A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique
Ah bravo, avec vos histoires, vous allez faire fuir Mme Bettencourt!Aliocha - Blogueuse associée | Jeudi 9 Septembre 2010 à 17:01 | Lu 11981 fois
À force de s'acharner sur la pauvre Mme Bettencourt, l'avocat fiscaliste Frédéric Parrat reproche « aux Français » de faire fuir les entrepreneurs. Et ça énerve Aliocha, notre blogueuse associée.
L’article de l’avocat fiscaliste et enseignant Frédéric Parrat, publié sur lemonde.fr (via @si) à propos de l’affaire Bettencourt est si révélateur de la psychologie des élites économiques de ce pays et, partant, de celle de leurs conseils, que je ne peux m’empêcher de vous en recommander chaudement la lecture. Le titre annonce d’entrée de jeu la couleur : « Pourquoi la France va perdre l’Oréal ». Eh, oui, pourquoi se demande soudain le lecteur qui n’avait pas imaginé que nous risquions de perdre l’Oréal et du coup se demande, puisque c’est le cas, à quoi nous devons cette sinistre perspective.
Eh bien, à nous figurez-vous. Nous, les Français. Eh si. Et en particulier, les journalistes français, ce qui est différent et même en décalage plus ou moins important avec « les Français », je vous l’accorde. Toujours est-il que l’auteur nous reproche d’évoquer quotidiennement les liens supposés entre la famille Bettencourt et Eric Woerth ainsi que les dissensions entre Liliane Bettencourt et sa fille. On ne devrait pas, vous allez voir pourquoi. Mais nous ne sommes pas les seuls en cause, il y a aussi les juges qui ont manqué cruellement de discrétion dans cette affaire en exposant tout ça à la vindicte populaire. Résultat ? Liliane Bettencourt est « choquée et outrée » souligne l’auteur, si choquée que, nous prévient-il, elle pourrait bien s’en aller et avec elle d’autres entrepreneurs français, ceux-là même qui hésitaient encore à s’expatrier fiscalement. Et tout ça, c’est de notre faute, à nous les journalistes, aux juges, et aux français, ces français qui au lieu de remercier la famille Bettencourt d’avoir fait preuve de patriotisme fiscal l’ont prise en grippe. Quelle injustice ! Pire, ils s’indignent que Patrice de Maistre ait reçu la légion d’honneur, alors que c’est sans doute grâce à lui que les Bettencourt ont résisté aux sirènes de l’expatriation. Misère. Il était temps que nous prenions conscience de notre ingratitude. Ce d’autant plus que le pire est à venir, Nestlé risque de profiter de notre comportement irresponsable pour faire main basse sur L’Oréal. Entre nous, on l’aura bien cherché. Car, nous explique l’auteur, nous sommes en guerre économique et nous devrions donc tout faire pour retenir nos entrepreneurs plutôt que de les faire fuir. Je gage que toute la communauté économique adhère sans réserve à ce raisonnement. Parce que voyez-vous, il est temps de mettre tout ce petit monde, vous, moi, les journalistes, les juges et « les français », face à ses responsabilités. Si la presse avait un brin de jugeotte, elle cesserait de sortir des informations qui froissent une contribuable patriotique, les juges réserveraient à une citoyenne d’exception un traitement d’exception et les français applaudiraient des deux mains. Personnellement, je m’incline devant la raison économique, cette déclinaison moderne de la raison d’Etat. Qu’on me permette néanmoins de faire observer que l’affaire Woerth-Bettencourt n’est pas sortie dans la presse au terme d’une enquête d’investigation menée par des vautours assoiffés de sang, mais parce qu’un avocat de la famille a jugé bon de mettre les journalistes au courant. Quant à la justice, il ne fallait pas la saisir si l’on voulait la tenir à l’écart du conflit. Par conséquent, je ne vois pas en quoi les journalistes, les juges ou les français pourraient être tenus pour responsables d’un conflit familial dont ils ne sont que les spectateurs pour certains, les pions pour d’autres, et moins encore des risques que ledit conflit fait peser sur l’avenir d’un fleuron de l’industrie française.
Sur le patriotisme fiscal enfin, j’ai du mal à y voir une forme quelconque d’héroïsme qui appellerait de ma part une reconnaissance éternelle. Mais c’est sans doute le signe d’une profonde ingratitude. Je promets d’y réfléchir.
Retrouvez les articles d'Aliocha sur son blog.
Voir les 89 commentaires
Dans la même rubrique :
|
|
||

Imprimer
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte

Accueil
Envoyer
Partager

