Marianne2 2012

Alain Minc, artiste de l’erreur !

Samedi 20 Juin 2009 à 14:36 | Lu 10753 fois I 72 commentaire(s)

Eric Conan & Nicolas Domenach

En réitérant ses attaques caricaturales, le conseiller du président pourrait hâter la convalescence de Bayrou.


(capture d'écran : dailymotion - buildfreedom)
(capture d'écran : dailymotion - buildfreedom)

« Vous n’auriez jamais dû publier cette nouvelle diatribe délirante d’Alain Minc contre François Bayrou… » De nombreux lecteurs nous ont reproché, parfois vertement, d’avoir à nouveau laissé l’essayiste et conseiller de Nicolas Sarkozy « développer impunément ses phantasmes contre le président du MoDem, qu’il s’obstine à vouloir rabaisser au rang infâme d’un Le Pen light ». Impunément ? Il est des considérations, et même des élucubrations, auxquelles il faut permettre de s’exprimer pour qu’elles ne puissent arguer d’une prétendue excommunication. Refuser de publier le texte qui nous avait été adressé aurait signifié que nous fuyions le débat – nous le recherchons toujours – et aurait permis à son auteur de prendre la noble posture de la victime censurée. Nous aurions paru lui donner raison, alors que nous le pensons dans l’erreur. Et ce n’est pas parce qu’il s’est fourvoyé, notamment sur la prétendue « mondialisation heureuse » ou sur la victoire présidentielle d’Edouard Balladur, que nous devons écarter ses arguties, ne serait-ce que parce qu’elles trouvent un écho. Se tromper est donné à tout le monde ; persister dans l’erreur, sans perdre rien de sa superbe ni de sa maestria médiatique, relève de l’art. Minc, de ce point de vue, est un artiste.

 

Mais que cet acrobate de talent éprouve le besoin de revenir sur ses accusations contre François Bayrou, au moment où celui-ci a été battu, y compris par lui-même, qu’il s’acharne ainsi à coups de tatane idéologique sur un homme à terre, montre qu’il doute lui-même de l’efficacité de sa délégitimation. Il demeure quelque chose de vivant, et de vivace, en ce leader centriste défait pour que Minc le poursuive ainsi dans sa défaite, et tire sommairement contre une « ambulance » qu’il voudrait transformer en corbillard. Il prétend aller arracher « les racines » du suspect en allant fouailler dans son « inconscient » d’extrême droite. Ainsi, à l’instar des plus fieffés conservateurs, l’intellectuel phare du sarkozysme charge l’inconscient – de l’autre ! – de toutes les noirceurs, de tous les péchés non exprimés. Le finaud utilise la psychanalyse pour faire dire à son adversaire ce qu’il ne dit pas et n’a jamais dit, mais qu’on rêverait qu’il profère pour le déconsidérer. Pire que l’accusation de « propédophilie » portée contre Cohn-Bendit, (re)voilà la stigmatisation d’une prétendue « xénophobie » dont on ne trouve nulle trace dans les écrits ni les propos de Bayrou qui a toujours prétendu à un « républicanisme français », c’est-à-dire ouvert sur le grand large, sur l’étranger.

 

Ce procès sans preuve n’ayant pas pour but d’abattre un rival déjà abattu, il ne peut avoir qu’un autre ressort – une ambition, allons, soyons généreux. Sans doute Alain Minc, qui a ses fidélités, fait-il feu de tout bois, y compris les plus vermoulus, pour illuminer l’action du monarque républicain toujours en quête des reflets flatteurs de sa gloire incertaine. Mais, si on voulait lui retourner sa psychanalyse sauvage, en la tirant vers le haut, on pourrait dire qu’Alain Minc, né trop tard dans un monde trop vieux, se donne le beau rôle en rêvant d’adversaires qu’il n’a pas rencontrés. Il croit qu’un intellectuel n’est grand que par la cause qui le dépasse et que par les ennemis qu’il pourfend. A défaut, il les invente, les défie et les déifie, les diabolise avant de les vaincre comme un enfant dans sa chambre. Fastoche. Alain Minc, emporté par son âme fiévreuse et son tempérament mordant, s’est simplement trompé d’époque et de cible. Ce qui produit des résultats paradoxaux qu’il n’aimera pas.

 

Comme il ne peut se combattre lui-même ni s’en prendre au prince qu’il sert, ce justicier sans cause transcendante transcende ainsi et malgré lui ses ennemis intérieurs. A force de caricaturer le Béarnais en héritier monstrueux du « moralisme catholique le plus conservateur », à trop le « boutiniser », non seulement Minc va fâcher Christine Boutin, qui se veut la véritable héritière de la démocratie chrétienne, mais il va finir par rendre sympathique l’humanisme de Bayrou, le crétiniser au point de lui éviter de s’expliquer sur les vraies lacunes de son répertoire. Ce n’est pas le but poursuivi, puisqu’il s’agit plutôt de démontrer qu’il n’est de valeur que sarkozyste, qu’il y a un cœur – grand – qui bat dans le veau d’or dont ce régime a réintroduit le culte. Allez, Alain Minc, encore un effort, encore une ou deux tribunes de cet acabit… et vous allez réussir, quasiment à vous tout seul, à hâter la convalescence du grand blessé électoral. Minc, en fait, a une vocation d’infirmière idéologique diabolique qui administre au patient un remède en pensant lui donner le coup de grâce…









LES PLUS de Marianne
  • Revue Web personnalisée
  • Les Unes de Marianne2
  • Le MAG en PDF 24h avant !

Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr


Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez