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Allemagne: la modernisation du SPD sera-t-elle la clé?

Lundi 16 Mai 2011 à 15:01 | Lu 4549 fois I -2 commentaire(s)

Gilbert Casasus
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur

Les partis de l'opposition, en Allemagne, semblent ne jamais avoir été aussi forts. L'opposition parlementaire pourrait regrouper 60% des électeurs. Pourtant, le parti social-démocrate allemand semble confronté à quelques difficulté inhérentes à sa cuisine interne. Selon Gilbert Casasus, professeur en études européennes à l'Université de Fribourg, le SPD, plus encore que de se prononcer sur son candidat à la chancellerie, va devoir présenter un programme solide s'il ne veut pas perdre son électorat.


( Capture d'écran Youtube - Bruteberlin - cc )
( Capture d'écran Youtube - Bruteberlin - cc )
L’Allemagne se trouve dans une situation politique très paradoxale. Jamais la gauche n’a été aussi forte sur le papier, rarement la gauche n’a été aussi faible sur le projet. Que l’on s’explique : aujourd’hui, selon toutes les enquêtes d’opinion, l’opposition parlementaire réunirait environ 60% des électeurs sous ce nom. Composée du SPD, des Verts et de la Linke,  elle regroupe trois formations qui se situent toutes à la gauche de la coalition tripartite CDU/CSU-FDP, dirigée par Angela Merkel. Pourtant, rien ne dit qu’elle soit en mesure de gouverner à l’heure actuelle la République fédérale. Deux arguments s’y opposent. D’une part, les sociaux-démocrates et les écologistes refusent toujours de nouer une quelconque alliance avec les néo-communistes. D’autre part, la percée des Verts inquiète le SPD. A la seule pensée d’être dépassés par eux, les sociaux-démocrates n’admettront guère de jouer les seconds rôles derrière les Verts. Déjà numéro deux de « la grande coalition » de 2005 à 2009, ils n’ont aucune envie de « remettre ça », d’appartenir à un gouvernement fédéral dirigé par un chancelier qui ne soit pas issu de leurs rangs. Pour l’instant, ils se consolent comme ils le peuvent : tous les sondages leur laissent encore trois à quatre points d’avance sur les écologistes !

Quant à leur futur candidat à la chancellerie, ils ne l’ont pas encore désigné. Ils ont le choix entre leur Président actuel, Sigmar Gabriel, et le très schröderien Frank-Walter Steinmeier. Le premier n’a aucun charisme, le second traîne le boulet de la cuisante défaite électorale de septembre 2009 derrière lui. Si le SPD ne se décide ni pour l’un, ni pour l’autre, il pourra toujours faire appel à la ministre-présidente de la Rhénanie du Nord-Westphalie, Hannelore Kraft. Pour la première fois dans un grand Etat européen, on assisterait alors à un combat de femmes. L’une de droite, issue de l’Est, affrontera l’autre de gauche, venue de l’Ouest !
Mais l’essentiel n’est pas là. Plus que d’un candidat-e-, les sociaux-démocrates allemands ont d’abord besoin non d’un programme, mais d’un projet de société. Aujourd’hui, ils en sont dépourvus et apparaissent comme le parti le plus ennuyeux d’Allemagne.  C’est pourquoi la social-démocratie allemande vit plus sur sa tradition que sur son avenir. Elle est le reliquat de l’Allemagne qui s’est opposée à Bismarck, a résisté à Hitler, a incarné le progrès sous Willy Brandt, a consolidé la cogestion sous Schmidt et a fait évoluer son système social sous Schröder. Sauf qu’à vouloir réformer à tout prix, elle a perdu une part majeure de son électorat. Dotée de plus de 40% d’électeurs en 1998, elle ne table plus que sur un score inférieur de 30% lors des élections de 2013. Naguère deux fois plus puissante que le Parti socialiste français, elle se retrouve désormais, à quelques points près, dans les mêmes eaux électorales que celles où baigne son homologue de la rue de Solférino.

Si le SPD veut gouverner la République fédérale, il doit répondre aux deux attentes que les Allemands placent en lui : être aujourd’hui le principal parti de l’opposition pour être demain le principal parti de gouvernement. Mais force est de constater que, pour l’instant, il n’incarne ni l’un, ni l’autre. A la traîne des Verts dans sa critique contre Merkel, il ne donne aucunement l’impression d’offrir une alternative crédible à la chancelière. A la fois, il la soutient ipso facto sur des dossiers aussi sensibles que le sont l’euro ou la Libye, et court derrière les écologistes pour mieux dénoncer le recours au nucléaire civil. En revanche, le SPD n’est pas en mesure d’imposer ses propres idées et de nouveaux thèmes de réflexion. Par conséquent, il est en perte de légitimité politique, car il s’arc-boute trop sur ses succès d’antan.
Est-il alors un parti du passé ? Le risque existe. Si le SPD continue de la sorte, il ne sera plus que la troisième force politique du pays. Pour l’éviter, il devra faire preuve de plus de courage politique que ce n’est le cas actuellement. Cela implique qu’il se remette en cause lui-même et qu’il opère un droit d’inventaire sur la période Schröder. Confronté comme tous les partis socialistes et sociaux-démocrates européens au choix sociologique de son électorat et des classes sociales qu’il compte incarner, il faudra qu’il renonce à ne rester que ce qu’il croit encore pouvoir représenter. Face à des Verts de plus en plus centristes et une Linke dont la seule raison d’être est celle de vouloir toujours être dans l’opposition, le SPD n’a qu’une seule et unique solution : être le seul et unique parti crédible de la gauche allemande. C’est ainsi qu’il a construit ses victoires. C’est ainsi qu’il a forgé son honneur. C’est ainsi, enfin, qu’il préparera l’avenir, le sien et celui de l’Allemagne. A condition toutefois qu’il ne se laisse pas gagner, une fois de plus, par l’idéologie dominante à laquelle il a si souvent succombé.







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