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Allemagne: Merkel aussi a son Kouchner

Mardi 16 Mars 2010 à 05:01 | Lu 5713 fois I 23 commentaire(s)

Gilbert Casasus - Professeur en Suisse

Guido Westerwelle, leader du parti libéral FDP, est ministre des Affaires Etrangères d'Angela Merkel, chancelière allemande. Pour Gilbert Casasus, professeur à l'université de Fribourg, il se révèle être un boulet pour la coalition au pouvoir. Une faille de plus dans une diplomatie allemande en plein doute.


Décidément quelque chose ne tourne pas rond dans le gouvernement de centre-droit allemand. A l’heure des premiers bilans, les observateurs de la vie politique sont unanimes : la coalition chrétienne-libérale d’Angela Merkel n’est pas meilleure que ne le fut la « Grande Coalition » qui, avec la CDU et le SPD, avait dirigé la RFA de 2005 à 2009.

Passons sur les aléas de la politique intérieure, n’accordons non plus trop d’importance aux rivalités coutumières qui opposent depuis des décennies les libéraux aux chrétiens-sociaux bavarois ; enfin, ne nous attardons pas trop longtemps sur les inimitiés qui, à l’intérieur de la démocratie-chrétienne, enveniment les relations des pro et anti-Merkel. Tout cela n’est que de la routine politicienne, dont les conséquences ne dépassent guère le microcosme politique berlinois.

Conflits d'intérêt

En revanche, le jugement sur la politique étrangère allemande est nettement plus sévère. Si sévère qu’il en devient même inquiétant. A quelques exceptions près, les Ministres des Affaires étrangères de la RFA étaient aussi les Vice-chanceliers. Ce fut, excusez du peu, le cas de Willy Brandt, de Hans-Dieter Genscher, de Joschka Fischer et de Frank-Walter Steinmeier.

Depuis l’automne 2009, c’est Guido Westerwelle, le Chef des libéraux du FDP, qui porte cette double casquette : il est à la tête de la diplomatie allemande et est le numéro deux du gouvernement allemand. En a-t-il le format ? En est-il à la hauteur ? A-t-il le profil de l’emploi ? A la lumière des premiers mois de son action, la réponse à ces trois questions est unanime : non ! Guido Westerwelle n’a pas la classe de ses illustres prédécesseurs et laisse planer un sérieux doute sur la qualité de la politique étrangère menée en RFA depuis la fin 2009.

Un récent scandale vient d’éclabousser encore un peu plus sa mauvaise image de marque. Selon certaines révélations, il aurait mélangé affaires publiques et privées, favorisant pour ses déplacements une société dans laquelle son propre frère bénéficierait d’intérêts financiers.

De surcroît, l’ombre d’un financement détourné de son parti n’est pas entièrement exclue. Quelques associés d’un cabinet d’affaires de Francfort, abritant non seulement son frère mais aussi quelques membres du FDP, semblent en effet jouer un rôle plus ou moins occulte dans ce qui ressemble bel et bien à une histoire à rebondissements.

L'ombre de lui-même

Toutefois, quitte à n’y attacher qu’une importance relative, cela fait malheureusement partie de la vie politique d’un pays. En la matière, la France n’a d’ailleurs pas la moindre leçon à donner aux Allemands. A contrario, cet épisode malencontreux affaiblit encore plus un ministre qui, depuis ses prises de fonction, a rarement été à son avantage.

En politique étrangère, il ne s’impose pas. En politique intérieure, il impose des idées néolibérales, n’ayant visiblement retenu aucune des leçons de la crise financière des années 2008-2009. Bref, il n’est pas au diapason de la situation internationale.

De même ne semble-t-il pas voir encore compris ni la portée, ni la symbolique de la relation franco-allemande en Europe. Adulé encore il y a quelques mois lors de la campagne électorale de septembre dernier pour avoir permis à son parti d’enregistrer le meilleur score de son histoire, Guido Westerwelle n’est désormais plus que l’ombre de lui-même.
 
A vrai dire, que Guido Westerwelle soit un mauvais ministre, cela ne concerne en fait que les Allemands. Sauf qu’il occupe le poste de Ministre des Affaires étrangères d’un des principaux États de la scène internationale dont les dernières prises de position incitent à la prudence. Pour preuve, l’attitude allemande envers la Grèce.

Les incertitudes allemandes

Faut-il rappeler à la RFA que l’Europe est une communauté de pays solidaires entre eux ? Doit-on lui remettre en mémoire les efforts consentis par ses partenaires lors de l’unification allemande en date de 1990 ? Et que dire des propositions saugrenues que la presse allemande a lancées à l’encontre de la Grèce, quitte à acheter par des richissimes allemands des îles de la Mer Égée ?

Tout aussi inquiétantes, sinon plus, furent certaines hésitations et déclarations de la chancelière qui, dans ce dossier, a d’abord privilégié les intérêts allemands aux dépens de ceux de l’Union européenne. L’épisode grec n’est-il que passager ou constitue-t-il a contrario une attitude plus pérenne de la politique étrangère allemande ?

De la réponse à cette question dépend l’avenir de l’ensemble de la diplomatie européenne de la République fédérale qui, avec ou sans Guido Westerwelle, ne devrait en aucun cas renouer avec ce que les Français ont pour coutume d’appeler « les incertitudes allemandes ».








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