Marianne2 2012

Angela Merkel peut se faire du souci

Dimanche 15 Février 2009 à 07:00 | Lu 7944 fois I 30 commentaire(s)

Edouard Husson

Edouard Husson nous livre ici sa semaine allemande dominicale. Où l'on apprend les difficultés croissantes du chancelier avec sa majorité, la proposition de Schröder de maintenir dix ans la présence occidentale en Afghanistan, et les critiques allemandes dérisoires concernant le plan d'aide français à l'automobile.


Angela Merkel au Forum de Davos - CC - Flickr
Angela Merkel au Forum de Davos - CC - Flickr
Vendredi 7 février 2009  : Obama, changement de forme ou de fond ?

Le vice-président américain, Joseph Biden, vient de parler devant les invités à la quarante-cinquième conférence sur la sécurité de Munich. Il avait fait apporter, pour son discours, un pupitre spécial, sur lequel était accroché le blason des Etats-Unis ! Tout le monde se réjouit de ce que les Etats-Unis aient changé de langage : ils vont plus consulter leurs alliés et leur demander d’envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan. La conférence de Munich s’est tenue pour la première fois en 1962. C’est une institution de la guerre froide. Et elle vient de servir aux Etats-Unis, une nouvelle fois, pour réaffirmer la logique transatlantique. Joseph Biden a félicité Nicolas Sarkozy du retour de la France dans l’OTAN. Comme pour mieux marquer leur manque d’imagination total, les organisateurs de la conférence ont remis à Henry Kissinger la première édition du prix de la paix (prix von Kleist) de la Conférence. 

Lundi 10 février 2009 : Schröder pour rester dix ans en Afghanistan

Ne retirer les troupes d’Afghanistan que dans dix ans. Telle est la vision de Gerhard Schröder, dans un long article donné au Spiegel  du 9 février (7/2009) qui s’explique dans le contexte de la Conférence de Munich. L’ancien chancelier se plaint de la politique de George W. Bush; de l’erreur qui a consisté à détourner vers l’Irak un effort militaire qu’il aurait fallu faire porter essentiellement sur l’Afghanistan. Il propose de respecter quatre principes. 1. La présence militaire de l’OTAN est une condition nécessaire de la reconstruction du pays. 2. La politique afghane doit être développée  en bonne intelligence avec Barack Obama. 3. Il faut investir plus de moyens dans la reconstruction civile du pays. 4. Il faut transférer le pouvoir aux Afghans. Deux pages entières pour ne rien dire de nouveau? Gerhard Schröder ne fait que prendre acte du changement de président américain et voudrait amener l’opinion de son pays à soutenir l’ augmentation du nombre de soldats allemands en Afghanistan. Mais précisément l’Occident est dans l’incapacité d’émanciper les Afghans et de leur transférer le pouvoir parce qu’il occupe militairement le pays et ne suscite que rejet. Les dix ans dont parle Gerhard Schröder mèneraient l’OTAN à rester plus longtemps dans le pays que l’URSS, pour arriver au même désastre: un pays dévasté, déchiré par la lutte des factions, et où une dictature finirait par réunir tout le monde dans la haine de l’Occident impérial.


Mardi 11 février 2009 : Merkel démonétisée ?
La semaine dernière, nous avions émis l’hypothèse d’une crise de l’autorité de Madame Merkel, camouflée derrière ses attaques contre le pape. L’actualité semble nous donner raison. D’abord, Madame Merkel a provoqué la colère de la CSU bavaroise: Horst Seehofer et Edmund Stoiber ont fait comprendre au chancelier que l’électorat de leur parti était très choqué par son ingérence dans les questions religieuses. Ne croyant qu’à la communication, Madame Merkel a rattrapé le coup en appelant Benoît XVI. Et puis en nommant un représentant affiché de la tradition du catholicisme social, Karl-Theodor zu Guttenberg en remplacement de Michael Glos au poste de ministre de l’Economie, le chancelier essaie de faire oublier son débordement de la semaine dernière. Mais la crise est plus profonde: à la CDU aussi, on critique Madame Merkel. On lui reproche de ne pas avoir tenu bon sur une ligne ordo-libérale pour surmonter la crise: au lieu de renflouer à fonds perdus les entreprises, il aurait fallu rappeler les principes de la bonne gestion; on voit avec inquiétude le FDP, le parti libéral, monter dans les sondages. Josef Schlarmann, membre du directoire de la CDU, se permet de plus en plus souvent de défier le chancelier en rappelant le parti aux principes de l’économie de marché.

NB. Certains lecteurs de cette chronique se demandent pourquoi je ne dis jamais «la chancelière» en parlant de Madame Merkel. En français, une chancelière est une pantoufle fourrée où l’on peut mettre les deux pieds. Cela est approprié, dira-t-on, à la situation de «grande coalition» ! Mais je critique suffisamment la politique de Madame Merkel et m’en voudrais de traiter cette dernière, en plus, en permanence, de «pantoufle». Il est vrai que le lancer de chaussure devient une façon d’exprimer un mécontentement politique.

Mercredi 12 février 2009 : la critique pathétique du protectionnisme français

Le gros mot  est lâché. Les dirigeants allemands sont soulagés que ce soit la République tchèque qui ait mis les pieds dans le plat et accusé la France de protéger son marché automobile. On ne voulait pas ajouter un peu plus à la mésentente franco-allemande. On nous permettra de juger pathétique ce débat. Les pays de l’Union européenne n’ont pas le courage d’imposer au reste du monde les règles d’un commerce équilibré. Adam Smith pensait qu’il ne peut y avoir libre échange qu’entre des pays qui ont des niveaux de développement et de salaires équivalents. Il ne devrait pas y avoir libre échange avec la Chine vu le dumping salarial qu’elle pratique. Allons-nous commencer à nous chamailler entre grands pays de l’Union faute d’avoir le courage de rééquilibrer notre commerce par un système de « préférence européenne »? Il y a une incohérence, chez Madame Merkel, à prôner d’un côté le maintien absolu du libre échange quand elle reçoit le premier ministre chinois tout en prônant un équivalent économique du conseil de sécurité de l’ONU.   

Jeudi 13 février 2009 : l'erreur d'Areva

Il n’est pas sûr qu’Areva ait très bien joué, d’expulser Siemens de son capital. A présent, le géant allemand se tourne vers la Russie, avec l’ambition d’aider le pays à assurer la sécurité de son industrie nucléaire.








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