Al-Jazeera sur les traces de CNN? (3/3)
Lundi 26 Janvier 2009 à 07:00 | Lu 11592 fois I 100 commentaire(s)
Nina Schönmeier et Elif Kayi
Troisième et dernier volet de l'enquête sur la stratégie et l'impact de la chaîne, réalisée par Nina Schönmeier et Elif Kayi, deux journalistes qui écrivent pour la presse allemande et française.
Pour de nombreux téléspectateurs arabes, Al-Jazeera semble offrir un nouvel espace de liberté d’expression et se présente comme une alternative séduisante aux chaînes nationales d’États qui relaient les idéologies des gouvernements. Les émissions comme « The Opposite Direction » ou « The Other Opinion » proposent des débats autour de thèmes controversés, opposant par exemple des militants islamistes à des libéraux séculaires, des partisans du processus de paix avec Israël à ses plus fervents opposants. « Lorsque la chaîne a commencé à émettre, c’était une révolution » explique Carola Richter, spécialiste des médias et chercheur auprès de l’Université d’Erfurt en Allemagne. « On avait enfin affaire à quelqu’un qui avait le courage de poser des questions critiques et d’élever sa voix contre les dirigeants. »
Une liberté limitée
De nombreux gouvernements arabes voient d’un mauvais œil le ton critique de la chaîne vis-à-vis de leurs régimes, ce qui explique sans doute en partie son succès auprès de la population. En tout, le Qatar a reçu pas moins de 400 plaintes officielles émanant de presque tous les gouvernements arabes à l’encontre de la chaîne. A titre d’exemple, en avril 2000, la Lybie renvoie l’ambassadeur du Qatar suite à la diffusion par Al-Jazeera de l'interview d'une figure de l’opposition libyenne. Un mois plus tard, c’est au tour de l’ambassadeur tunisien de se plaindre auprès du ministre des affaires étrangères qatari après que la chaîne ait accusé le gouvernement tunisien de violer les droits de l’homme. En juillet 2004, le gouvernement algérien bloque les activités du correspondant algérien d’Al-Jazeera. Cette liberté semble cependant avoir ses limites, en particulier en ce qui concerne la politique interne de l’émirat du Qatar. Dans le Middle East Intelligence Bulletin, Gary C. Gambill, faisait remarquer que « de récents programmes ont questionné des issues controversées comme les aides d’État accordées à des membres de la famille royale qatarie, mais il n’y a jamais eu d’interviews avec des dissidents politiques qataris qui s’opposent à la monarchie. »
Malgré les critiques des gouvernements arabes, Al-Jazeera a réussi à s’imposer en quelques années au Proche-Orient comme la première chaîne d’informations, devançant sa concurrente saoudienne Al-Arabiya ainsi que la BBC Arabic TV. Son but est à présent de conquérir les marchés occidentaux, en particulier le marché américain, où la chaîne n’est accessible que par satellite. Aux États-Unis, c’est sa ligne éditoriale considérée anti-américaine et anti-israélienne qui a empêchée un accord pour qu’Al-Jazeera puisse être diffusée sur le réseau câblé américain. Mais Al-Jazeera a trouvé un autre moyen de pénétrer dans les foyers américains. En 2007, elle a signé un accord avec le site Youtube, appartenant à Google, pour diffuser ses contenus sur la toile. A ce jour, presque 7 000 vidéos, des reportages ainsi que des documentaires ont été mis en ligne.
« Al-Jazeera a donné une image plus authentique de la guerre que les autres télévisions »
Les réactions engendrées à la vue des morts civils sont fortes. Des voix se font entendre, critiquant les médias occidentaux qui se sont concentré sur l’aspect diplomatique, les efforts en faveur d’un cessez-le feu et ne montrent pas « la vraie guerre ». Certains internautes jugent qu’Al-Jazeera a donné une image plus authentique de la guerre que les autres télévisions. Les vidéos mises en ligne sur son site, bien que de bonne qualité, rappellent beaucoup des images de type « amateur », style « caméra au point ». Ce type de vidéos est devenu très populaire depuis quelques années. D’abord parce qu’elles semblent « authentiques » aux yeux des téléspectateurs : la personne « y était ». Et par son côté justement «amateur», elles semblent retirer la part de calcul, de réflexion qui s’impose au journaliste. Elles viennent s’opposer aux images cadrées et policées des professionnels, qui « vendent » de l’information au lieu de la « donner ». « Ce que Al-Jazeera veut montrer est la chose suivante : « Nous sommes les seuls à être sur place et les occidentaux n’y sont pas » commente Barah Mikaïl de l’IRIS.
