Marianne2 2012

Agriculture : la grande distribution est stigmatisée mais épargnée

Lundi 24 Mai 2010 à 17:01 | Lu 5170 fois I 14 commentaire(s)

Daniel Bernard - Marianne

Le ministre de l'agriculture Bruno Le Maire a annoncé des mesures de protection pour les producteurs français. Il semble cependant qu'elles arrivent un peu tard...


En picorant distraitement, de-ci, de-là, dans le nouveau dictionnaire rhétorique du ministre de l’agriculture Bruno Lemaire, la France semble avoir fait le choix de l’économie administrée. En introduction au débat sur sa loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche (dite LMA), il a dénoncé la «volatilité des prix insupportables», prôné la «régulation» face aux spéculateurs et promis aux agriculteurs un «revenu stable et décent». Afin de «changer de modèle économique», Lemaire propose «contrats», «assurances face aux aléas» et quelques autres dispositifs qui contredisent le discours traditionnel sur les vertus magiques de la concurrence.

Pourtant, les plus perspicaces, qui ne siègent pas forcément à gauche, incitent à doucher les enthousiasmes. «La LMA pérennise la LME», souligne ainsi le sénateur communiste Gérard Le Cam en référence à la Loi de modernisation de l’économie qui avait consacré les avantages acquis de la grande distribution. «Le dispositif de gestion des risques n’est pas conçu comme un service public mais une manne supplémentaire au privé», regrette le radical de gauche Jean-Michel Baylet.

Et même Jean-Pierre Raffarin, tout en approuvant le projet de loi, a indiqué à la tribune du Sénat que la grande distribution, qui a «un talent extraordinaire pour tourner les règles à son avantage» aurait été plus sensible à une «taxe sur les produits financiers» ! Signé à l’Elysée la veille de l’ouverture du débat sénatorial, l’«accord de modération des marges» entre l’Etat et les distributeurs porte la même ambiguïté : il protège les agriculteurs contre une future chute des cours des fruits et légumes, mais ces derniers se sont déjà effondrés, si bien qu’il est peu probable qu’ils baissent davantage !


Actualisation : Un lecteur nous fait remarquer que le mot stipendier est impropre dans le cas considéré. Il a entièrement raison. Nous corrigeons le titre.








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