Marianne2 2012

Allemagne : à droite toute !

Mercredi 9 Septembre 2009 à 13:01 | Lu 5952 fois I 21 commentaire(s)

Gilbert Casasus
Diplômé en sciences politiques et professeur en Etudes européennes à l’université de... En savoir plus sur cet auteur

Pour Gilbert Casasus, nouveau blogueur associé, Angela Merkel peut dormir sur ses deux oreilles : une union de la gauche allemande n'est pas encore à l'ordre du jour. Dans ces conditions, la droite est largement assurée de gagner l'élection à venir.


(capture d'écran - dailymotion - LePostfr)
(capture d'écran - dailymotion - LePostfr)
Au soir du 27 septembre, les Allemands connaîtront la couleur politique de leur prochain gouvernement. Même si plusieurs combinaisons demeurent théoriquement possibles, seules deux d’entre elles paraissent politiquement plausibles. Soit la RFA choisit la continuité et reconduit « la Grande Coalition » entre chrétiens et sociaux-démocrates, soit elle opte pour le changement et donne une majorité à la CDU/CSU et au FDP. C’est pourquoi Angela Merkel est d’ores et déjà quasiment assurée de se réinstaller dans son bureau de la chancellerie qu’elle compte occuper au moins jusqu’en 2013.

En cas de reconduction de « la Grande Coalition », la CDU/CSU se retrouvera en position de force face à des sociaux-démocrates affaiblis qui, contrairement à 2005, ne feront plus jeu égal avec le parti de la chancelière. En cas d’alliance avec les Libéraux, Angela Merkel aura gagné son pari. Elle gouvernera avec son partenaire de prédilection et se sera débarrassée de ses encombrants ministres SPD. Mais quelle que soit l’une ou l’autre des hypothèses, nul ne pourra nier la principale leçon du scrutin à venir : dans l’attente de sa future composition, prévue pour le milieu de l’automne, l’Allemagne aura choisi en ce 27 septembre 2009, le gouvernement le plus à droite qu’elle s’est donné depuis celui d’Helmut Kohl, battu après seize ans pouvoir à Bonn en 1998 par Gerhard Schröder.

Il y a quatre ans, ce dernier avait réussi à limiter les dégâts, non seulement pour son parti mais aussi pour toute la gauche. En comptant respectivement sur leur nom 34,20 %, 8,70 % et 8,10% des voix, SPD+Linke+Verts avaient ensemble obtenu 51% des suffrages, le quotidien berlinois Die Tageszeitung ne manquant pas alors de titrer, photo d’Albert Einstein à l’appui, que « la majorité est relativement à gauche ».

Mais, forte d’une majorité absolue ou relative, une « union de la gauche » à l’allemande n’est actuellement pas à l’ordre du jour. Car contrairement à ce qui se passe en France, ni le SPD, ni les Verts ne veulent et ne peuvent, pour l’instant, gouverner ensemble le pays avec la Linke. Près de vingt ans après la chute du Mur de Berlin, la formation de Gregor Gysi et d’Oskar Lafontaine ne s’est toujours pas dotée d’une légitimité gouvernementale au niveau fédéral. Rien ne sert en la matière de jeter un regard français sur la situation allemande. En Allemagne, il n’y a pas de « maison commune » à gauche, il n’y a pas de « gauche plurielle ». Pour qu’il en soit ainsi, sociaux-démocrates, Verts et néo-communistes devront franchir ensemble nombre d’étapes dont le tracé demeure parsemé d’embûches. Si d’ici quatre ou vraisemblablement huit ans, une gauche allemande unie souhaite gouverner la RFA, elle devra au préalable remplir les quatre conditions suivantes.

Parce que véritables laboratoires politiques traditionnels pour tous les partis gouvernementaux allemands, les Länder constituent un point de passage obligé pour l’ensemble des formations qui désirent gouverner l’Allemagne. Il en sera de même pour une union de la gauche qui devra faire ses preuves dans l’une ou l’autre région. Tel est aujourd’hui le cas à Berlin, au prix toutefois d’une politique d’austérité à laquelle la Linke fut contrainte de s’associer. En revanche, une expérience analogue dans le Mecklembourg, Poméranie occidentale, s’est soldée par un échec ; SPD et PDS (ancien nom de la Linke – notamment dans les nouveaux Länder) ne s’étant pas entendus pour améliorer la situation socio-économique du Land le plus pauvre de l’Allemagne.

Une union de la gauche allemande ne verra le jour que si elle est en mesure d’harmoniser ses différentes priorités économiques, sociales et écologiques. Ici, les divergences se manifestent notamment entre la Linke, toujours plus proche d’une vision productiviste de l’économie, et les Verts pour lesquels l’avenir de l’Allemagne dépend plus que jamais des défis écologiques que la République fédérale est obligée de relever. Quant au SPD, il ne pourra pas se soustraire à un droit d’inventaire d’une politique schröderienne qui a partiellement failli en matière sociale.

Pour être crédible, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières, la Linke devra nécessairement revoir les fondements de sa politique étrangère. Cela concerne plus particulièrement sa politique européenne qui s’apparente nettement plus à celle de l’aile la plus réactionnaire de la CSU bavaroise qu’à celle défendue depuis les années cinquante par l’ensemble des gouvernements de la République fédérale. Hostile à l’UE, au traité constitutionnel et à celui de Lisbonne, la Linke s’est progressivement laissé gagner par un « social-nationalisme » (à surtout ne pas confondre avec le national-socialisme) dont la pensée philosophique politique inspire bien plus d’inquiétudes qu’elle ne rassure. Ainsi, les partenaires et voisins de l’Allemagne pourraient se méfier à juste raison de toute velléité nationale de la politique européenne de la RFA, craignant que Berlin  ne veuille, au nom de sa puissance recouvrée, faire cavalier seul au sein de l’Union des vingt-sept.

Enfin, la gauche allemande doit se renouveler. Les Verts se sont embourgeoisés, les sociaux-démocrates « droitisés » et la Linke s’est refermée sur ses positions doctrinaires. L’esprit réformateur du PDS des années quatre-vingt-dix a cédé le pas à un positionnement idéologique d’un parti qui n’a pas encore irrémédiablement tiré les leçons du passé. Plus qu’elle n’est due aux néo-communistes est-allemands, la faute en incombe surtout à Oskar Lafontaine dont la priorité est d’affaiblir le SPD. Parce que toujours mis à l’index par de nombreux sociaux-démocrates, « le Napoléon de la Sarre » ne sera jamais un partenaire fiable pour la social-démocratie allemande. Pour faire sauter « le verrou Lafontaine », le SPD devra de préférence s’allier avec ces anciens communistes de l’Allemagne de l’Est, conscients que sans « social-démocratisation » de leur parti, il n’y aura jamais de gauche unie en Allemagne. A condition toutefois que le SPD accepte un nouvel ancrage à gauche qui lui a tant fait défaut ces dernières années, quitte à subir, comme lui suggère le politologue Peter Lösche de Göttingen, une cure d’opposition d’une durée indéterminée.








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