Marianne2 2012

Allemagne : la crise écrase les libéraux rhénans

Mercredi 12 Janvier 2011 à 12:18 | Lu 6045 fois I 3 commentaire(s)

Gilbert Casasus
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur

Les formations dites « libérales » en Allemagne (FDP) et en Suisse (PLR) n'ont pas le vent en poupe par temps de crise. A l'exception en Autriche du Parti autrichien de la liberté (FPÖ) ... qui n'a d'ailleurs rien d'un parti ultralibéral ! Gilbert Casasus dresse un tableau historique et idéologique de ces trois formations.


Que le FPÖ, c’est-à-dire le soi-disant parti autrichien de la Liberté, n’ait jamais été très libéral, tout le monde en convient. Créé en 1956, il réunissait en son sein plusieurs dignitaires nazis, dont son premier Président, l’ancien SS Anton Reinthaller. Par la suite, le FPÖ se « libéralisa » quelque peu, son nouveau leader Norbert Steger siégeant même de 1983 à 1987 comme Vice-chancelier à la tête d’une coalition contre-nature dirigée jusqu’en 1986 par le social-démocrate Fred Sinowatz, le successeur du légendaire Bruno Kreisky. Repris en main dès 1986 par Jörg Haider, le FPÖ n’a depuis lors jamais abandonné ses positions de la droite extrême, son actuel dirigeant Heinz-Christian Strache ayant même été soupçonné d’entretenir des relations avec des groupes néonazis.

En revanche, le FDP ne se situe pas à la droite de la droite allemande. Créé en 1948, il est l’un des artisans du renouveau démocratique de l’Allemagne (de l’Ouest), son premier chef Theodor Heuss ayant été le premier Président de la RFA de 1949 à 1959. Associé depuis plus de quarante ans à différents gouvernements allemands, dirigés soit par la CDU, soit par le SPD, le FDP est l’une des pierres angulaires du système politique de la RFA. Parti traditionnel du centre droit, il a défendu tour à tour des idées plus à gauche lors de l’adoption de ses « Thèses de Fribourg » en 1971, mais aussi des positions beaucoup plus réactionnaires dont son aile national-libérale s’était fait la porte-parole durant les années 50 et 90.

Quant aux Libéraux-Radicaux suisses (PLR), ils sont les héritiers de la révolution démocratique de 1848 et de la constitution fédérale de 1874. Particulièrement implantés dans les cantons protestants, ils sont traversés par des courants d’obédiences différentes. Alors que les uns se veulent proches des milieux industriels et bancaires, les autres défendent une politique humaniste et plus ouverte sur le monde. Toutefois, quelques figures radicales ne restent pas toujours en bonne mémoire, à l’exemple du Conseiller fédéral vaudois Marcel Pilet-Golaz qui, comme Ministre des Affaires Étrangères durant la Seconde Guerre mondiale, manifesta une neutralité plus que bienveillante à l’égard du Troisième Reich.

Parmi ces trois partis, seul le FPÖ autrichien va aujourd’hui de victoire en victoire. Ainsi a-t-il quasiment doublé son score de 2005 lors des élections viennoises du 3 octobre dernier. En revanche, le parti libéral allemand traverse l’une des crises majeures de son histoire. Crédité au soir des élections au Bundestag du 27 septembre 2009 du meilleur résultat de son histoire avec 14,60% des voix, le FDP se trouve seize mois plus tard au plus bas, certains sondages le voyant même au-dessous de la barre fatidique des 5%. Cible de toutes les critiques, son président Guido Westerwelle a cependant réussi à se maintenir à son poste, sans toutefois convaincre ses sympathisants. Médiocre Ministre des Affaires étrangères, il est le maillon faible de la coalition chrétienne-libérale dont il est pourtant le Vice-chancelier. Tel n’est pas le cas de ses deux homologues suisses, les deux Conseillers fédéraux radicaux Didier Burkhalter et Johann Schneider-Amman qui jouissent plutôt d’une bonne image de marque. Que celle-ci puisse néanmoins profiter à leur parti lors des élections à venir, rien n’est moins sûr. En effet, les Radicaux sont pris en tenaille entre les chrétiens-démocrates, souvent connus pour leur vocation sociale et centriste, et ladite « Union démocratique du Centre » dont la proximité avec l’extrême droite continue de défrayer la chronique non seulement à travers tout le pays mais aussi hors des frontières helvétiques.

Comparables dans leur pensée et dans leur approche politique, les libéraux allemands et suisses sont confrontés à des choix stratégiques et idéologiques qu’ils abordent de manière différente. L’échec du FDP allemand s’explique sans nul doute par des promesses non tenues car totalement inadaptées à la situation du moment. Chantres du néolibéralisme, les amis de Guido Westerwelle préconisent une baisse massive des impôts qui cependant ne peut pas être mise en œuvre actuellement, à l’heure où tous les États de la zone euro, RFA y compris, sont obligés à veiller à la bonne santé de leurs comptes publics. Aujourd’hui, le FDP n’est pas seulement le parti qui pose les mauvaises questions mais aussi celui qui y apporte les mauvaises réponses.

Tout aussi mauvaises sont les réponses que comptent formuler les radicaux suisses. Réputés pour leur attitude modérée, et dont l’une de leurs députées le plus en vue, Christa Markwalder, n’est autre que la Présidente en exercice du « Nouveau mouvement européen Suisse » (NOMES), ils viennent de renoncer à l’adhésion de la Suisse à l’UE. De même, ont-ils changé leur fusil d’épaule en matière d’immigration, se prononçant pour une restriction massive du regroupement familial pour les étrangers non communautaires. Par conséquent, que ce soit pour l’Europe ou pour l’immigration, le PLR se rapproche de plus en plus de l’UDC et oublie son esprit d’ouverture qui l’a si longtemps caractérisé.

Le constat est amer et révoltant à la fois : parmi ces trois formations, seul le « parti de la Liberté » autrichien a le vent en poupe. Mais, le FPÖ ne peut pas être qualifié de libéral car il ne l’a (presque) jamais été. En revanche, le FDP allemand et le PLR suisse méritent encore ce label. Sauf que chacun d’entre eux doit se rendre compte d’une évidence qu’ils ont du mal à accepter, à savoir que le libéralisme politique est en crise au même titre que le sont la social-démocratie ou la démocratie chrétienne. Après avoir cru que le néolibéralisme économique leur permettrait de gagner la bataille idéologique, les libéraux sont en train de perdre une bataille stratégique et intellectuelle. Soit ils renouent avec leur tradition philosophique et retrouvent la place qui leur est due, soit ils épousent les positions de la droite réactionnaire et ultra conservatrice et retombent là où l’histoire les a parfois menés, soit dans l’abîme de la compromission et du désaveu moral et politique.








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