Alain Minc, le délégué syndical de l'oligarchie françaiseMalakine | Mardi 24 Mars 2009 à 16:54 | Lu 7791 fois
Par Malakine. Quelle est la fonction sociale des riches aujourd'hui? L'écart entre eux et les autres est devenu tel qu'ils ne peuvent même plus servir de modèles. Ils ne suscitent que rêve ou frustration. Ils ne servent à rien! Alain Minc l'a bien compris, qui conseille à ses ouailles de faire profil bas quelques temps.Depuis l’irruption de la crise dans sa phase aigüe, on assiste à une véritable « révision générale des dogmes économiques » aussi passionnante à suivre, que dévastatrice pour le système. Après la remise en cause du capitalisme financier, du libre échange, du partage des profits, de l’omnipotence de l’actionnaire, le débat porte maintenant sur inégalités salariales, leurs justifications et les moyens de les contenir. Encore une fois, ce n’est pas la gauche, toujours égarée et à contre-temps, qui a lancé la polémique, mais la droite, avec les états-d’âmes de certains parlementaires qui prétendaient vouloir suspendre le bouclier fiscal. Encore une fois, les tenants de l’ordre établi se défendent de la pire des manières avec des lieux communs appris par cœur et ne font qu’attiser le feu en répétant à longueur d’interviews qu’on a « besoin des riches » Tiens donc ! Mais, au fait, ça sert à quoi les riches ? Les révolutionnaires de 1789 nous ont légué le beau principe selon lequel « les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune » Les inégalités de salaire et de patrimoine, devenues abyssales et toujours croissantes, auraient-elles donc toujours une utilité sociale ? L’argument le plus souvent utilisé par les libéraux est de nous présenter le riche comme un entrepreneur qui a pris des risques et qui a réussi. La récompense financière de sa réussite encouragerait alors l’esprit d’entreprise, donc l’investissement et l’emploi. L’idée est belle mais ne correspond guère à ce que l’on observe. Lorsqu’on consulte le classement des plus grandes fortunes en France, on note plus d’héritiers et de financiers, que de créateurs ayant fait progresser l’humanité par leurs innovations. Par ailleurs, les échecs avérés, sanctionnés par des stock-options, parachutes dorés et autres bonus mirifiques sont légion. Difficile d’avaler que les inégalités se justifient par la juste rétribution de la réussite et de la prise de risque. On nous dit également que les riches permettent d’investir. Pourtant, on sait que la décision d’investir dépend de bien d’autres facteurs, comme ses perspectives de rentabilité ou simplement l’existence de débouchés, ce pourquoi la France souffre depuis des années d’une panne d’investissement. En tout état de cause, l’argument porte plus sur le niveau d’épargne que sur l'existence d'une classe d'hyper-riches. Peu importe que le capital soit concentré entre quelques mains ou bien réparti. On nous dit aussi que les riches tirent l’économie en consommant. Cela est partiellement vrai. Faux dans l’absolu puisqu’un pauvre consomme une part plus élevée de son revenu qu’un riche. Mais vrai dans la mesure où les riches génèrent une offre spécifique. Il est vrai que Porsche et Rolex créent aussi des emplois… Mais peut-on vraiment dire qu’un Porsche Cayenne a une fonction sociale supérieure à une Renault Clio ? Pas sûr. On pourrait même dire avec Hervé Kempf, que la consommation des riches détruit la planète... On ne vit plus à l’époque où la richesse de l’élite sociale finançait les artistes et les créateurs pour nous léguer ce qui est devenu au fil des siècles des biens culturels ou du patrimoine. Il n’est pas certain que les portefeuilles d’actions, les 4*4 de luxe, les avions privés et ou les montres à complication feront la fierté des générations futures.
