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Alain Minc veut rester faiseur de rois dans les medias

Mercredi 14 Avril 2010 à 14:01 | Lu 11139 fois I 18 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Le Président d'AM Conseil regrette le quinquennat, dit-il. Mais il est surtout venu à France Inter pour s'efforcer d'éteindre l'incendie du pataquès surgi autour de France Télévision, afin de conserver sa place de conseiller démiurge.


Alain Minc veut rester faiseur de rois dans les medias

Incroyable! Inouï! Le roi de l'influence, l'empereur de l'expertise le reconnaît : comme « 80% des Français », il s'est trompé en votant en faveur de l'instauration du quinquennat lors du référendum de septembre 2000 :


« Je regrette d'avoir voté le quinquennat, a donc déclaré Alain Minc sur France Inter mercredi 14 avril. Dans une société de plus en plus médiatique, le temps est devenu très rude, vous les médias vivez avec l'émotivité d'Internet. Et cinq ans c'est trop court et d'ailleurs une éventuelle candidate à la Présidence de la République l'a dit récemment »
Donc, Alain Minc n'est pas seulement un conseiller de Nicolas Sarkozy. Il est aussi l'ami de Martine Aubry et d'accord avec elle sur cette réforme cruciale qui a dénaturé  le fonctionnement de la République. Il est simplement dommage que l'auteur du Media Choc, très bon observateur des trépidances médiatiques, n'ait pas réalisé dès l'instauration de cette réforme qu'elle allait fragiliser l'exécutif, ce qui était patent dans les argumentaires de ceux qui s'y opposaient.

Qu'importe. Alain Minc n'est évidemment pas venu à France Inter pour faire son autocritique, ni pour tresser des louanges à  Bernard Guetta, ce qui n'arrange d'ailleurs pas forcément l'image de ce journaliste, qui est aussi notre collaborateur. Non, Minc est là, selon toute vraisemblance, pour noyer des bruits trop insistants dans une parole apaisée. Rappel de la séquence : pensant « actée », comme on dit dans l'abo(minable) jargon technocratique, la nomination de son « poulain » Alexandre Bompard à la tête de France Télévision, le conseiller aurait, dit-on, trop parlé à tort et à travers, notamment en suggérant aux dirigeants de Lagardère de s'occuper de son remplacement - par un type de gauche, si possible- à la tête d'Europe 1.

Bref, on apprenait vite (par de nouvelles fuites, on n'en sort pas) que la fuite sur la nomination de Bompard ayant agacé le Président, ladite nomination était ajournée sine die. La rébellion de Patrick de Carolis au Conseil d'administration de France Télévision, qui a mis l'Etat en minorité sur la cession de la régie de France Télévision, a nécessité « un rétablissement » de l'acrobate Minc. Ce dont il s'est acquitté sans peine.

Sa joie de voir Bompard promotionné était pourtant totalement justifiée : avec Stéphane Courbit, Jacques Veyrat et Bruno Patino, le patron d'Europe 1 fait partie du quarteron de nouveaux génies du management et des médias que Minc a pris son aile protectrice. Bien sûr, ça ne marche pas à tous les coups, et Veyrat n'a pu obtenir France Telecom, ce qui explique peut-être en partie l'acharnement de Minc à dénoncer - très justement d'ailleurs - «l 'oligopole des Telecom », qu'il aimerait voir financer, comme il l'a répété sur France Inter, le manque à gagner créé par la suppression totale de la pub dans l'audiovisuel public.

Mais grosso modo, Minc doit se dire qu'en matière de média - le nerf de la guerre politique - il est pas mal en cour : Bompard à la place de de Carolis, Courbit à la régie de France Télévision, bien joué mon gars. Il ne reste plus qu'à placer Buno Patino  à la tête du Monde (l'actuel patron de France Culture dément évidemment l'info mais tout le monde ferait pareil à sa place). Grâce à la complicité de son « ami » José Cebrian, le patron du groupe Prisa-El Païs, avec lequel il a organisé l'interview de Nicolas Sarkozy dans le quotidien El Païs. Cette opération est encore dans les tuyaux - la recapitalisation de Prisa n'est pas encore faite, et il manque un directeur de la rédaction pour faire tandem avec Patino - mais si elle se vérifiait, Minc deviendrait alors pour de bon le faiseur de rois des médias. C'est peut-être pour cela que, dans les allées du Château, la résistance s'organise...








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