Marianne2 2012

Affaire Zahia : l'Express épinglé à tort ?

Vendredi 14 Mai 2010 à 17:01 | Lu 7593 fois I 8 commentaire(s)

Aliocha - Blogueuse Associée

Pour la blogueuse Aliocha, qui est elle-même journaliste, l'information ne se résume pas uniquement aux scandales politico-médiatiques. Et les compromis dans la publication sont indispensables à la viabilité d'un organe de presse.


Tiens, ça faisait longtemps que les stars de la blogosphère ne s’étaient pas offert un petit coup de press bashing pour se mettre en plume. Voilà qui est fait. Narvic et Authueil tapent comme un seul homme sur l’Express.fr et son patron Eric Mettout parce que :

1. Le site a publié une lettre à Raymond Domenech de Zahia, la jeune femme qui fait frissonner actuellement le monde du football.

2. Ce faisant, le site a accidentellement  rendu publique l’adresse de la jeune personne. Ah ! Les journalistes, ces charognards sans foi ni loi….

Le point 2 est une erreur qu’à volontiers admise Eric Mettout. Le point 1, une information people dénuée d’intérêt, selon mes aimables camarades (soi-dit en passant, éloignez les enfants quand vous irez lire Narvic et tachez d’éviter les périodes de digestion. L’ami simiesque a la métaphore contestable quand il est en colère).

C’est que, voyez-vous chers amis, nos blogueurs ne conçoivent le journalisme que de la manière dont ils l’exerceraient s’ils le pratiquaient eux-mêmes. Autrement dit, ils seraient Albert Londres, ou rien. Que du grand reportage, de l’investigation de haut vol, le Watergate en permanence, voire mieux, mais surtout pas moins. Fini, le journalisme sportif, oublié le people, terminée la chronique culturelle, à la poubelle le gastronomique, au piquet le fait divers, à la cave la vie pratique, rien que du scandale politique à vous faire tomber un gouvernement, de la démocratie en danger à toutes les pages, de l’enquête sociale jusqu’à la nausée, de l’analyse à vous coller des maux de crâne, bref du sérieux mes bons amis rien que du sérieux, profond, inspiré, lyrique même, si vous voulez. Du sublime et rien d’autre.

Allons, chers St Just de la toile, je vais vous révéler le secret le mieux gardé de la profession. Nous partageons vos rêves, vos inquiétudes, vos ambitions folles, vos dégouts et vos regrets au sujet de la presse. Oui, nous tous les journalistes. Demandez à n’importe lequel d’entre nous s’il n’a pas rêvé un jour de monter un journal. Et demandez-lui tant que vous y êtes ce qu’il aurait mis dedans ? Du sublime, comme vous. Si vous saviez ce que ça les fait rigoler, les patrons de presse, nos rêves fous. Tenez, l’un d’entre eux me disait encore récemment que les journalistes étaient parfaitement incapables d’assurer la viabilité d’un journal. Trop purs, trop éloignés des préoccupations matérielles, trop méprisants à l’égard des exigences de la diffusion, du marketing, de la gestion des abonnements, des annonceurs etc.

Eh oui, car il y a loin entre le fantasme et la réalité économique quand il s’agit d’investir son argent, d’embaucher des employés, de faire tourner une entreprise, d’essayer d’offrir une certaine pérennité à tout ça. Regardez comme tous les “purs” peinent à vivre en ce moment, de Bakchich à Mediapart en passant par Rue89, ils en reviennent même au papier, c’est dire ! C’est que, voyez-vous, l’une des recettes pour faire vivre un organe de presse consiste à financer le sublime par le moins sublime. Parce que, c’est un peu bête je vous l’accorde, mais ce n’est pas forcément le sublime qui se vend le mieux.

Notez, ça tombe plutôt bien parce que la vie elle-même, dont nous parlons à longueur de colonnes, elle ne flirte pas non plus perpétuellement avec le sublime. Eh non. L’actualité est parfois légère, parfois tragique, c’est Haïti mais c’est aussi la varicelle en France, c’est la crise et ce sont les frasques de nos footballers avec de trop jeunes beautés blondes. Il n’y a aucun mal à parler des deux. Et d’ailleurs, contrairement à vous, je la trouve intéressante l’information de l’Express. Dieu sait pourtant que le football je m’en moque comme de ma première paire de chaussettes et le people plus encore. Mais ça m’intéresse en revanche, puisque tout le monde parle de cette fichue affaire et qu’elle tourne au judiciaire, ça m’intéresse donc de savoir ce qu’en pense la principale protagoniste.

Allons, je sais bien que je ne parviendrai pas à vous convaincre, vos rêves sont trop grands, votre colère semble sans fin contre cette presse si vile, si racoleuse. Mais dites-moi, au fait, est-ce que ça ne vous rapporte pas un petit quelque chose à vous, de flatter ainsi l’internaute rebelle dans le sens du poil en tapant sur les journalistes ? Seriez-vous à ce point étranger à toute forme de préoccupation de fréquentation de vos blogs et de notoriété pour vous permettre ainsi de jeter la pierre à l’Express ? Vous allez m’accuser de mauvais esprit, mais, voyez-vous,  j’ai comme un doute.


Affaire Zahia : l'Express épinglé à tort ?








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