Allemagne: Die Linke au secours de Merkel?
Lundi 5 Juillet 2010 à 11:01 | Lu 6033 fois I 25 commentaire(s)
Gilbert Casasus - chroniqueur associé
Universitaire spécialiste de la question allemande, Gilbert Casasus décrypte l'élection laborieuse de Christian Wulff, le candidat de la CDU, à la présidence de l'Allemagne. Selon lui, Die Linke a joué la politique du pire en appelant à l'abstention.
La situation politique de l’Allemagne n’est pas bonne. C’est là le principal enseignement à tirer après l’élection au troisième tour de scrutin du nouveau Président de la République fédérale, Christian Wulff. Ce jeune, mais néanmoins expérimenté chrétien-démocrate n’est pas la cause de l’état lamentable dans lequel se trouve la coalition chrétienne-libérale. En place depuis moins d’une année, celle-ci déçoit un électorat qui lui avait accordé une solide majorité en septembre 2009. S’il fallait désigner une responsable, le choix se porterait très vite sur Angela Merkel. Celle qui manifeste son assurance, voire son arrogance, sur la scène internationale, fait pâle figure sur le plan intérieur. Assez à l’aise à l’époque de « la Grande Coalition » avec les sociaux-démocrates entre 2005 et 2009, elle n’arrive désormais plus à gouverner son pays avec cette indispensable maîtrise que l’on attend de la part de tout chef de gouvernement. Bref, Angela Merkel n’est plus tout à fait à la hauteur de sa fonction de chancelière.
Cependant, et contre vents et marées, elle a réussi à imposer in fine Christian Wulff comme Président de l’Allemagne. Même si cette élection fut entachée par des défections au sein de la droite allemande, force est de constater qu’elle a su faire élire son candidat. D’ailleurs, d’ici quelques années, seuls quelques férus de la politique allemande se rappelleront que trois tours ont été nécessaires pour que Christian Wulff soit élu. Qui se rappelle aujourd’hui qu’il en a été de même pour Roman Herzog, devenu Président de la RFA en 1994 ? Personne ou presque.
Ainsi, qu’on le veuille ou non, la CDU détient toujours les deux principaux postes de la politique allemande. Celui de chancelier et celui de la Président de la République. Elle reste aussi le plus grand parti d’Allemagne et, sauf coup de théâtre imprévisible, dirigera encore la RFA durant les trois ans à venir. En effet, elle a nul intérêt à provoquer des élections anticipées, même si elle devait rompre avec les libéraux du FDP et renouer, au cours de cette législature, l’expérience de « la Grande Coalition » avec les sociaux-démocrates. Toute autre solution serait suicidaire et contraire à ses propres desseins.
Cependant, et contre vents et marées, elle a réussi à imposer in fine Christian Wulff comme Président de l’Allemagne. Même si cette élection fut entachée par des défections au sein de la droite allemande, force est de constater qu’elle a su faire élire son candidat. D’ailleurs, d’ici quelques années, seuls quelques férus de la politique allemande se rappelleront que trois tours ont été nécessaires pour que Christian Wulff soit élu. Qui se rappelle aujourd’hui qu’il en a été de même pour Roman Herzog, devenu Président de la RFA en 1994 ? Personne ou presque.
Ainsi, qu’on le veuille ou non, la CDU détient toujours les deux principaux postes de la politique allemande. Celui de chancelier et celui de la Président de la République. Elle reste aussi le plus grand parti d’Allemagne et, sauf coup de théâtre imprévisible, dirigera encore la RFA durant les trois ans à venir. En effet, elle a nul intérêt à provoquer des élections anticipées, même si elle devait rompre avec les libéraux du FDP et renouer, au cours de cette législature, l’expérience de « la Grande Coalition » avec les sociaux-démocrates. Toute autre solution serait suicidaire et contraire à ses propres desseins.
Die Linke, allié objectif de la CDU ?
Alors que tous les observateurs ont souligné avec raison le camouflet subi par la chancelière lors de cette élection, d’autres, aussi aguerris, n’ont pas manqué de relever le jeu joué par la Linke. Qu’elle ne le nie ou pas, elle a favorisé la candidature de Christian Wulff à la présidence allemande. Malgré ses mille et unes raisons, peut-être toutes justifiées, de ne pas se désister pour Joachim Gauk, présenté en commun par le SPD et les Verts, la Linke est devenue ipso facto l’allié objectif de la droite allemande.
