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Apéro géant: selon Pierre Cassen, seule l'extrême droite défend aujourd'hui la laïcité. Malheureusement.Bénédicte Charles - Marianne | Jeudi 17 Juin 2010 à 05:01 | Lu 38539 fois
Pourquoi et comment des militants de la laïcité, à l'image de l'équipe de Riposte Laïque, en sont arrivés à s'allier avec un mouvement d'extrême droite comme le Bloc identitaire pour organiser un très provocateur apéro saucisson-pinard à la Goutte d'or? Réponses de Pierre Cassen, rédacteur en chef de Riposte Laïque.
(photo : groupe Facebook apéro saucisson-pinard)
Pierre Cassen, rédacteur en chef de Riposte Laïque, site internet militant considéré par ses détracteurs comme ultralaïc (ou laïcard, c'est selon, mais l'expression laïcard est de Charles Maurras...), est l'un des organisateurs de l'apéro géant saucisson-pinard qui devait avoir lieu vendredi 18 juin dans le quartier de la Goutte d'or (18e arrondissement parisien) et a finalement été interdit par la préfecture.
A Marianne2, nous connaissons bien Pierre Cassen. Aussi avons-nous été surpris de le voir présenté par plusieurs médias comme «responsable d'une association d'extrême droite». Et nous avons été également chagrinés de voir Riposte Laïque organiser cet apéro plus que discutable au côté du Bloc Identitaire, un mouvement d'extrême droite à mille lieues des valeurs auxquelles nous savons Pierre Cassen attaché. La laïcité est un combat qui fait partie de l'ADN de Marianne et nous savons d'ailleurs qu'une bonne partie des 30 000 abonnés de Riposte Laïque sont aussi des lecteurs de notre hebdomadaire. C'est justement pour cette raison que nous nous interrogeons sur ce qui ressemble bien à une dérive de Riposte Laïque : comment des militants de gauche peuvent-ils, à cause même des abandons de la gauche, en venir à fraterniser avec des militants qui se situent à la droite du Front national ? Quelle exaspération peut mener à de telles trajectoires qui satisferont, n'en doutons pas, les paranoïas habituelles sur le thème des rouges-bruns ? Pourquoi et comment Riposte Laïque s'est-il ainsi fourvoyé? Réponses avec le principal intéressé. Marianne2 : Qui a eu l’idée de cet apéro géant? Pierre Cassen : Nous. Depuis sept mois, Riposte Laïque publie chaque semaine des reportages vidéo sur la prière du vendredi rue Myrha. Au début, nos lecteurs n’en croyaient pas leurs yeux. Et peu à peu, ils ont commencé à nous demander, de façon de plus en plus insistante, d’agir. Beaucoup voulaient que nous organisions une manifestation dans le quartier, ce que nous nous sommes refusés à faire. Puis un membre de notre rédaction a lancé l’idée d’un apéro géant à la Goutte d’Or, sur Facebook. Comme ça, sans réel calcul. Il ne proposait pas de saucisson-vin rouge ni même d’organiser ça un vendredi. Juste un apéro géant comme il en fleurit un peu partout. Trois jours plus tard, une certaine Sylvie François, habitante de la Goutte d’or, reprenait l’idée de l’apéro, y ajoutait le saucisson-pinard et créait un groupe sur Facebook, avec bien plus de succès que nous. Nous nous sommes donc naturellement rapprochés d’elle. Qui est Sylvie François ? Existe-t-elle seulement ? De plus en plus de journalistes mettent en cause son existence… Je suis plutôt du genre à faire confiance. J’avoue que je ne l’ai jamais rencontrée, mais je l’ai souvent au téléphone. Je ne serais pas surpris qu’elle utilise un pseudo, mais je pense que c’est effectivement une riveraine de la Goutte d’or, sans appartenance politique. C’est cela qui nous a intéressés. On voulait faire quelque chose qui rassemble, derrière quelqu’un qui n’était pas marqué. Et très vite, on a senti qu’il allait se passer quelque chose d’énorme. Pourquoi avoir accepté d’organiser cela conjointement avec le Bloc identitaire, une organisation d’extrême droite à la réputation sulfureuse qui semble très éloignée des valeurs que vous défendiez jusqu’ici ? L’islamisation de la France progresse. Et nous sommes consternés par la passivité des acteurs politiques, par la façon dont ils minimisent le phénomène. Dans la gauche, qui est notre camp, les laïcs et les féministes sont aux abonnés absents. Sur la burqa, ils n’ont pas bougé ! Si les socialistes étaient encore au pouvoir, il n’y aurait pas de loi sur le voile à l’école, et toujours pas de débat sur la burqa. C’est un constat désespérant : sur le sujet de la montée de l’islam et ses enjeux, la gauche est en faillite idéologique. Alors une fois qu’on a dit ça, qu’est-ce qu’on fait ? On reste dans un splendide isolement et on demeure pur ? Ou on commence à agir ? Donc, vous avez choisi de perdre votre pureté en vous associant au Bloc identitaire ? On est obligés de regarder quelles sont les forces qui sont prêtes à faire quelque chose pour alerter les citoyens sur les enjeux de la montée de l’islam. Il n’y a pas grand monde qui soit prêt à le faire, ni à gauche, ni à droite. Le bloc identitaire a mené quelques actions qui nous ont interpellés, par exemple sur l’histoire des Quick Halal [invasion d’un Quick halal par 70 personnes affublées