Une Aston Martin. Ça coûte un bras (Rolex et bijoux inclus). Photo William Hook-flickr-cc
Le mode de vie des nouveaux riches est inaccessible au commun des mortels
Pendant les trente glorieuses, la fonction du riche était d’ouvrir la voie sur le chemin de la société de consommation. Ce qu’un patron possédait, un ouvrier pourrait se l’offrir quelques années plus tard. Aujourd’hui, l’écart est devenu tel, que le mode de vie des nouveaux riches ne suscite plus que du rêve ou de la frustration. Juste bon à stimuler le chiffre d’affaires de la française des jeux et les vocations à la célébrité immédiate que seuls procurent les jeux télévisés. L'aristocrate financier ne peut plus être un modèle utile pour la société. Le plus souvent, les tenants de l’ordre établi ne se fatiguent même plus à chercher des justifications à l'inflation des revenus du haut de la pyramide. Ils se contentent d’affirmer que si on taxe les riches, ils partiront vers des cieux plus compréhensifs ou des pays plus dynamiques où l’on saura mieux reconnaître leurs talents. Le riche est désormais mobile. Il appartient aux élites planétaires. S’il consent à bien vouloir demeurer sur le sol qui l’a fait naître, il veut désormais en être remercié. On est passé en deux siècles, des «distinctions sociales fondées sur l’utilité commune» à un droit imprescriptible et sacré à s’enrichir sans limite ! A l’heure du capitalisme déchainé, il n’y a en réalité plus aucune justification à l’hyper-richesse. Les riches n’incarnent plus la clé de voute des sociétés. Ils ne sont plus les dépositaires de ses valeurs ou les moteurs de son développement. Ils ne montrent plus le chemin à suivre. Ils ne sont plus que de vulgaires prédateurs qui veulent jouir sans entrave de leur privilèges chèrement acquis après trois décennies de lutte idéologiques et de déréglementation de toutes sortes. Ils sont devenus des facteurs de déstabilisation du système et leur meilleurs ennemis.
Alain Minc. Le représentant des riches au comité d'entreprise des médias français.
Minc conseille à ses amis riches de se mettre au vert
Il y en a un qui l’a bien compris, c’est Alain Minc, le délégué syndical de l’oligarchie française et son représentant auprès du pouvoir. Il vient aujourd’hui de publier une tribune dans le Figaro hallucinante de cynisme et de lucidité, dans laquelle il veut mettre en garde ses amis contre le péril qui les menace. Son texte contient juste ce qu’il faut de justifications pour le pas éveiller le soupçon : Le soutien que le pouvoir leur accorde (encore) est une règle de « bonne gestion » S’en prendre à leur rémunération serait « destructeur pour l’efficacité économique ». Ils sont des boucs émissaires, victimes d’un populisme alimenté par la rancœur des aigris. Et bien sûr, ils ne sont strictement pour rien dans la crise qui s’abat sur le monde ! Probablement en sont-ils même les premières victimes... Minc ne prend même plus la peine de défendre sérieusement ce système qui a fait la richesse de ses amis autrement qu’en le présentant comme un fait acquis procédant de l’ordre naturel des choses. Il ne cherche pas à convaincre le peuple de la légitimité des grandes fortunes, encore moins de leur fonction sociale. Il ne veut même pas dissuader la majorité de prendre des mesures redistributrices. Son propos n’est même pas de dire qu’on n’a peut-être été un peu loin et que la rationalité économique exige aujourd’hui une plus grande solidarité ou moins d’inégalités. Minc a quitté l’univers du rationnel car le système lui même a échappé à la raison. Il ne s’embarrasse même plus du théorème de Schmidt ou de bon vieux adages bien éculés du genre « trop d’impôts tue l’impôt » Il n’y a plus qu’un argument pour maintenir le système en l’état : La peur. Faire peur au peuple d’un cataclysme si jamais il voulait s’en prendre aux élites économiques. Faire peur à la « classe dirigeante » en agitant le spectre d’une révolution qui les ferait disparaître en tant que classe, si ce n’est physiquement dans un déchainement sanguinaire incontrôlé. Minc appelle simplement ses amis à faire profil bas quelques temps, pour éviter que ça se voit de trop, pour empêcher la propagation du scandale, pour sauvegarder leur rente de situation. A travers cette tribune, il nous livre le nouveau projet du Sarkozysme en panique : Parler pour éviter d’agir, dénoncer les excès pour mieux les protéger, lâcher ce qu’il faudra pour éviter l’explosion mais réformer le moins possible pour préserver le système. Le cri du coeur d’Alain Minc est révélateur d’une panique au sein des classes dirigeantes. Assumer les inégalités, c’est l’assurance de sauter. Dénoncer l’avidité de l’oligarchie patronale, c’est légitimer la contestation et jeter de l’huile sur le feu. Réformer c’est se renier. Pauvre Sarkozy ! Cest vrai qu’il n’a pas été élu pour taper sur les riches…
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