Après le G7, c'est la chasse aux protectionnistes!
Mardi 17 Février 2009 à 11:13 | Lu 7799 fois I 54 commentaire(s)
Philippe Cohen
Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur
La campagne contre le protectionnisme se poursuit dans les médias. En dénonçant le repli à l'intérieur des frontières nationales alors qu'aucun des partisans du protectionnisme ne le propose. Mais il est tellement plus pratique de lutter contre des moulins à vent.
Ce matin, sur Europe 1 et France Inter, la chasse aux protectionnistes était à l’ordre du jour, comme si nos décideurs tenaient expressément à montrer qu’ils avaient bien retenu la leçon du G7 contre le protectionnisme. Jean-Pierre Elkabbach invitait Patrick Devedjian, Ministre chargé de la mise en œuvre du plan de Relance, à répondre à l'accusation de protectionnisme contre la France à propos du plan d'aide à l'automobile.
Elkabbach, ministre de la Relance ?
« L'Europe donne des réponses nationales » a d'abord instillé Elkabbach. Ce à quoi Devedjian a répondu que l'aide aux groupes automobiles profitait aussi aux autres économies puisqu'ils sont implantés partout et font travailler des sous-traitants de tous les pays. Mais Elkabbach revient à la charge : « Chacun est en train de dire "produisons et achetons français", "produisons et achetons allemand", "produisons et achetons anglais", etc. », appelant ensuite à rejeter le protectionnisme comme si c'était lui, le ministre de la Relance.
À la même heure sur France Inter, Dominique Strauss-Kahn défendait d'abord l'idée que « la crise était une crise de la régulation », niant donc implicitement que la crise est d'abord celle de la demande, provenant d'une distorsion du partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés (voir vidéo) :
Elkabbach, ministre de la Relance ?
« L'Europe donne des réponses nationales » a d'abord instillé Elkabbach. Ce à quoi Devedjian a répondu que l'aide aux groupes automobiles profitait aussi aux autres économies puisqu'ils sont implantés partout et font travailler des sous-traitants de tous les pays. Mais Elkabbach revient à la charge : « Chacun est en train de dire "produisons et achetons français", "produisons et achetons allemand", "produisons et achetons anglais", etc. », appelant ensuite à rejeter le protectionnisme comme si c'était lui, le ministre de la Relance.
À la même heure sur France Inter, Dominique Strauss-Kahn défendait d'abord l'idée que « la crise était une crise de la régulation », niant donc implicitement que la crise est d'abord celle de la demande, provenant d'une distorsion du partage de la valeur ajoutée au détriment des salariés (voir vidéo) :
Verbatim :
- « En Europe, chaque pays fait son propre plan de relance, ça manque ? » s’inquiète Eric Delvaux.
- (...) « La coordination est plus forte en Europe que dans le reste du monde » répond DSK avant de continuer plus loin : « Quand chacun rentre chez soi, chacun a ses contraintes nationales ; Vous avez cette polémique sur le protectionnisme… »
- « La tentation du protectionnisme, la France est en zone rouge ? » s’angoisse Delvaux.
- « Non pas plus que les autres » peut rétorquer le maitre d’école DSK. Avant d’ajouter qu’une situation dans laquelle les états donc les contribuables renflouent les banques créent des réflexes nationaux normaux : « cette manière de rechercher des solutions nationales, c’est humain. J’ai eu des responsabilités politiques, je sais ce que c’est. »
- « En Europe, chaque pays fait son propre plan de relance, ça manque ? » s’inquiète Eric Delvaux.
- (...) « La coordination est plus forte en Europe que dans le reste du monde » répond DSK avant de continuer plus loin : « Quand chacun rentre chez soi, chacun a ses contraintes nationales ; Vous avez cette polémique sur le protectionnisme… »
- « La tentation du protectionnisme, la France est en zone rouge ? » s’angoisse Delvaux.
- « Non pas plus que les autres » peut rétorquer le maitre d’école DSK. Avant d’ajouter qu’une situation dans laquelle les états donc les contribuables renflouent les banques créent des réflexes nationaux normaux : « cette manière de rechercher des solutions nationales, c’est humain. J’ai eu des responsabilités politiques, je sais ce que c’est. »
En fin de compte, Jean-Pierre Elkabbach comme Patrick Devedjian comme Éric Delvaux et Dominique Strauss-Kahn, tous procèdent du même raisonnement, que l’on peut schématiser ainsi : protectionnisme = repli national = mauvais.
Mettre fin aux distorsions de concurrence
Sauf que personne, en réalité, ne propose de protectionnisme national. Ceux qui proposent une alternative protectionniste considèrent qu’elle ne peut aujourd’hui n’exister qu’à l’échelle européenne. De quoi s’agit-il en fait ? De mettre fin aux distorsions de concurrence nées des dumpings sociaux (le salaire ouvrier dans les pays émergents), monétaires (comme l’a reconnu d’ailleurs DSK à France Inter) et environnementaux qui ont provoqué le chômage de masse et la compression salariale en Europe depuis vingt ans.
En outre, ce protectionnisme européen pourrait ne pas être agressif et même se montrer altruiste, surtout si l’on retenait la proposition d’une taxe Lauré (du nom de l’inventeur de la TVA) : celle-ci consisterait à reverser au pays producteur la différence entre le prix qu’il propose pour la marchandise importée et le prix du marché local. Exemple : une chaussure fabriquée en Chine coûte 20 euros contre 50 pour une chaussure made in Europe ; la paire chinoise serait ainsi mise en vente 50 euros tandis que le différentiel de prix serait reversé au producteur pour qu’il puisse augmenter les salaires en Chine.
Reste une question : pourquoi les partisans du libre-échange à tout prix, et, dans l'ensemble, tous les décideurs, croient-ils utiles d'inventer de toute pièce un protectionnisme national et xénophobe, si ce n'est pour éviter le débat de fond ?
Mettre fin aux distorsions de concurrence
Sauf que personne, en réalité, ne propose de protectionnisme national. Ceux qui proposent une alternative protectionniste considèrent qu’elle ne peut aujourd’hui n’exister qu’à l’échelle européenne. De quoi s’agit-il en fait ? De mettre fin aux distorsions de concurrence nées des dumpings sociaux (le salaire ouvrier dans les pays émergents), monétaires (comme l’a reconnu d’ailleurs DSK à France Inter) et environnementaux qui ont provoqué le chômage de masse et la compression salariale en Europe depuis vingt ans.
En outre, ce protectionnisme européen pourrait ne pas être agressif et même se montrer altruiste, surtout si l’on retenait la proposition d’une taxe Lauré (du nom de l’inventeur de la TVA) : celle-ci consisterait à reverser au pays producteur la différence entre le prix qu’il propose pour la marchandise importée et le prix du marché local. Exemple : une chaussure fabriquée en Chine coûte 20 euros contre 50 pour une chaussure made in Europe ; la paire chinoise serait ainsi mise en vente 50 euros tandis que le différentiel de prix serait reversé au producteur pour qu’il puisse augmenter les salaires en Chine.
Reste une question : pourquoi les partisans du libre-échange à tout prix, et, dans l'ensemble, tous les décideurs, croient-ils utiles d'inventer de toute pièce un protectionnisme national et xénophobe, si ce n'est pour éviter le débat de fond ?
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