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Alain Garrigou dénonce « l'ivresse des sondages » (vidéo marianne2007.info)

Rédigé par Anna Borrel et François Vignal le Mercredi 1 Novembre 2006

Enfin un vrai travail d’enquête sur un sujet qui dérange. Alain Garrigou, professeur de sciences politiques, dénonce « L’Ivresse des sondages » dans un essai paru à La Découverte. Et révèle les dessous d’une manipulation de l’opinion à l’échelle nationale.




« Il y en a plus que jamais ! En ce moment, on est à trois sondages par jour en moyenne depuis le début du mois. » Alain Garrigou, professeur de Sciences politiques à l'université de Paris X Nanterre, en rirait presque, si le constat qu’il dresse n’était tragique pour la démocratie. Dans L’ivresse des sondages (La Découverte, 2006), son dernier ouvrage, il met à nu les outils de la manipulation sondagière, qu’entretiennent journalistiques et politiques. La bulle en prend pour son grade.

Boire ou compter, il faut choisir
Les sondages se trompent, ce n’est pas un scoop. «C’est l’histoire d’un ivrogne qui cherche sous un réverbère ses clefs de maison qu’il a perdues à quelque distance de là. Comme on lui demande pourquoi il ne les cherche pas où il les a perdues, il répond : « C’est mieux éclairé ici ! ».» La citation d’Abraham Kaplan qui démarre l’ouvrage illustre très bien le propos d’Alain Garrigou. Selon lui, les sondages n’ont rien de scientifique. Au fil de son argumentation, l’auteur rappelle, entre autres, que les pires ennemis des instituts sont le « sans opinion » et le « ne veut pas répondre ». Mieux vaut une réponse fausse ou une approximation, que quelqu’un qui ne sait pas ou qui n’a pas envie de se prononcer. Le but : entretenir « l’illusion de la transparence» , faire croire, à tout prix, que le sondage est la « photographie » d’une mythique « opinion publique ». Mais Alain Garrigou va même au-delà des démonstrations techniques qui invalident la vérité des chiffres. Exemples à l’appui, il accuse et parle de manipulation.

Le grand mensonge
Collusion, conflits d’intérêts, omissions : les sondages mentent. Celui qui les commande, celui qui paye et qui fait publier, leur fait dire ce qu’il veut. « Le 8 juin 2006, un sondage BVA-Le Figaro-LCI donnait ce titre du quotidien : « Pour 56% des Français, Sarkozy fait les bons choix ». L’article n’évoquait même pas d’autres résultats moins conformes à ce satisfecit, comme le fait que 81% des sondés attribuaient l’insécurité à la dégradation des conditions de vie et à la pauvreté, que les médias créaient le sentiment d’insécurité pour 73%, etc. » Et l’auteur de conclure : « Bref, il s’agit pour les commanditaires de faire dire aux sondés ce qu’ils veulent entendre. » Alain Garrigou va loin. Son livre est clair, nourri d’exemples. De Martine Aubry à Nicolas Sarkozy, tous les amoureux des sondages y passent. Un ouvrage clair, édifiant et éminemment polémique.



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