Allemagne : les élections arrivent, la crise attendra
Dimanche 29 Mars 2009 à 12:00 | Lu 6139 fois I 13 commentaire(s)
Edouard Husson
Ma semaine allemande par Edouard Husson. Dix ans après la guerre du Kosovo, personne ne tire un bilan réaliste du comportement de l'Allemagne dans ce conflit, qui a fait de ce pays la plaque tournante du proxénétisme européen.
Vendredi 20 mars 2009 : le poison afghan
Tous les sondages le confirment: la population allemande est majoritairement hostile à l'envoi de troupes allemandes supplémentaires en Afghanistan. Madame Merkel tiendra-t-elle dans le flou jusqu'aux élections, normalement prévues en septembre de cette année, la question d'un contingent supplémentaire, pour répondre aux attentes de Barack Obama? Elle risque d'y perdre encore plus en popularité au moment où son image se brouille dans l'opinion.
Lundi 23 mars 2009 : le couple germano-espagnol
Le cinquième forum germano-espagnol vient de s'achever. Il y a été question de la présidence espagnole de l'Union européenne au premier semestre 2010. Berlin compte sur Madrid pour faire définitivement aboutir à ce moment le traité de Lisbonne. La RFA entend aussi que l'Espagne appuie ses propres choix énergétiques: d'une part l'investissement dans les énergies renouvelables; d'autre part un partenariat très étroit avec la Russie. Enfin, l'Allemagne compte sur l'Espagne pour faire aboutir un traité de libre-échange global entre l'UE et l'Amérique latine.
Mardi 24 mars 2009 : Kosovo, dix ans déjà
Triste anniversaire que celui du déclenchement de la guerre contre la Serbie à propos du Kosovo, il y a dix ans jour pour jour. Daniel Cohn-Bendit, coiffant un casque à pointe, avait parlé à l'époque, de la «guerre d'unification européenne». En fait de réunifier, l'OTAN et l'Union Européenne ont définitivement déstabilisé une région qui n'avait pas besoin de cela. Aujourd'hui, dix ans après la guerre qui devait libérer le Kosovo, les troupes occidentales ne sont pas près de partir tant il est vrai qu'elles abandonneraient le pays à des conflits entre nationalités - après la guerre, des albanophones du Kosovo se sont vengés des semaines conflits en persécutant, quand ils le pouvaient, les Tsiganes, les Turcs et les Serbes. Le pays est définitivement sous perfusion économique. Il est une plaque tournante du proxénétisme en Europe. L'Allemagne continue de jouer un rôle clé dans cette histoire: elle forme systématiquement les juristes et les communicateurs de l'Etat kosovar soit-disant indépendant. Elle fait pression avec Washington pour que l'ensemble de la communauté internationale reconnaisse l'Etat kosovar. Je n'ai pas lu dans la presse allemande de ces jours-ci de remise en cause du rôle néfaste de l'Allemagne dans la crise des Balkans des années 1990: formation, par le BND (Bundesnachrichtendienst, service de renseignement fédérale) des indépendantistes croates, dans les années 1980 puis des cadres d'un futur Kosovo indépendant dans les années 1990; reconnaissance prématurée de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine fin 1991.
Mercredi 25 mars 2009: Abu Dhabi investit dans la voiture électrique
Abu Dhabi acquiert 9% du capital de Daimler - dépassant le Koweït qui en possède 7%. C'est sous Gerhard Schröder qu'ont été posés les jalons d'un partenariat stratégique entre la RFA et la région du Golfe. En temps de crise, une telle coopération apparaît particulièrement bienvenue. Abu Dhabi est prêt à investir pour donner à Daimler les moyens de développer une voiture électrique qui ait de l'avenir. A Berlin, on entend de plus en plus développer l'idée selon laquelle le déclin américain étant amorcé, l'Union européenne et en particulier la zone euro ont une partie décisive à jouer.
Jeudi 26 mars 2009 : la grande coalition paralysée ?
Le FDP, le parti libéral, qui a le vent en poupe dans l'opinion, pose publiquement, ces derniers jours, la question de la viabilité de la Grande Coalition. Beaucoup d'observateurs ont le sentiment que plus rien ne sera décidé par le gouvernement en place d'ici l'été. Est-ce cependant une raison suffisante pour s'attendre à une fin précoce de la coalition gouvernementale? Madame Merkel et Monsieur Steinmeier, les deux futurs adversaires des élections de septembre, n'ont aucun intérêt à briser le pacte gouvernemental prématurément. Le SPD tentera de consolider sa remontée dans les sondages. Madame Merkel essaiera de regagner au centre ce qu'elle perd sur sa droite après avoir rejeté le programme ordo-libéral qu'elle prônait encore en novembre dernier. Surtout, la troisième phase de la crise économique mondiale, son volet monétaire, incitera à la prudence politique.
Cependant, il ne faut pas oublier qu'il y a déjà eu, entre le fin 1966 et l'été 1969, une première Grande Coalition, qui déploya une hyperactivité législative, sur des sujets capables de mobiliser 80% de l'opinion.
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