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Après «Surveiller et punir», «Punir et soigner» ?Philippe Petit | Jeudi 14 Février 2008 à 00:10 | Lu 11366 fois
En voulant, suite au double meurtre de l'hôpital psychiatrique de Pau, « faire évoluer la loi pour qu’un procès puisse avoir lieu, y compris en cas d’irresponsabilité », Nicolas Sarkozy remet en cause les fondements de la psychiatrie française.
« Surveiller et punir », disait Michel Foucault. On dirait aujourd’hui : « Punir et soigner ». C’est peut-être là l’aboutissement paradoxal du sacre du citoyen. En déclarant que seules les personnes ayant commis un acte répréhensible « sous l’influence d’une activité hallucinatoire » seront jugées irresponsable, le projet de loi de février 2008 relatif à la rétention de sûreté et à la déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental met fin à la tradition philanthropique des premiers aliénistes.
Alors que pour Philippe Pinel (1745-1826), les aliénés étaient des malades qui avaient droit à la sollicitude que l’on doit à l’humanité souffrante, il se profile depuis peu en France une extension du domaine de la punition. En même temps que se mettent en place les hôpitaux-prisons, la révision du Code pénal, depuis 1994, a débouché sur un véritable désenchantement. Le champ de la responsabilité atténuée se rétrécit et les malades « punissables » sont en augmentation. Lors de leur comparution devant les cours d’assises, on expliquera aux jurés populaires que la maladie mentale n’est pas la cause du crime, mais que le crime survient sans lien de causalité dans un contexte de maladie mentale. Ce qui revient à déclarer citoyens des sujets qui autrefois eussent été déclarés « fous ». Si tout le monde est responsable, personne ne l’est L’altération de discernement n’étant plus reconnue, il y a fort à parier que la grande majorité des malades mentaux vont se retrouver en prison, sans avoir vu aucun expert. Ce qui est déjà le cas pour les comparutions immédiates. Sans entrer dans le détail des textes, les décisions qui s’annoncent au sujet de ces malades punissables qui recevront des soins psychiatriques sans consentement (pour les détenus), sont graves et révélatrices du désir d’exonérer à tout prix la société. Car si même « les fous » accèdent au statut de citoyen, cette responsabilité généralisée n’est que l’envers d’une irresponsabilité généralisée. Si tout le monde est responsable, personne ne l’est. Il n’y a que l’exception pour fonder la règle. Une société de citoyens vertueux et responsables, qui seraient incapables de se protéger de ses « anormaux » autrement que sous la forme du déni, se condamne elle-même. Le taux élevé de suicide en milieu carcéral, la fin de l’irresponsabilité pénale des malades mentaux, devraient pourtant nous alerter qu’on ne met pas fin à la « dangerosité » en déclarant citoyen celui qui est déjà enfermé dans sa prison mentale… Dans la même rubrique :
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