enfants – ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d’être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j’ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d’une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j’aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : “La droite, c’est la mort.” Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »

Mais la Marie NDiaye décorée du Goncourt a perdu la colère de la Marie NDiaye auteur libre. L'a-t-elle fait  pour ne pas compromettre les ventes de son livre en France ? Ou bien simplement juge-t-elle aussi, comme Eric Raoult, que ses propos ne sont plus de saison pour une ambassadrice de la culture française que devient forcément le vainqueur du Goncourt ?

Coup de théâtre, jeudi 12 novembre au matin, à la faveur des émissions matinales des radios françaises, Marie Ndiaye change une fois de plus son fusil d'épaule pour confirmer ses propos, ses critiques et en rajouter notamment sur « la traque des étrangers »... « Je n'ai pas de devoir de réserve, insistait-elle sur France inter, je ne suis pas une fonctionnaire. »


Le retour de sa liberté de ton ? Le prix Goncourt a probablement su se faire à l'atmosphère de son milieu : de Bernard Pivot à l'Académie Goncourt et tout le landernau littéraire s'était jeté à voix raccourcies sur les ondes pour décrier « l'inculte » Eric Raoult, dont l'idée d'un droit de réserve était jugé aussi grotesque qu'inquiétante. Profitant que l'entretien avec Jean-Pierre Elkabbach soit passé quasi inaperçu, l'écrivain s'est reforgée dans la nuit une statue d'insurgée. Si bien que ce matin chez Sarkoland, c'est Eric Raoult qui est mis au piquet et doit s'appliquer à lui-même le devoir de réserve qu'il croyait imposer à l'écrivain.


Article actualisé le 12 novembre à 8h27










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