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Anti-sarkozysme : Villepin fait du Bayrou

Mercredi 10 Novembre 2010 à 05:01 | Lu 7974 fois I 39 commentaire(s)

David Desgouilles - Blogueur associé

Dominique de Villepin tenterait-il de singer François Bayrou? Grâce à ses attaques virulentes contre le chef de l'État, l'ex-Premier ministre est en train de voler la place d'opposant à Nicolas Sarkozy autrefois convoitée par le leader centriste. Rien d'étonnant pour David Desgouilles, les pires opposants ayant toujours voulu flinguer leur propre majorité.


Ceux qui me lisent régulièrement le savent, je suis loin de faire partie des zélateurs de Dominique de Villepin. Au printemps dernier, j’avais d’ailleurs tenté de décrypter sa ligne politique pour la revue mensuelle Causeur (1) et plus récemment, lorsque j’avais appris que l’ancien Premier ministre avait repris sa carte de l’UMP, je m’interrogeais en des termes choisis : Villepin se fout-il de nous ?

Pour autant, j’ai beaucoup de mal à comprendre la polémique autour de ses déclarations d’hier sur Europe 1. Il se trouve que l’émission produisait un bruit de fond assez neutre hier dans ma cuisine alors que j’étais en train de repeindre les murs de cette dernière. Et pour tout dire, mon rouleau n’a pas été outre mesure troublé lorsque Villepin a prononcé les mots du délit. En fait, j’avais l’impression d’entendre la rediffusion de l’émission de la semaine d’avant. Le discours n’avait pas changé. Seule la voix différait. Et pour cause, le 31 octobre, c’était celle de François Bayrou. Villepin fait du Bayrou, donc, et il ne faut pas être grand clerc pour s’apercevoir qu’il est en train de tenter de lui piquer le marché de l’antisarkozysme centriste.

Revenons donc aux déclarations incriminées : « je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France (…) et qu’il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée ». Bon, c’est vrai, ce n’est pas très charitable. Être qualifié de « problème de la France », ce n’est pas particulièrement valorisant. D’autant qu’il n’est pas le problème, mais un des problèmes, ce qui ne flatte guère l’ego. Mais voyez-vous, je ne vois rien ici d’outrageant surtout de la part d’un opposant qui, très normalement, pense de manière légitime que c’est un problème de ne pas être soi-même aux manettes. Quoi ? Villepin n’est pas opposant, puisqu’il appartient à l’UMP ? J’oubliais…

Anti-sarkozysme : Villepin fait du Bayrou
Il faut quand même manquer singulièrement de mémoire politique pour oublier que les pires opposants ont toujours figuré dans la majorité ; oublier que Raymond Barre utilisait l’article 49 alinéa 3 de la constitution parce qu’un parti de sa majorité lui aurait refusé son budget ; oublier « le Parti de l’étranger » pour qualifier le président de la République Giscard lors de l’Appel de Cochin en 1979 ; oublier le Munich Social fustigé par le président de l’Assemblée Nationale Séguin en 1993 et dont -on se demande bien pourquoi- le Premier ministre Balladur avait pris ombrage ; et -last but not least- oublier un ministre français missionné à New-York à l’automne 2006, et dénonçant « l’arrogance française » trois ans plus tôt dans l’affaire irakienne (2).

Il n’y avait donc pas de quoi sauter au plafond en entendant cette envolée « villepinesque » hier matin. En revanche, cela a été une belle occasion pour Nicolas Sarkozy de mettre Copé, Baroin, Tron et Lemaire au pied du mur et les obliger à choisir leur camp. Ces derniers se sont exécutés et furent les plus sévères à l’endroit de leur « ami ». La petite phrase de Villepin, c’est surtout une belle connerie pour lui-même, preuve de son incapacité à tenir une ligne claire et occuper un espace politique viable.

En revanche, je me permettrai de suggérer au président de la République une chasse bien plus utile que celle qui consiste à poursuivre de sa vindicte un concurrent qui n’en sera jamais un. Il a invité la semaine dernière quelques députés UMP à taper la causette et avec lui, et l’un d’eux (3) s’est répandu auprès de journalistes pour lui mettre dans la bouche les mots suivants : « j’ai un super-job, une superbe femme, alors les Français me le font payer ». S’amuser à répandre de telles informations n’est-il pas plus injurieux à l’endroit du Chef de l’État, surtout lorsqu’on émarge au groupe UMP ? Et penser que les Français pourraient croire autant de vilénie de la part du premier d’entre eux n’est-il pas beaucoup plus outrageant qu’une minuscule attaque villepiniste ? Comment dit-on ? Poser la question, c’est y répondre ?

(1) Ceux qui ne sont pas encore abonnés peuvent toujours réparer cet oubli ici.
(2) Nicolas Sarkozy -puisque c’est bien de lui qu’il s’agit- visait bien son propre Président et le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin, devenu entre temps son chef de gouvernement. Occasion unique pour les duettistes de virer enfin le ministre de l’Intérieur sur un dossier où l’opinion était d’accord avec eux. Occasion ratée. Comme une certaine dissolution.
(3) Ou même plusieurs d’entre eux.

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