Angela Merkel un modèle pour Marine Le Pen ?
Mercredi 17 Août 2011 à 12:01 | Lu 7807 fois I -1 commentaire(s)
Journaliste politique à Marianne, chargée du suivi de la droite et du centre En savoir plus sur cet auteur
Lors de sa conférence de presse consacrée à la crise financière, Marine Le Pen s’est fendu d’un éloge en bonne et due forme d’Angela Merkel. Surprenant.
Le fait est passé largement inaperçu : lors de sa dernière conférence de presse, Marine Le Pen s'est lancé dans un éloge notoire de la Chancelière. Elle a remis le couvert dans un communiqué envoyé mardi 16 août, dans lequel elle a salué « le sens du réalisme et de l'intérêt national » d'Angela Merkel.
Pourtant, quand la cheftaine du Front national torpille l’euro, tout le monde en prend pour son grade. Nicolas Sarkozy, le FMI, les socialistes, Alain Minc, tous responsables de la faillite du Système avec un grand S ! Seule épargnée : l’Allemagne, que Marine Le Pen n’hésite pas à ériger en exemple : « Nous avons suffisamment de dettes pour refuser de payer celle des autres. Les Allemands l’ont bien compris, eux qui refusent désormais tout effort supplémentaire pour renflouer les caisses des autres pays. » Pour la patronne du FN, la fédéralisation de la zone euro et la mutualisation des dettes vont à l’encontre du principe de souveraineté des Etats. Pire, fédéraliser l’Union européenne conduirait « à d’effroyables conflits entre les nations ». Le gouvernement allemand, qui s’est prononcé contre l’émission d’obligations européennes, inspire à Marine Le Pen respect et admiration. « L’Allemagne, elle, n’a pas oublié ses intérêts nationaux et tient bon en refusant cette funeste perspective [la fédéralisation européenne]. Nous devons compter sur le bon sens de l’Allemagne pour nous extraire de ce chemin très dangereux », insiste la leader frontiste.
Un hommage inattendu, mais pas forcément cohérent.
Première contradiction : considérer que l’Allemagne, en refusant de payer pour ses voisins européens, garantit ses intérêts nationaux. En répugnant à mettre la main à la pâte –ou à la dette-, le pays, pour lequel les exportations vers l’Europe représentent un atout majeur, court inéluctablement le risque de subir de plein fouet une récession dont il sera le principal responsable. Si l’Italie, l’Espagne, la Grèce, le Portugal, endettés jusqu'au cou, n’ont plus les moyens d’importer les produits allemands, les recettes des exportations chuteront car le solde commercial allemand a surtout progressé en Europe ces dernières années. Certes, l’Allemagne n’aura pas déboursé un centime pour rembourser la dette de son entourage européen, mais la diminution de ses recettes coûtera aussi cher au pays qu’un plan de renflouement.
Deuxièmement, la position adoptée par le gouvernement allemand paraît contradictoire avec les déclarations antérieures de Marine Le Pen, à savoir la sortie concertée de l’euro. En imitant Angela Merkel dans son refus « de payer la dette des autres », la présidente du FN compromet toute négociation avec les pays « victimes » du manque de solidarité allemande. Et rend donc peu probable la sortie de l’euro concertée. A moins d'opter pour une sortie solitaire de la France, envers et contre tous, un scénario que la candidate n’exclut pas.
Enfin, la souveraineté économique des nations ne signifie pas forcément le rejet de toute coordination économique. Le Serpent monétaire européen permettait à chaque pays d'optimiser sa monnaie selon ses intérêts sans pour autant risquer de dévisser au-delà d'un certain seuil.
En privant les pays les plus affaiblis d’un coup de pouce - payer leur dette au même taux que les pays les plus riches - octroyé dans le cadre d’un système d’économie solidaire, Marine Le Pen semble faire le choix d’une politique de repli défensif, qui n’est pas forcément dans l’intérêt de la France et de son économie, dont la croissance et la prospérité sont très sensibles au destin de ses voisins. Sur ce point Merkel et Le Pen semblent à l'unisson : pas un sou pour les « PIG'S » (Portugal, Italie, Grèce et Espagne). Mais, qui dit que, sous la menace d'une offensive des marchés financiers, la France ne risque-t-elle pas, demain, d'être à son tour assimilée à une cigale ?
En privant les pays les plus affaiblis d’un coup de pouce - payer leur dette au même taux que les pays les plus riches - octroyé dans le cadre d’un système d’économie solidaire, Marine Le Pen semble faire le choix d’une politique de repli défensif, qui n’est pas forcément dans l’intérêt de la France et de son économie, dont la croissance et la prospérité sont très sensibles au destin de ses voisins. Sur ce point Merkel et Le Pen semblent à l'unisson : pas un sou pour les « PIG'S » (Portugal, Italie, Grèce et Espagne). Mais, qui dit que, sous la menace d'une offensive des marchés financiers, la France ne risque-t-elle pas, demain, d'être à son tour assimilée à une cigale ?
Quel est l'intérêt politique de cette position du FN dans la crise ? Elle autorise ses adversaires à dénoncer une forme de xénophobie économique. Mais elle permet aussi à Marine Le Pen de montrer à ses amis qu'elle reste fidèle au Front d'avant, après qu'elle vienne de se séparer de deux cadres radicalisés par la tuerie d'Oslo. La « dédiabolisation » est une dialectique... crabique.
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