Après la presse people, la presse faite par les people
Vendredi 4 Décembre 2009 à 07:01 | Lu 6709 fois I 18 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Cohn-Bendit rédacteur en chef du Nouvel Obs, Sarkozy qui s'assoit dans le fauteuil du chef du Grand Journal de Canal-Plus. De plus en plus, les médias rivalisent d'imagination pour confier à des politiques, des intellectuels mais aussi des people la rédaction en chef de leur publication.
Heureux temps de l’ORTF où le ministre de l’information « faisait » l’actualité et nommait ses proches aux postes clés des rédactions. Desserré l’étau du pouvoir, nombreux sont les médias qui semblent cultiver un brin de nostalgie de cette époque bénie.
Ainsi ce ne sont plus les politiques qui « font » l’information et placent leurs proches ici où là, ce sont désormais les médias qui invitent, selon l'humeur, politiques, écrivains, intellectuels, ou encore vedettes du show-biz à diriger temporairement leurs rédactions.
Ainsi du Nouvel Observateur qui, cette semaine, offre sa Une au leader d’Europe-écologie avec pour titre « Daniel Cohn Bendit, rédacteur en chef de l’Obs ». En voilà une info. On comprend que pour Dany le job ne sera que temporaire. Il n’empêche. Il est des symboles qui font sens.
Pourquoi ce besoin d’introniser Dany le vert « rédacteur en chef » du journal. Initiative assez désobligeante pour l’actuel titulaire du poste et plus sérieusement qui figure un rapport de hiérarchie, voire de soumission assumée sinon revendiquée du médiatique au politique.
Le Nouvel Obs cherche sa ligne. La bataille éditoriale que se livrent Denis Olivennes et Jacques Julliard en est la démonstration chaque semaine. Dany avec son visage « joyeux et fraternel » dixit Olivennes, est appelé au secours pour proposer sa troisième voie verte et œcuménique. Il donne donc son avis sur tout, de Copenhague à la main de Thierry Henry. Seule la dernière page d’annonces « propriétés et châteaux » l’a moins inspiré.
Ainsi ce ne sont plus les politiques qui « font » l’information et placent leurs proches ici où là, ce sont désormais les médias qui invitent, selon l'humeur, politiques, écrivains, intellectuels, ou encore vedettes du show-biz à diriger temporairement leurs rédactions.
Ainsi du Nouvel Observateur qui, cette semaine, offre sa Une au leader d’Europe-écologie avec pour titre « Daniel Cohn Bendit, rédacteur en chef de l’Obs ». En voilà une info. On comprend que pour Dany le job ne sera que temporaire. Il n’empêche. Il est des symboles qui font sens.
Pourquoi ce besoin d’introniser Dany le vert « rédacteur en chef » du journal. Initiative assez désobligeante pour l’actuel titulaire du poste et plus sérieusement qui figure un rapport de hiérarchie, voire de soumission assumée sinon revendiquée du médiatique au politique.
Le Nouvel Obs cherche sa ligne. La bataille éditoriale que se livrent Denis Olivennes et Jacques Julliard en est la démonstration chaque semaine. Dany avec son visage « joyeux et fraternel » dixit Olivennes, est appelé au secours pour proposer sa troisième voie verte et œcuménique. Il donne donc son avis sur tout, de Copenhague à la main de Thierry Henry. Seule la dernière page d’annonces « propriétés et châteaux » l’a moins inspiré.
Un Libé spécial journalistes ?
Libération est également habitué de ce genre de fantaisies proposant régulièrement le Libé des philosophes, le Libé des historiens ou encore le Libé des écrivains. Son rédacteur en chef cette année: Philippe Sollers. Le résultat est très inégal. Certains jouent parfaitement le jeu journalistique au point qu’on se demande l’intérêt de faire appel à des grandes plumes pour un tel résultat, d’autres préfèrent les contournements stylistiques ou les leçons de morale. L’exercice ne fait pas l’unanimité. Ancien fondateur de Libération, le journaliste Philippe Gavi avait livré sur le blog de Renaud Revel une lourde charge contre cette « info avariée et péteuse » : « En faisant intervenir sur l’actualité des personnalités qui, par principe, privilégient le style et le commentaire sur les faits et les procédures qui légitiment notre profession (enquête, vérification des faits, puis écriture), le quotidien devient un torchon fantasmatique, même pas bien écrit ».
Conclusion de Philippe Gavi: « Libé fait la catin, outrageusement maquillée à coups de petites crottes, d’approximations, de stéréotypes, de verbiage poujadiste, de commentaires foireux. Ce n’est pas ainsi qu’on regagne des lecteurs. Il n’y a pas les moyens ? Il fut un temps où Libé était fauché mais ses journalistes étaient sur tous les fronts. Moi, je n’ai pas envie que Libé crève ». Rude.
Le Libé des philosophes, initiative intéressante au demeurant, pourrait prêter le flanc aux mêmes critiques. La philosophie réclame le temps long de la réflexion, se frotter à l’actualité est un exercice aussi rafraîchissant que périlleux. Ainsi de Michel Serres, philosophe de l’Universel, investi du rôle de l'éditorialiste et qui a semblé moyennement inspiré par le débat sur l’identité nationale : « j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan ». On cherche encore la « plus-value » philosophique.