de masques de cochons, ndlr] ou de la mosquée de Bordeaux [diffusion d’un bruyant appel à la prière dans les rues du quartier bastide à 6 heures du matin, ndlr]. On ne se reconnaît certes pas dans leur régionalisme et leur conception ethnique. Mais on a senti chez eux une volonté de se défaire de leur côté sulfureux et de se rapprocher d’une droite populiste à l’image de l’UDC suisse [parti ultraconservateur à l’origine de la votation suisse sur l’interdiction des minarets, ndlr]. C’est vous qui êtes allés les chercher ? Non. En fait, ils se sont inscrits, comme nous et comme bien d’autres associations, au groupe de Sylvie François sur Facebook. C’est vrai que nous nous sommes alors posé la question de nous retirer. Mais nous ne voulions pas être absents de cette initiative. Et puis, le symbole du 18 juin garantissait le républicanisme de l’événement. Bien sûr, nous nous attendions à être attaqués là dessus. Mais cela ne nous fait pas peur, dans la mesure où nos positions restent inchangées. En vous associant avec le bloc identitaire, n’avez-vous pas l’impression d’avoir marqué un but contre votre camp, d’avoir donné raison à tous ceux qui considèrent que la critique de l’islam est forcément raciste et d’extrême droite ? Alors il faut abandonner ça à l’extrême droite seule ? C’est ça, la question : est-ce qu’on abandonne la défense de la laïcité, et le parler vrai sur la réalité du péril islamiste, à l’extrême droite ? Nous avons répondu non. Par ailleurs, je ne considère pas que le bloc identitaire soit raciste. C’est un mouvement de droite populiste. Mais pas raciste. Et notre appel à l’apéro géant, contrairement à ce qui nous a été reproché, ne comporte rien de raciste.
Pierre Cassen (capture d'écran Itélé)
Reconnaissez qu’appeler à manger du saucisson rue Myrha le jour de la prière, c’est de la provoc’ !
Le saucisson n’est pas une substance illégale, que je sache. Il faut arrêter avec cette culpabilité par rapport au porc. Je suis effaré de voir que nombre de municipalités décident de supprimer purement et simplement le porc des menus des cantines scolaires ! La charcuterie, le porc, font partie de nos traditions gastronomiques. Les défendre, c’est de la provoc’ ? Non. Pour moi, la provoc’ c’est la prière dans la rue. De plus, nous n’avons pas organisé l’apéro devant la mosquée, ni même à l’heure de la prière, mais plusieurs heures après. Nous voulions un rassemblement festif, pacifique. Pas un affrontement. Vous avez choisi le 18 juin pour cet apéro parce que, dites-vous, c'est un acte de « Résistance ». Vous vous considérez comme résistants ? Face à quoi ? Le fascisme en 1940, on sait ce que c’est. Aujourd’hui, il existe un autre fascisme. Un fascisme politico-religieux. Les islamistes ont adopté la stratégie des petits pas : petit à petit, ils confisquent l’espace public pour la prière, ils imposent le voile, puis la burqa, puis la viande halal. Puis toute critique de la religion musulmane est assimilée à du racisme. Dans un pays où le droit au blasphème existe ! Assimiler cela au fascisme, c’est faire un amalgame aussi désastreux que celui que vous reprochez à vos détracteurs ! On ne dit pas que l’islam et le fascisme sont la même chose. Mais on note qu’ils ont en commun une volonté de mettre à bas la république telle que nous la concevons. Les islamistes sont entrés dans un affrontement avec la république, ils sont dans une logique de conquête. Vous faites difficilement le distingo entre islam et islamisme, islamistes et musulmans. Les fidèles qui prient rue Myrha le vendredi ne sont pourtant pas de dangereux extrémistes religieux ! Ce sont en tout cas de bons petits soldats de l’islamisme. En priant dans la rue au mépris de la loi, ils envoient un très mauvais message. Allez-vous faire quelque chose malgré l’interdiction de l’apéro ? On fera probablement quelque chose de symbolique. Mais dans un autre quartier. Nous ne sommes ni des provocateurs, ni des irresponsables. Et de toute façon, nous avons déjà remporté la victoire médiatique. En 48 heures, nous avons eu plus d’écho qu’en plusieurs années de travail ! Quelle victoire médiatique ? Vous n’avez convaincu que ceux qui l’étaient déjà , et renforcé les autres dans leur certitude que votre combat relève plus du racisme que de la laïcité. Mais ceux-là sont irrécupérables. Et nous sommes inaudibles pour eux. Je ne crois plus à un sursaut laïque de la gauche. Je sais bien qu’ils nous accusent de véhiculer une idéologie nauséabonde, mais cela ne date pas de l’apéro géant. Depuis des lustres, dès qu’on critique l’islam, on se fait tailler. Pour moi, désormais, c’est l’opinion contre les organisations. Il n’y a plus de temps à perdre avec les structures laïques traditionnelles, les partis, gauche en tête. C’est malheureux, mais dans tout le paysage politique il n’y a qu’une personne qui reprenne le discours sur la laïcité à son compte. Vous savez qui c’est ? Marine Le Pen ? Oui. Et si la gauche était moins conne, c’est ce discours là qu’elle aurait sur la laïcité.
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