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Angela Merkel femme de l'année ? Pas européenne en tout cas !

Jeudi 16 Décembre 2010 à 05:01 | Lu 4889 fois I 15 commentaire(s)

Gilbert Casasus
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur

Angela Merkel pourrait bien récolter les lauriers de son intransigeance dans la gestion de la crise. La Chancelière allemande pourrait en effet être consacrée «femme de l'année 2010». Comme quoi pour décrocher ce titre, rien ne sert d'agir, il faut juste faire parler de soi et même en mal. Car son bilan en matière européenne n'est guère brillant, selon notre chroniqueur germaniste Casasus Gilbert.


En cette mi-décembre, l’heure est au bilan. L’usage veut que l’on repasse en revue tous les événements des douze mois écoulés et que l’on décerne à l’un ou à l’autre ce trophée tout à fait honorifique que l’on a pour coutume d’appeler « homme ou femme de l’année ». En 2010, il pourrait fort bien revenir à Angela Merkel. Non pour la qualité de son action mais pour l’intransigeance dont elle a fait preuve durant sa gestion de la crise de l’euro. Elle n’est alors « femme de l’année » que parce qu’elle a beaucoup fait parler d’elle, mais plus souvent en mal qu’en bien !   

La Chancelière est devenue un facteur d’incertitude pour de nombreux partenaires européens de l’Allemagne. Qu’on ne puisse pas compter sur elle, non seulement les Grecs vous le confirmeront. Récemment, elle s’est même fait rappeler à l’ordre par l’un de ses prédécesseurs, à savoir Helmut Schmidt dont l’engagement pour la monnaie européenne et les qualités d’économiste ne sont pourtant remis en cause par personne. Que cela ne tienne, elle n’a pas pris en compte les remontrances de l’ancien Chancelier, pas plus qu’elle n’a apporté le moindre crédit aux critiques acerbes que lui a adressées Jean-Claude Juncker, le Premier ministre luxembourgeois et Président de l’Eurogroupe. Celui-ci venait de proposer la création d’obligations européennes, appelées « E-bonds » et destinées à réagir contre les attaques dont la zone euro est l’objet depuis mars dernier. Toutefois, Angela Merkel ne veut pas en entendre parler, persuadée que c’est au secteur privé et bancaire de régler au mieux les difficultés auxquelles la monnaie européenne a été exposée ces derniers mois. Cette idée a été immédiatement réfutée par ce même Jean-Claude Juncker qui n’a pas hésité à dire que « l’Allemagne raisonne de manière un peu simpliste », d’autant que la seule intervention de la sphère privée pourrait favoriser une spéculation dont les PIGS (Portugal, Irlande, Grèce et Espagne), puis d’autres pays seraient les principales victimes.

Mais à y regarder de plus près, le raisonnement de l’Allemagne est moins simpliste que l’on pourrait le croire au premier abord. Derrière cette fausse naïveté se cache en vérité un calcul plus élaboré que la Chancelière opère avec une certaine dextérité qu’il faut bien lui laisser. Parce que la RFA n’acceptera jamais une monnaie faible, elle préfèrera abandonner ses partenaires en cours de route au lieu de leur apporter son secours, si celui-i devait se payer cash et mettre en péril la solidité de l’euro. Évoqué ici et là, le maintien de la monnaie unique dans les seuls États qui pourraient supporter son coût, apparaît alors comme une idée moins saugrenue que l’on a pour habitude de l’admettre. Sauf que l’euro pour les riches et le retour aux monnaies nationales pour les pauvres seraient la pire des solutions que l’on puisse imaginer à l’heure actuelle. Une Europe du Nord sous domination allemande dictera alors ses vues à une Europe du Sud désœuvrée qui n’aura d’autre échappatoire que de limiter les dégâts face aux volontés exprimées par Berlin.

Mais presque personne ne veut de ce scénario. Et les Allemands les plus européens, non plus. C’est ici que s’ouvrent de nouveaux horizons pour que l’Europe ne soit plus sur la sellette en raison des velléités nationalistes de quelques-uns de ses dirigeants. Il faut alors savoir dépasser sa propre histoire, soit que l’on appartienne à l’Europe des riches, soit que l’on vive dans celle des plus pauvres. Sans faire de manichéisme bon marché, chacun des États de la zone euro devra y mettre du sien. D’abord pour pallier les déficits, car ceux-ci favorisent en fin de compte les inégalités les plus criantes. Ensuite pour instaurer des mécanismes de solidarité, seuls capables de démonter aux citoyens des vingt-sept pays membres que l’Europe n’est pas un vain mot. C’est ce que l’on appelle aussi la gouvernance européenne. Les Français l’avaient en quelque sorte refusée en 2005 lors du référendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe. Aujourd’hui, par la voix d’Angela Merkel, ce sont les Allemands qui se montrent réticents face à toute communautarisation de la politique économique et monétaire de l’Europe. Que le vote de 2005 n’ait pas servi les intérêts de la France, même certains « nonistes » sont désormais obligés de le reconnaître. Que l’attitude de la Chancelière puisse apporter un certain préjudice à la RFA, même certains Allemands commencent à l’avouer dès aujourd’hui. Pourvu alors qu’à la fin de 2011, on honore un « homme (ou) une femme de l’année », européen ou européenne de préférence, qui aura véritablement mérité cette distinction !








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