Ni écrivains, ni philosophes, ni historiens, NTM a également exercé le job de rédacteur en chef de Libé. Car les vedettes du show-biz sont également régulièrement sollicitées pour s'asseoir dans le fauteuil du chef de la rédac'.
Les gratuits en sont, eux aussi, particulièrement friands avec Bénabar et Kool Shen par exemple.
Conclusion de Philippe Gavi: « Libé fait la catin, outrageusement maquillée à coups de petites crottes, d’approximations, de stéréotypes, de verbiage poujadiste, de commentaires foireux. Ce n’est pas ainsi qu’on regagne des lecteurs. Il n’y a pas les moyens ? Il fut un temps où Libé était fauché mais ses journalistes étaient sur tous les fronts. Moi, je n’ai pas envie que Libé crève ». Rude.
Le Libé des philosophes, initiative intéressante au demeurant, pourrait prêter le flanc aux mêmes critiques. La philosophie réclame le temps long de la réflexion, se frotter à l’actualité est un exercice aussi rafraîchissant que périlleux. Ainsi de Michel Serres, philosophe de l’Universel, investi du rôle de l'éditorialiste et qui a semblé moyennement inspiré par le débat sur l’identité nationale : « j’appartiens aux groupes de ceux qui portent dans leur poche une carte rédigée dans la même langue que la mienne et de ceux qui, parfois, rêvent en occitan ». On cherche encore la « plus-value » philosophique.
Ni écrivains, ni philosophes, ni historiens, NTM a également exercé le job de rédacteur en chef de Libé. Car les vedettes du show-biz sont également régulièrement sollicitées pour s'asseoir dans le fauteuil du chef de la rédac'.
Les gratuits en sont, eux aussi, particulièrement friands avec Bénabar et Kool Shen par exemple.
Deux ans déjà que Le Figaro a confié sa rédaction en chef à Etienne Mougeotte
En télévision, c’est Canal-Plus et son Grand journal qui use et abuse de l’expérience notamment depuis l’élection présidentielle de 2007. Les principaux candidats auraient pu être de simples invités. Le concept est suffisamment au point pour leur cirer les pompes. Vaste blague. Bayrou, Royal et Sarkozy ont été promus rédacteurs en chef du Grand Journal, choisissant leurs invités et leurs témoins d’un soir. Dany Boon, Carla Bruni et…Daniel Cohn-Bendit ont également eu le privilège de prendre les commandes de l’émission.
Dans un autre genre, cette semaine c’est Siné Hebdo qui s’est prêté à l’exercice. Pas de Cohn-Bendit (ouf !), ni de Carla Bruni, encore moins de Sarkozy, c’est aux « Contis » que l’hebdo a choisi de confier sa rédaction : « estomaqués par le culot de ce délégué CGT sorti de nulle part qui se permettait de tenir tête à des vedettes médiatiques sur les plateaux télé et de traiter Bernard Thibault de « racaille », on a invité Xavier Mathieu et ses potes à prendre les rênes de Siné Hebdo, le temps d’un numéro. On leur a expliqué le topo : vous choisissez les sujets des articles, vous participez à la conférence de rédac, vous relisez et vous commentez les papiers…Candides que nous étions ! Aguerris par des mois de conflit avec leur direction, l’Etat et les syndicats, ils n’ont pas tardé à prendre le pouvoir. Ils ont même obligé le patron, Siné, à écrire sa zone sous leur contrôle… ».
Preuve qu’une délégation temporaire de rédaction en chef peut virer à la prise d’otage éditoriale...Cela fait, par exemple, deux ans que le Figaro a confié sa rédaction en chef à Etienne Mougeotte. Et personne ne s’en est encore plaint.
Dans un autre genre, cette semaine c’est Siné Hebdo qui s’est prêté à l’exercice. Pas de Cohn-Bendit (ouf !), ni de Carla Bruni, encore moins de Sarkozy, c’est aux « Contis » que l’hebdo a choisi de confier sa rédaction : « estomaqués par le culot de ce délégué CGT sorti de nulle part qui se permettait de tenir tête à des vedettes médiatiques sur les plateaux télé et de traiter Bernard Thibault de « racaille », on a invité Xavier Mathieu et ses potes à prendre les rênes de Siné Hebdo, le temps d’un numéro. On leur a expliqué le topo : vous choisissez les sujets des articles, vous participez à la conférence de rédac, vous relisez et vous commentez les papiers…Candides que nous étions ! Aguerris par des mois de conflit avec leur direction, l’Etat et les syndicats, ils n’ont pas tardé à prendre le pouvoir. Ils ont même obligé le patron, Siné, à écrire sa zone sous leur contrôle… ».
Preuve qu’une délégation temporaire de rédaction en chef peut virer à la prise d’otage éditoriale...Cela fait, par exemple, deux ans que le Figaro a confié sa rédaction en chef à Etienne Mougeotte. Et personne ne s’en est encore plaint.
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