Bien qu’il lui fût âprement difficile de voter pour l’ancien responsable de « l’Office fédéral des archives de la Stasi », présidé durant dix ans par ce même Joachim Gauk, la Linke aurait pu saisir cette occasion unique pour prouver qu’elle est désormais capable d’assumer son propre travail de mémoire. En refusant cette opportunité historique, elle a en revanche démontré sa rigidité idéologique et son incapacité de faire le deuil du passé antidémocratique, répressif et corrompu de la RDA. Ainsi, la Linke a, ne serait-ce que le temps du vote d’un nouveau Président de la République fédérale, fait preuve d’une faiblesse intellectuelle et politique dont elle devra porter, à elle seule, toutes les conséquences.
En prônant l’abstention et non le désistement au profit de Joachim Gauk, la Linke a ostensiblement, et en pleine connaissance de cause, choisi la politique du pire. Elle a mis provisoirement fin à toutes les formes d’alliance qui auraient pu s’opérer avec ses potentiels alliés verts et sociaux-démocrates. De plus, elle a considérablement affaibli celles et ceux qui au sein de ces deux partis avaient plaidé pour un rapprochement avec elle. En agissant de la sorte, et malgré quelques vagues hésitations enregistrées ici et là au gré des situations locales et régionales, elle a suivi la ligne qu’elle s’était fixée lors de son congrès national de janvier dernier. Après avoir écarté son aile réformatrice, la Linke y a adopté une stratégie d’affrontement. Ainsi, son objectif n’est pas l’arrivée la gauche au pouvoir en Allemagne, mais la consolidation de ses propres positions électorales et partisanes. Non seulement fera-t-elle alors de la surenchère, mais renforcera-t-elle vraisemblablement l’aile droite des Verts et du SPD, traditionnellement opposée à toute forme d’union de la gauche allemande.
En ce sens, l’élection de Christian Wulff à la présidence de la République fédérale d’Allemagne laissera des traces. A droite, d’abord où la coalition au pouvoir paraît bien fragile. Mais aussi à gauche, celle-ci ayant affiché sa profonde division. Affaiblie par un scrutin dont elle avait prédit un autre scénario, la chancelière a toutefois eu son motif de satisfaction. Grâce à l’attitude de la Linke, Angela Merkel a obtenu beaucoup plus qu’un maigre lot de consolation.
Bien qu’il lui fût âprement difficile de voter pour l’ancien responsable de « l’Office fédéral des archives de la Stasi », présidé durant dix ans par ce même Joachim Gauk, la Linke aurait pu saisir cette occasion unique pour prouver qu’elle est désormais capable d’assumer son propre travail de mémoire. En refusant cette opportunité historique, elle a en revanche démontré sa rigidité idéologique et son incapacité de faire le deuil du passé antidémocratique, répressif et corrompu de la RDA. Ainsi, la Linke a, ne serait-ce que le temps du vote d’un nouveau Président de la République fédérale, fait preuve d’une faiblesse intellectuelle et politique dont elle devra porter, à elle seule, toutes les conséquences.
En prônant l’abstention et non le désistement au profit de Joachim Gauk, la Linke a ostensiblement, et en pleine connaissance de cause, choisi la politique du pire. Elle a mis provisoirement fin à toutes les formes d’alliance qui auraient pu s’opérer avec ses potentiels alliés verts et sociaux-démocrates. De plus, elle a considérablement affaibli celles et ceux qui au sein de ces deux partis avaient plaidé pour un rapprochement avec elle. En agissant de la sorte, et malgré quelques vagues hésitations enregistrées ici et là au gré des situations locales et régionales, elle a suivi la ligne qu’elle s’était fixée lors de son congrès national de janvier dernier. Après avoir écarté son aile réformatrice, la Linke y a adopté une stratégie d’affrontement. Ainsi, son objectif n’est pas l’arrivée la gauche au pouvoir en Allemagne, mais la consolidation de ses propres positions électorales et partisanes. Non seulement fera-t-elle alors de la surenchère, mais renforcera-t-elle vraisemblablement l’aile droite des Verts et du SPD, traditionnellement opposée à toute forme d’union de la gauche allemande.
En ce sens, l’élection de Christian Wulff à la présidence de la République fédérale d’Allemagne laissera des traces. A droite, d’abord où la coalition au pouvoir paraît bien fragile. Mais aussi à gauche, celle-ci ayant affiché sa profonde division. Affaiblie par un scrutin dont elle avait prédit un autre scénario, la chancelière a toutefois eu son motif de satisfaction. Grâce à l’attitude de la Linke, Angela Merkel a obtenu beaucoup plus qu’un maigre lot de consolation.
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