Marianne2 2012

Amar, Elkabbach, Ridet, sus au Web!

Lundi 12 Mai 2008 à 23:13 | Lu 13353 fois I 57 commentaire(s)

Sylvain Lapoix

Pédophiles, rumeurs, sous-journalisme… Pour Paul Amar, Jean-Pierre Elkabbach et Philippe Ridet, le Net, c’est la jungle. A grand coup de caricatures, ils coupent les belles plantes et débroussaillent des clichés sur un média qui les interpelle trop.


C’est un espace immense, où ne s’exerce aucune loi et où information et malveillance circulent en toute liberté. Selon un certain nombre de confrères, ce lieu, c’est le web. Quelque médias s’interrogent, comme l’AFP au sein de laquelle une règle écrite proscrit l’usage de Wikipédia ou du site communautaire Facebook dans la recherche d’information, et fixent dès règles. Mais pour quelques briscards de la vieille école, la remise en cause est trop dure : mieux vaut une bonne vieille caricature !

Amar, Elkabbach, Ridet, sus au Web!
Radio : Jean-Pierre Elkabbach (Europe 1) : ex-fan du web 2.0
Interrogé par La Croix sur la création d’un «comité d’éthique» dans la radio qu’il préside, Jean-Pierre Elkabbach pointe le coupable: «les nouvelles technologies posent des problèmes inédits à notre métier». Et quels sont-ils ces problèmes ? Les rumeurs, fausses informations, ragots et nouvelles non vérifiées, énumère-t-il, que les sites relaient pour «faire des coups», profitant de la dictature de l’émotion et de l’instantanéité.

Comme nous le remarquions dans Marianne2, il est un peu triste qu’un journaliste à la si longue carrière ait besoin de condamner des erreurs de l’info sur le web pour s’interroger sur l’importance de vérifier ses informations. Ah qu’il est loin le Jean-Pierre Elkabbach qui vantait dans Le Monde daté du 4 janvier 2007 «l’information 3.0 qui intègre le web 2.0 et l’enrichit. La seule que les grands médias devraient proposer.» Dans cette tribune vibrante d’enthousiasme intitulée «Quel journalisme à l’ère du Web ?», le président d’Europe 1 se montrait d’une grande sagesse, insistant sur la nécessité pour les professionnels de l’info d’écouter la caisse de résonance du web tout en triant plus scrupuleusement encore l’info qui pouvait en émerger.

Oui mais voilà : entre temps, Europe 1 a repris une information de Bakchich.info sur les paradis fiscaux du Lichtenstein qui mentionnait le judoka David Douillet. Lequel s’est immédiatement plaint, exigeant un droit de réponse qui lui a été accordé chez Guillaume Durand sur la même radio. Plutôt que d’avouer sa responsabilité dans le fait de ne pas avoir vérifié l’info, il préfère fustiger ses sources.

Télé : Paul Amar (France 5) et le web infernal
Lancer le débat sur les ambiguïtés du web dans un talk show, c’est bien. Ne traiter que des aspects négatifs sur une musique dramatique ponctuée d’images chocs, c’est mieux ! Ainsi, quand Paul Amar consacre son Revu et corrigé du 3 mai au net, il sème des points d’exclamations à tout va : Cybercriminalité ! Cybertyranie ! Cyberdémocratie ! Dans son introduction, l’animateur brosse un noir portrait : le web «véhicule des idées diaboliques, facilite la manipulation et l’intrusion, la délation et parfois le crime.»


Le web a permis à Elkabbach de réaliser que les infos devaient être vérifiées.
Le web a permis à Elkabbach de réaliser que les infos devaient être vérifiées.
Les exemples sont choisis avec une précision chirurgicale : à cause du web, les pédophiles pullulent ! Il est vrai qu’avant l’avènement des nouveaux médias, cette barbarie-là n’existait pas. Pas plus que la vente d’objets volés, le détournement d’information, le trafic d’animaux protégés, etc. Raccourci révélateur : ces crimes et délits existaient bien sûr mais ils étaient, paradoxalement, plus difficiles à débusquer. Alors qu’avec le web, les journalistes d’investigation ou les gendarmes peuvent parfois trouver sur Google des scandales à ciel ouvert. Et les émissions comme Revu et corrigé un peu de soufre à mettre dans une pseudo analyse des médias.

Entre autres contre-vérités matraquées par l’animateur, «Internet échappe à toutes les règles.» Preuves à l’appui : les photos nues de Laure Manaudou, diffusées sur toute la Toile. L’animateur n’a-t-il pas vérifié que l’avocat de la nageuse avait contacté les uns à la suite des autres tous les sites qui exhibaient ces photos en les menaçant de procès, suivant le droit en vigueur ? En fouillant un peu plus, Paul Amar aurait également appris que de nombreux sites d’information ont à répondre devant la justice pour diffamation, comme ce fut le cas pour Bakchich.info, poursuivi par David Douillet pour l'article sur les paradis fiscaux qu'avait relayé Europe 1. Oui mais, pour ça, encore faut-il vérifier ses infos.

Le web à la façon Revu et corrigé : faits divers, piratage et violation de la vie privée. ©France 5
Le web à la façon Revu et corrigé : faits divers, piratage et violation de la vie privée. ©France 5
Presse écrite : Philippe Ridet (Le Monde)
Dans son livre Le Président et moi, publié récemment chez Albin Michel, ouvrage de grande qualité par ailleurs, le journaliste du Monde Philippe Ridet multiplie les piques assassines contre le Net, «Dans la blogosphère, écrit-il, où l'on s'imagine volontiers qu'il suffit d'un ordinateur pour être journaliste.» Plus loin : «Tout peut s'écrire sur la Toile, au nom de la démocratie et de la transparence.» (en effet il suffit de voir tous les contentieux déclenchés sur le Web pour le constater).
Au fil des pages il apparaît ainsi que la planète web est celle de la rumeur, des informations non vérifiées et surtout des fatwas contre les journalistes qui suivent Sarkozy. Sans jamais s'expliquer sur le fond, Philippe Ridet tombe exactement dans le travers qu'il dénonce : la diffusion d'à peu près et de jugements hâtifs sans réel examen du contexte. Ce n'était, certes, pas l'objet de son livre. Ce n'est pas une raison...







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