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Angolagate (1/4) : des hommes d'influence

Mercredi 1 Octobre 2008 à 15:01 | Lu 9563 fois I 13 commentaire(s)

Eric Decouty

Le procès des ventes illégales d'armes en Angola doit s'ouvrir lundi à Paris. A l'affiche : Falcone et Gaydamak, les deux marchands de canons, mais aussi Pasqua, Marchiani, Mitterrand fils, Attali, Sulitzer…


Angolagate (1/4) : des hommes d'influence
Jamais un procès n’a réuni un tel casting. A partir de lundi et pendant six mois, 42 prévenus vont comparaître devant la 11ème chambre du tribunal correctionnel de Paris pour un des plus grands scandales de la Vème République.
L’histoire, sur fond de guerre civile sanglante en Angola, mêle des marchands d’armes menant grand train, des hommes politiques de premier plan, des second rôles célèbres habitués des plateaux de télévision ou des coulisses du pouvoir et une kyrielle de protagonistes empochant des centaines de milliers dollars sans se préoccuper du commerce qui les enrichissait.
Mais l’affaire dite de l’Angolagate est aussi le témoignage d’une certaine politique de la France en Afrique, au milieu des années 1990, où derrière la ligne officielle, des réseaux oeuvraient sans vergogne en fonction de leurs intérêts politiques et/ou financiers.
C’est donc une affaire de ventes d’armes pour un montant de 790 millions de dollars, entre 1993 et 1999, que le tribunal va devoir juger. Un business qui n’a pu se faire qu’avec le soutien actif d’un ministre et de ses amis, mais qui a également bénéficié de certains rouages de l’Etat. Des armes qui ont également enrichi au passage des amis bien connus des marchands…
Marianne2 vous présente jusqu’à la fin de la semaine ce procès sans précédent, sur la base d’une procédure lourde de plusieurs centaines de tomes et d’une ordonnance de renvoi de 468 pages (le texte officiel synthétisant l’enquête menée par le juge Philippe Courroye) dont nous publions des extraits.

Les hommes de l’Angolagate

Au premier rang des prévenus figurent donc les deux principaux marchands d’armes : Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak. Après avoir longtemps eu table ouverte dans les meilleures sociétés parisiennes, et notamment dans les milieux politiques, le premier a été placé en détention provisoire durant une année et le second est réfugié en Israël depuis le début de l’affaire…
Falcone et Gaydamak avaient créé en 1993 une société écran de droit slovène, baptisée ZTS Ozos, pour couvrir leur commerce d’armes avec l’Angola au profit du président Eduardo Dos Santos, en guerre contre les rebelles de l’UNITA. Installés à Paris, négociant et signant les contrats dans la capitale et bénéficiant du soutien de banques françaises, les deux hommes achetaient les armes en Russie – ou dans quelques autres pays de l’Europe de l’Est – qu’ils acheminaient directement en Afrique. Un commerce pour lequel ils n’avaient sollicité aucune autorisation gouvernementale comme la loi en faisait pourtant obligation…
Dès les premières investigations de la justice, Gaydamak a choisi de se réfugier en Israël, pays dont il détient un de ses multiples passeports, et n’a cessé de se dérober aux convocations. Visé par deux mandats d’arrêt internationaux, le milliardaire qui s’est investi dans la politique israélienne (à la droite du Likoud), mais également dans le football (il est propriétaire d’un club à Jérusalem et son fils a racheté celui de Porstmouth en Angleterre), pourrait une fois encore refuser, lundi, de comparaître…
Quant à Pierre Falcone, toujours très lié avec le président angolais, il bénéficie du statut d’ambassadeur de l’Unesco que lui a gracieusement attribué Dos Santos et représenterait désormais ses intérêts en Chine… « je considère Pierre Falcone comme un citoyen angolais » aurait glissé Dos Santos à Nicolas Sarkozy lors de leur tête à tête à Luanda le 5 mai dernier.
Derrière ces deux marchands d’armes c’est le rôle de Charles Pasqua, de ses réseaux et notamment de son fidèle Jean-Charles Marchiani que le tribunal devra examiner. L’ancien ministre de l’Intérieur qui n’a jamais caché son amitié pour Dos Santos aurait apporté son soutien au commerce de Falcone et Gaydamak en échange de largesses financières susceptibles d’aider ses activités politiques.
Mais au-delà ce sont de multiples réseaux d’influences que Falcone et Gaydamak avaient su tisser. Des réseaux impliquant, par exemple, Jacques Attali ou Paul-Loup Sullitzer, mais également Jean-Christophe Mitterrand, le fils de l’ancien Président, Georges Fenech ancien magistrat et député auquel, étrangement, François Fillon vient de confier une mission contre les sectes…


Retrouvez demain la suite du feuilleton de l’Angolagate : Les ventes d’armes et la politique de la France en Angola.



Téléchargez ci-dessous des extraits de l'ordonnance de renvoi en correctionnelle de l'affaire au format PDF.

ordonnance_de_renvoie_angolagate.pdf Ordonnance de renvoie Angolagate.pdf  (1.54 Mo)








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