La première guerre du Golfe avait fait office de véritable tremplin pour la chaîne de télévision américaine CNN, qui avait vu sa côte de popularité s’enflammer grâce à sa couverture en direct de l’opération « Tempête du désert » en 1991. En sera de même avec « Plomb durci » pour sa consœur arabe?
Une liberté limitée
De nombreux gouvernements arabes voient d’un mauvais œil le ton critique de la chaîne vis-à-vis de leurs régimes, ce qui explique sans doute en partie son succès auprès de la population. En tout, le Qatar a reçu pas moins de 400 plaintes officielles émanant de presque tous les gouvernements arabes à l’encontre de la chaîne. A titre d’exemple, en avril 2000, la Lybie renvoie l’ambassadeur du Qatar suite à la diffusion par Al-Jazeera de l'interview d'une figure de l’opposition libyenne. Un mois plus tard, c’est au tour de l’ambassadeur tunisien de se plaindre auprès du ministre des affaires étrangères qatari après que la chaîne ait accusé le gouvernement tunisien de violer les droits de l’homme. En juillet 2004, le gouvernement algérien bloque les activités du correspondant algérien d’Al-Jazeera. Cette liberté semble cependant avoir ses limites, en particulier en ce qui concerne la politique interne de l’émirat du Qatar. Dans le Middle East Intelligence Bulletin, Gary C. Gambill, faisait remarquer que « de récents programmes ont questionné des issues controversées comme les aides d’État accordées à des membres de la famille royale qatarie, mais il n’y a jamais eu d’interviews avec des dissidents politiques qataris qui s’opposent à la monarchie. »
Malgré les critiques des gouvernements arabes, Al-Jazeera a réussi à s’imposer en quelques années au Proche-Orient comme la première chaîne d’informations, devançant sa concurrente saoudienne Al-Arabiya ainsi que la BBC Arabic TV. Son but est à présent de conquérir les marchés occidentaux, en particulier le marché américain, où la chaîne n’est accessible que par satellite. Aux États-Unis, c’est sa ligne éditoriale considérée anti-américaine et anti-israélienne qui a empêchée un accord pour qu’Al-Jazeera puisse être diffusée sur le réseau câblé américain. Mais Al-Jazeera a trouvé un autre moyen de pénétrer dans les foyers américains. En 2007, elle a signé un accord avec le site Youtube, appartenant à Google, pour diffuser ses contenus sur la toile. A ce jour, presque 7 000 vidéos, des reportages ainsi que des documentaires ont été mis en ligne.
« Al-Jazeera a donné une image plus authentique de la guerre que les autres télévisions »
Les réactions engendrées à la vue des morts civils sont fortes. Des voix se font entendre, critiquant les médias occidentaux qui se sont concentré sur l’aspect diplomatique, les efforts en faveur d’un cessez-le feu et ne montrent pas « la vraie guerre ». Certains internautes jugent qu’Al-Jazeera a donné une image plus authentique de la guerre que les autres télévisions. Les vidéos mises en ligne sur son site, bien que de bonne qualité, rappellent beaucoup des images de type « amateur », style « caméra au point ». Ce type de vidéos est devenu très populaire depuis quelques années. D’abord parce qu’elles semblent « authentiques » aux yeux des téléspectateurs : la personne « y était ». Et par son côté justement «amateur», elles semblent retirer la part de calcul, de réflexion qui s’impose au journaliste. Elles viennent s’opposer aux images cadrées et policées des professionnels, qui « vendent » de l’information au lieu de la « donner ». « Ce que Al-Jazeera veut montrer est la chose suivante : « Nous sommes les seuls à être sur place et les occidentaux n’y sont pas » commente Barah Mikaïl de l’IRIS.
La première guerre du Golfe avait fait office de véritable tremplin pour la chaîne de télévision américaine CNN, qui avait vu sa côte de popularité s’enflammer grâce à sa couverture en direct de l’opération « Tempête du désert » en 1991. En sera de même avec « Plomb durci » pour sa consœur arabe?
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