Allemagne : le SPD se trompe d'alliance
Mercredi 7 Octobre 2009 à 17:01 | Lu 5709 fois I 39 commentaire(s)
Gilbert Casasus - Professeur à l'Université de Fribourg
Lors des élections fédérales du 27 septembre, le SPD a réalisé son score le plus bas depuis 1945. Gilbert Casasus nous décrit les impasses du système social-démocrate allemand et les voies à explorer.
L’Allemagne n’est pas un pays de gauche. Elle ne l’a jamais été, à l’exception peut-être de quatre années et demi (1969-74) durant lesquelles Willy Brandt occupait la chancellerie à Bonn.
Quant au « socialisme réel» de la RDA, il ne fut que pure chimère dont beaucoup d’intellectuels ont été les premières victimes.
En revanche, depuis sa création en 1949, la RFA a toujours cherché un compromis entre le travail et le capital, d’où la naissance d’une économie sociale de marché, véritable clé de voûte du capitalisme rhénan.
Face au conservatisme politique des chrétiens-démocrates, le SPD s’est engagé à promouvoir le volet social d’une société qui sous la coalition social-libérale des années soixante-dix faisait figure de modèle en Europe. Grâce à une représentation syndicale forte, la cogestion, alors pourtant décriée en France, a porté ses fruits : hausse des salaires, partenariat social et diminution du temps de travail furent les maîtres-mots d’une politique que même Helmut Kohl n’a jamais remise en question durant ses seize années de pouvoir.
Son Ministre des Affaires sociales, Norbert Blüm, a d’ailleurs été le dernier à promulguer une loi sociale en RFA, grâce à l’instauration d’une « assurance soins » obligatoire en 1995 Depuis lors, plus rien.
Surtout pas sous la coalition rouge-verte de Gerhard Schröder (1998-2005) dont le bilan social est négatif. Prix en tenailles entre le coût exorbitant de l’unification allemande et les pressions internationales dues à la mondialisation, les sociaux-démocrates ont sacrifié la justice sociale sur l’autel d’une idéologie économique dominante qui les appelait à réformer l’Etat providence. Aujourd’hui, ils le payent au prix fort.
Jamais la social-démocratie n’avait imaginé vivre un échec aussi cuisant tel que celui subi le 27 septembre dernier lors des élections au Bundestag. Non seulement, le SPD enregistre avec 23% son plus faible score dans l’histoire de la République fédérale, mais il a perdu dix millions d’électeurs en l’espace de onze ans, passant de 40,90% des suffrages avec Schröder en 1998 à 23,00% des voix avec Steinmeier en 2009.
De plus, son nombre d’adhérents est passé au-dessous de celui de la CDU en 2008, n’atteignant plus que 500 000 alors qu’il fut de plus de 900 000 au début des années quatre-vingt, à l’heure où la RFA, division de l’Allemagne oblige, comptait vingt millions d’habitants que moins qu’aujourd’hui.
En outre, il ne peut plus autant compter sur les relais syndicaux et associatifs qui faisaient naguère sa force. En ce sens, la déroute du SPD n’est que le reflet de la faillite d’un modèle social-démocrate éculé qui ne correspond plus aux défis sociaux de ce début de 21ème siècle.
La social-démocratie traditionnelle, où syndicalisme et politique se conjuguaient au même mode, est morte.
Quant au « socialisme réel» de la RDA, il ne fut que pure chimère dont beaucoup d’intellectuels ont été les premières victimes.
En revanche, depuis sa création en 1949, la RFA a toujours cherché un compromis entre le travail et le capital, d’où la naissance d’une économie sociale de marché, véritable clé de voûte du capitalisme rhénan.
Face au conservatisme politique des chrétiens-démocrates, le SPD s’est engagé à promouvoir le volet social d’une société qui sous la coalition social-libérale des années soixante-dix faisait figure de modèle en Europe. Grâce à une représentation syndicale forte, la cogestion, alors pourtant décriée en France, a porté ses fruits : hausse des salaires, partenariat social et diminution du temps de travail furent les maîtres-mots d’une politique que même Helmut Kohl n’a jamais remise en question durant ses seize années de pouvoir.
Son Ministre des Affaires sociales, Norbert Blüm, a d’ailleurs été le dernier à promulguer une loi sociale en RFA, grâce à l’instauration d’une « assurance soins » obligatoire en 1995 Depuis lors, plus rien.
Surtout pas sous la coalition rouge-verte de Gerhard Schröder (1998-2005) dont le bilan social est négatif. Prix en tenailles entre le coût exorbitant de l’unification allemande et les pressions internationales dues à la mondialisation, les sociaux-démocrates ont sacrifié la justice sociale sur l’autel d’une idéologie économique dominante qui les appelait à réformer l’Etat providence. Aujourd’hui, ils le payent au prix fort.
Jamais la social-démocratie n’avait imaginé vivre un échec aussi cuisant tel que celui subi le 27 septembre dernier lors des élections au Bundestag. Non seulement, le SPD enregistre avec 23% son plus faible score dans l’histoire de la République fédérale, mais il a perdu dix millions d’électeurs en l’espace de onze ans, passant de 40,90% des suffrages avec Schröder en 1998 à 23,00% des voix avec Steinmeier en 2009.
De plus, son nombre d’adhérents est passé au-dessous de celui de la CDU en 2008, n’atteignant plus que 500 000 alors qu’il fut de plus de 900 000 au début des années quatre-vingt, à l’heure où la RFA, division de l’Allemagne oblige, comptait vingt millions d’habitants que moins qu’aujourd’hui.
