Alléger le «mammouth»? Oui mais en attaquant la mauvais graisse et pas l'os !
Vendredi 8 Avril 2011 à 05:01 | Lu 14225 fois I 129 commentaire(s)
Claire Mazeron - Tribune
Classée au plus bas niveau européen pour son taux d'encadrement des élèves, la France n'a, selon la vice-présidente du SNALC Claire Mazeron, toujours pas compris que vouloir faire des économies sur le budget de l'Education nationale en supprimant des postes entrainait forcément une détérioration des conditions d'enseignement.
La France plus mauvais élève de l’Europe pour son taux d’encadrement des élèves : c’est le constat récemment établi par le CAS (Centre d’Analyse Stratégique) dans son Tableau de bord de l’emploi public. Avec 6,1 enseignants pour 100 élèves et étudiants, le système éducatif français se situe loin, très loin derrière les pays du nord (Suède, Danemark) mais aussi du sud de l’Europe (Portugal, Grèce, Italie) a priori moins favorisés.
Cette analyse confirme ce que chaque professeur, chaque parent, constate sur le terrain : la dégradation progressive des conditions d’enseignement, conséquence directe de la saignée budgétaire rituelle opérée à chaque rentrée scolaire. Classes surchargées, dédoublements non budgétés, options supprimées ou assurées dans des conditions indignes de ce nom, accompagnement « personnalisé » assuré en classe entière, stagiaires inexpérimentés affectés à temps complet dans les établissements… Quand l’Etat ne se place pas en cessation de paiement, en ne rémunérant plus – ou des mois plus tard - les examinateurs du baccalauréat ou des concours de recrutement ! Toutes économies de bout de chandelle, au regard des conséquences sur la qualité de l’enseignement dispensé.
L’efficacité du système éducatif ne se mesure certes pas - seulement - à l’aune des sommes dépensées. Il n’existe pas de corrélation fiable entre réduction de la taille des classes et réussite des élèves, surtout lorsqu’elle s’effectue uniformément et à la marge. Et les moyens largement accordés aux projets « gadgets », aux équipements informatiques prétextes, aux formations vides de contenu ou encore aux innombrables dispositifs de « remédiation » - véritables usines à gaz -, pourraient avantageusement être réaffectés.
Et pourtant. Avec 16000 suppressions de postes prévues à la rentrée 2011, le Ministre et Bercy réunis ne s’attaquent même plus à l’os, mais à la moelle épinière du système. Et les réformes en cours, sous couvert de bonnes intentions pédagogiques, n’ont qu’un seul objectif : faire des économies. A cette subtilité près que l’autonomie nouvelle accordée aux établissements et une gestion fortement décentralisée permettent au Ministère de se défausser : professeurs et chefs d’établissements gèrent ensemble la libre pénurie – et les conflits qui vont avec. Il est peu probable qu’ils trouvent une oreille attentive auprès de recteurs alléchés (achetés ?) par la nouvelle prime à la course aux économies.
De facto, l’offre éducative n’a donc jamais été aussi réduite. Alors que la réforme du lycée devait offrir un parcours de réussite « personnalisé » à chacun, élèves et fédérations de parents trop longtemps dupes découvrent une réalité bien différente : saupoudrage des contenus au sein des nouveaux « enseignements d’exploration », programmes allégés, tutorat inexistant, options de langues anciennes ou rares assurées en classes regroupant trois niveaux d’enseignement… Dans le même temps, la réforme de la formation des maîtres - qui a permis de récupérer encore quelques postes au compte-goutte -, désorganise les établissements, fait fuir les derniers candidats à l’enseignement et laisse sur le carreau de jeunes professeurs épuisés et démotivés.
Il y avait certainement à tailler dans le premier budget de la Nation. Bien qu’elle ait récemment diminué, la dépense éducative globale en France se situe encore dans la moyenne haute des pays de l’OCDE. Mais comme le remarque l’intéressante étude du CAS, le faible taux d’encadrement des élèves français s’explique surtout par « la forte composante administrative » du système éducatif. Avant de s’attaquer au cœur du métier – ce qui se passe dans les classes, et pas rue de Grenelle -, le Ministère serait bien inspiré de s’attaquer à la mauvaise graisse, en recentrant l’école sur sa mission première : la transmission des savoirs et des savoir-faire.
Cette analyse confirme ce que chaque professeur, chaque parent, constate sur le terrain : la dégradation progressive des conditions d’enseignement, conséquence directe de la saignée budgétaire rituelle opérée à chaque rentrée scolaire. Classes surchargées, dédoublements non budgétés, options supprimées ou assurées dans des conditions indignes de ce nom, accompagnement « personnalisé » assuré en classe entière, stagiaires inexpérimentés affectés à temps complet dans les établissements… Quand l’Etat ne se place pas en cessation de paiement, en ne rémunérant plus – ou des mois plus tard - les examinateurs du baccalauréat ou des concours de recrutement ! Toutes économies de bout de chandelle, au regard des conséquences sur la qualité de l’enseignement dispensé.
L’efficacité du système éducatif ne se mesure certes pas - seulement - à l’aune des sommes dépensées. Il n’existe pas de corrélation fiable entre réduction de la taille des classes et réussite des élèves, surtout lorsqu’elle s’effectue uniformément et à la marge. Et les moyens largement accordés aux projets « gadgets », aux équipements informatiques prétextes, aux formations vides de contenu ou encore aux innombrables dispositifs de « remédiation » - véritables usines à gaz -, pourraient avantageusement être réaffectés.
Et pourtant. Avec 16000 suppressions de postes prévues à la rentrée 2011, le Ministre et Bercy réunis ne s’attaquent même plus à l’os, mais à la moelle épinière du système. Et les réformes en cours, sous couvert de bonnes intentions pédagogiques, n’ont qu’un seul objectif : faire des économies. A cette subtilité près que l’autonomie nouvelle accordée aux établissements et une gestion fortement décentralisée permettent au Ministère de se défausser : professeurs et chefs d’établissements gèrent ensemble la libre pénurie – et les conflits qui vont avec. Il est peu probable qu’ils trouvent une oreille attentive auprès de recteurs alléchés (achetés ?) par la nouvelle prime à la course aux économies.
De facto, l’offre éducative n’a donc jamais été aussi réduite. Alors que la réforme du lycée devait offrir un parcours de réussite « personnalisé » à chacun, élèves et fédérations de parents trop longtemps dupes découvrent une réalité bien différente : saupoudrage des contenus au sein des nouveaux « enseignements d’exploration », programmes allégés, tutorat inexistant, options de langues anciennes ou rares assurées en classes regroupant trois niveaux d’enseignement… Dans le même temps, la réforme de la formation des maîtres - qui a permis de récupérer encore quelques postes au compte-goutte -, désorganise les établissements, fait fuir les derniers candidats à l’enseignement et laisse sur le carreau de jeunes professeurs épuisés et démotivés.
Il y avait certainement à tailler dans le premier budget de la Nation. Bien qu’elle ait récemment diminué, la dépense éducative globale en France se situe encore dans la moyenne haute des pays de l’OCDE. Mais comme le remarque l’intéressante étude du CAS, le faible taux d’encadrement des élèves français s’explique surtout par « la forte composante administrative » du système éducatif. Avant de s’attaquer au cœur du métier – ce qui se passe dans les classes, et pas rue de Grenelle -, le Ministère serait bien inspiré de s’attaquer à la mauvaise graisse, en recentrant l’école sur sa mission première : la transmission des savoirs et des savoir-faire.
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