Marianne2 2012

Alter-Égales, un livre de femme bien pour les mecs

Dimanche 15 Janvier 2012 à 12:01 | Lu 4976 fois I 2 commentaire(s)

Renaud Chenu - Tribune

C'est l'histoire de trois femmes, trois féministes, qui prônent une « guerre des sexes » sans « guerre civile », le tout sur fond de débat politique. Un trio d'essayistes présenté par Renaud Chenu.


(Livres - Wikimédia - Heurtelions - cc)
(Livres - Wikimédia - Heurtelions - cc)
Admettons, amis mâles, qu'en notre for intérieur nous avons porté quelque espoir sur cette année 2012, qu'elle soit une année de « mecs » et qu'on oublie définitivement tout le mal que fit DSK à notre belle engeance en 2011, « annus horribilis » des hommes.
 
Cependant, la question essentielle soulevée par cet étonnant épisode de notre vie nationale demeure intacte. Comment continuer la « guerre des sexes » dans une ambiance sereine et démocratique après ça ? Les femmes contre les hommes, et inversement, si, les uns contre les autres, pouvons-nous envisager de reprendre la marche vers l'égalité des sexes sans dresser trop de barricades entre nous ?
 
C'est un peu le propos d'Alter-Égales, un livre qui mérite toute notre attention en cette année électorale, où chacun jurera que la cause des femmes, c'est son affaire. Trois jeunes femmes, entre 25 et 30 ans, « engagées en politique », ont pris la plume histoire de faire le point. Aurore Bergé et son acolyte de l'UMP Élise Vouvet se sont associées à Élodie Massé du PS pour revenir avec précision sur ce qu'il en est du droit concernant les femmes et souligner qu'il ne serait pas déshonorant pour la France d'être « à la hauteur de son histoire » en se distinguant sur la question. Exercice assez utile qui permet de se rafraîchir la mémoire, même pour les mecs qui font la vaisselle.
 
Elles nous emmènent avec pédagogie dans une histoire qui va d'Olympe de Gouge en 1791, « Si une femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune », à celles qui ont porté « la révolution » en cours depuis les années 70. Rappel nécessaire pour qui aurait oublié que la condition féminine a connu plus d'améliorations ces quarante dernières années que pendant les millénaires qui les ont précédées. Et surtout, elles laissent la parole à certaines de nos contemporaines qui nous dirigent et témoignent par leur existence que si les zones stratosphériques de notre société sont un lieu de combat pour tous, il est très conseillé pour les femmes d'avoir une ou deux bottes secrètes pour y survivre aussi convenablement que les hommes.
 
Les lois encadrant « la condition féminine » et leurs conséquences au quotidien y sont décortiquées, ce qui permet aux auteurs d'en définir la portée comme d'en pointer les limites, et d'avancer quelques judicieuses propositions, au nombre de dix, pour forcer le réel en douceur. Elles se placent ainsi dans une perspective universaliste en rappelant « la force du principe d'égalité » qui « donne à la différence la possibilité d'être socialement fraternelle au sein d'une relation républicaine libre car protégée par le droit ». Bref, un féminisme très éloigné du « séparatisme » qui retrouva un peu de couleur à l'occasion de l'affaire DSK et désespéra tant Élisabeth Badinter, qui le dénonçait déjà en 2003 dans son essai Fausse route.
 
Car l'égalité entre hommes et femmes présuppose que « la guerre des sexes » ne soit pas une guerre civile mais un renouveau des civilités qui nous transporte peu à peu hors de La domination masculine décrite par Pierre Bourdieu en 1998. L'interpellation nous concerne particulièrement, nous qui eûmes le loisir d'être éduqués par cette première génération de femmes tout à fait libérées, nées avec le droit de vote, dont l'adolescence coïncida avec la contraception et l'avortement légal, et n'hésita pas à se lancer dans de brillantes carrières : nos mamans.

Ce qui nous donne à l'échelle de l'histoire (n'hésitons pas, tiens) une once de responsabilité, même si je suis prêt à parier que beaucoup de lecteurs de ma présente prose se sont déjà exclus du lot, se considérant à juste titre comme des féministes très fréquentables. Avouons donc avec ces trois jeunes essayistes que la reconnaissance de l'égalité ne rend le jeu que plus piquant entre nous, d'autant qu'elles proposent des progrès assez notables pour les jeunes pères que nous sommes ou risquons de devenir.
 
Alter-Égales. Aurore Bergé, Élodie Massé, Élise Vouvet. Normant éditions, janvier 2012. 120 pages. 11 euros.









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