En outre, il ne peut plus autant compter sur les relais syndicaux et associatifs qui faisaient naguère sa force. En ce sens, la déroute du SPD n’est que le reflet de la faillite d’un modèle social-démocrate éculé qui ne correspond plus aux défis sociaux de ce début de 21ème siècle.
La social-démocratie traditionnelle, où syndicalisme et politique se conjuguaient au même mode, est morte.
Un modèle voué à l'échec
Toutefois, les sociaux-démocrates ne semblent pas encore l’avoir compris. Rien ne serait pire pour eux que de ne vouloir récupérer les seules classes populaires et les milieux ouvriers dont l’influence diminue de plus en plus. L’avenir du SPD ne se résume pas à l’unique défense des « perdants de la mondialisation », laissant aux autres partis le soin de défendre les intérêts des « vainqueurs de la globalisation ».
Au-delà de la question sociale, c’est le modèle culturel d’une gauche vieillissante, sinon passéiste, qui est en cause. Condition sine qua non pour renouer avec le succès, le SPD n’aura d’autre choix que de redevenir ce qu’il a cessé d’être : un parti progressiste.
Mais pour qu’il y ait progrès, faut-il encore que les sociaux-démocrates aient de nouvelles idées. Devenu denrée rare chez le SPD, le débat idéologique se morfond aujourd’hui dans un vide sidéral avec lequel aucun intellectuel ne peut s’identifier.
Ainsi, le SPD apparaît comme un parti sans veine culturelle, sans projet politique à long terme.
Quant aux pratiques internes du SPD, elles datent d’une autre époque que des citoyens modernes et respectueux des règles démocratiques et des principes élémentaires de la transparence électorale ne peuvent plus accepter.
Pour maintenir certains de leurs avantages et trouver des compromis boiteux entre les différents courants, les caciques du SPD n’ont en effet rien trouvé d’autre que de nommer l’un des leurs, de surcroît ancien Ministre de « la Grande Coalition », à la tête d’un parti défait.
Quant aux options stratégiques, elles relèvent au mieux d’un provincialisme accablant, au pire d’un manque de vision politique. Au lieu de s’allier à nouveau avec la CDU, comme il l’envisage à nouveau de le faire en Thuringe, le SPD est désormais obligé de poser les jalons de coalitions régionales, voire nationale, avec Die Linke. Non pour lui donner plus d’importance, mais pour l’associer aux responsabilités gouvernementales.
Comme le fit naguère François Mitterrand avec le Parti communiste français, les sociaux-démocrates allemands doivent étreindre leur partenaire de gauche pour le placer devant ses propres contradictions. Parce que encore seul parti crédible pour redonner à la gauche allemande une quelconque raison d’espérer, le SPD a non seulement rendez-vous avec sa propre rénovation mais aussi, et surtout, avec un défi historique qui n’a d’autre nom que l’invention d’un socialisme moderne du vingt-et-unième siècle.
Il en est encore loin, aussi loin que l’est le Parti socialiste en France, preuve que sans solution et projet européens, la gauche est condamnée à l’échec.
Au-delà de la question sociale, c’est le modèle culturel d’une gauche vieillissante, sinon passéiste, qui est en cause. Condition sine qua non pour renouer avec le succès, le SPD n’aura d’autre choix que de redevenir ce qu’il a cessé d’être : un parti progressiste.
Mais pour qu’il y ait progrès, faut-il encore que les sociaux-démocrates aient de nouvelles idées. Devenu denrée rare chez le SPD, le débat idéologique se morfond aujourd’hui dans un vide sidéral avec lequel aucun intellectuel ne peut s’identifier.
Ainsi, le SPD apparaît comme un parti sans veine culturelle, sans projet politique à long terme.
Quant aux pratiques internes du SPD, elles datent d’une autre époque que des citoyens modernes et respectueux des règles démocratiques et des principes élémentaires de la transparence électorale ne peuvent plus accepter.
Pour maintenir certains de leurs avantages et trouver des compromis boiteux entre les différents courants, les caciques du SPD n’ont en effet rien trouvé d’autre que de nommer l’un des leurs, de surcroît ancien Ministre de « la Grande Coalition », à la tête d’un parti défait.
Quant aux options stratégiques, elles relèvent au mieux d’un provincialisme accablant, au pire d’un manque de vision politique. Au lieu de s’allier à nouveau avec la CDU, comme il l’envisage à nouveau de le faire en Thuringe, le SPD est désormais obligé de poser les jalons de coalitions régionales, voire nationale, avec Die Linke. Non pour lui donner plus d’importance, mais pour l’associer aux responsabilités gouvernementales.
Comme le fit naguère François Mitterrand avec le Parti communiste français, les sociaux-démocrates allemands doivent étreindre leur partenaire de gauche pour le placer devant ses propres contradictions. Parce que encore seul parti crédible pour redonner à la gauche allemande une quelconque raison d’espérer, le SPD a non seulement rendez-vous avec sa propre rénovation mais aussi, et surtout, avec un défi historique qui n’a d’autre nom que l’invention d’un socialisme moderne du vingt-et-unième siècle.
Il en est encore loin, aussi loin que l’est le Parti socialiste en France, preuve que sans solution et projet européens, la gauche est condamnée à l’échec.
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