Marianne2 2012

Alzheimer, Parkinson et ceux qui en profitent

Lundi 24 Octobre 2011 à 18:01 | Lu 12575 fois I 25 commentaire(s)

Florine Bristaud - Marianne

Alzheimer, parkinson, sclérose en plaques, autisme… Pourquoi le nombre de personnes atteintes d’une maladie neurodégénérative explose-t-il, et pour quelles raisons les malades sont-ils de plus en plus jeunes ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans un livre qui vient de paraître aux éditions Actes Sud, et qui fait d'ores et déjà grand bruit.


(Menace sur nos neurones aux éditions Actes sud )
(Menace sur nos neurones aux éditions Actes sud )
« Menace sur nos neurones. Alzheimer, Parkinson, et ceux qui en profitent ». Sous ce titre racoleur se cache un long et méticuleux travail d’investigation réalisé par deux journalistes, Marie Grosman, spécialisée en santé publique, et Roger Lenglet, philosophe et journaliste. Plus qu’un bilan de l’étendue des maladies neuro-dégénératives, cet ouvrage met en lumière les principaux facteurs de risques suspectés, mais également le fait que des personnalités politiques ou influentes, citées par les auteurs, taisent ces facteurs, en raison de pressions lobbyistes multiples et de conflits d’intérêts en tous genres.

Les auteurs parlent d'une hécatombe « énorme et exponentielle » qui ne cesse d'empirer sans qu'on y oppose des armes réellement efficaces. Un responsable du ministère de l'écologie a prévenu nos auteurs : « N’affolez pas la population. Surtout, ne créez pas de panique, ce serait encore plus catastrophique ! Nous sommes parfaitement conscients du problème ». Ne rien faire. Surtout ne rien dire. C'est ce à quoi se sont opposés nos deux auteurs car le bilan ne cesse de s'alourdir. Si l'on s'en tient à leurs chiffres, entre huit cent mille et un million de Français souffrent aujourd’hui de la maladie d’Alzheimer, et chaque année voit ce nombre augmenter de 225 000 nouveaux cas. Un chiffre qui aura doublé dans 20 ans. Les patients atteints de Parkinson sont, quant à eux, au nombre de 100 000 dans l’hexagone.

Des jeunes de plus en plus touchés

Selon les auteurs, la maladie d'Alzheimer touche de plus en plus de jeunes, remettant en cause les poncifs tant entendus énonçant que « la maladie n’a pas de causes connues, hormis le vieillissement de la population ». L’adage est cela dit bien arrangeant : il légitime le manque de prévention en la matière, et la focalisation sur la recherche thérapeutique médicamenteuse qui engraisse les multinationales pharmaceutiques. Or selon Grosman et Lenglet, «l’âge est une condition de la maladie et non une cause. La maladie se produit souvent en fin de vie car c’est le temps nécessaire à l’accumulation des substances toxiques dans le cerveau ». Ils rajoutent qu’ « on sait depuis des décennies quelles sont les véritables causes de la maladie d’Alzheimer et de Parkinson».

Pourquoi l’hécatombe est-t-elle exponentielle ? Qu’attend-t-on pour y mettre un terme ? Qui fait pression pour taire les facteurs potentiels, et de fait, entraîner une paralysie de la prévention ? Les réponses à ces questions nous sont distillées au fil des pages, s’appuyant sur de nombreuses études publiées dans des revues scientifiques très sérieuses dont les articles sont étudiés par des comités scientifiques avant d’être autorisés.

Les auteurs font état de plusieurs facteurs qui sont suspectés d'augmenter l'incidence des maladies neurodégénératives et des cancers du cerveau par les scientifiques. Bon nombre d'entre eux ont fait l'objet d'études épidémiologiques, et le mercure, par exemple, a été le sujet d'études expérimentales, pour rechercher les mécanismes biologiques sous-jacents en lien avec la maladie d'Alzheimer. Il est primordial de poursuivre les recherches en ce sens, encore faudrait-il que l'état y mette les moyens.

une recherche affairiste

Le long travail d'enquête des auteurs nous montre à quel point les lobbys industriels conditionnent un immobilisme sans bornes des autorités de santé qui tardent à faire interdire l'usage de matériaux, et ce malgré l'abondance d’études scientifiques suspectant leurs effets délétères sur le cerveau. 
L'ouvrage nous permet également de mesurer l'étendue des conflits d'intérêts qui régissent les prises de décision de la Haute Autorité de Santé (HAS) concernant les prescriptions de médicaments anti-Alzheimer. On y comprend comment des « relations incestueuses » entre institutions de santé publique et boites privées ont permis le remboursement de médicaments, alors même que leur inutilité, voire leur dangerosité sont dénoncées depuis longtemps par plusieurs syndicats de médecins généralistes. 
 
Enfin, on y apprend, parmi tant d'autres informations, comment des rapprochements organisés par le gouvernement entre recherche publique et industrie privée permettent aux laboratoires pharmaceutiques de siphonner allègrement les crédits publics alloués à la recherche. Tout cela aux dépens du financement d'un vaste programme d’information et de prévention en santé publique, qui permettrait à la population de diminuer son exposition aux principaux facteurs de risques.

Et ce n'est là qu'une infime partie de tous les éléments minutieusement décrits par les auteurs, tant ce livre est riche en révélations plus révoltantes les unes que les autres.

En regroupant ces données édifiantes, nos deux auteurs ont réalisé un ouvrage qui dérange. Un livre nécessaire, qui met en exergue la privatisation de la maladie, la réduisant à un produit financier outrageusement rentable. N'hésitez pas à placer vos bas de laine dans la recherche contre les pathologies neurodégénératives, les actionnaires gourmands des industries du médicament voient leurs placements fructifier de 39% tous les ans. Des dividendes qui ne cesseront de tomber, puisque l'effectif des « clients » consommateurs de médicaments anti-Alzheimer est inexorablement voué à doubler tous les vingt ans si on s'empêtre dans une telle politique de l'autruche.

Une interview des auteurs est disponible ici.

Menace sur nos neurones, paru le 6 septembre aux Editions Actes Sud, 288 pages, 22 euros.








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