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Affaire Woerth, sondages de l’Elysée: vacances, j’oublie tout?

Mercredi 30 Juin 2010 à 05:01 | Lu 14342 fois I 13 commentaire(s)

Gérald Andrieu
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur

Aujourd’hui, l’affaire Woerth-Bettencourt fait les gros titres des médias. Il y a un an, une autre affaire explosait, celle des sondages de l’Elysée. Mais depuis, elle semble avoir été enterrée…


Avec les vacances d'été, l’affaire Woerth-Bettencourt pourrait-elle être remisée aux oubliettes ? Impossible ! Trop gros ! Trop scandaleux ! Une affaire d’Etat de ce genre-là, avanceront certains, ne s’enterre pas ! Et pourtant, il y a près d'un an, alors qu’Eric Woerth n’était pas encore dans l’œil du cyclone, la Château devait faire face à une tempête tout aussi grosse et scandaleuse : une affaire d’Etat, déjà, celle des sondages de l'Elysée. Mais voilà : cette tempête s’est dissipée presque aussi vite qu’elle est apparue… À croire que le calendrier de la vie politique française serait régi par le ringardissime tube des années 1980  : « Vacances, j’oublie tout »

Il y a un an donc, la Cour des comptes alors présidée par un certain Philippe Séguin rendait ses conclusions sur les dépenses de l’Elysée. Une première édifiante. À l’intérieur du rapport, entre quelques considérations sur les « dépenses de crémerie » et les « achats de boucherie » du Château, entre le fromage et le dessert pour ainsi dire, les magistrats enquêteurs de la rue de Cambon avaient glissé, de l’aveu même de l’un d’entre eux, une véritable « petite bombe ».

Cette « petite bombe » ? La 4e Chambre de la Cour des comptes dévoilait l’existence d’un mystérieux cabinet (que Marianne2 révéla être le cabinet Publifact dirigé par Patrick Buisson) servant d’intermédiaire entre l’Elysée et certains instituts de sondages. Un cabinet lié à la Présidence par une « convention » signée en dépit du code des marchés publics pour « un montant avoisinant » pourtant « 1,5 million d’euro ».

Mais le rapport de la Cour des comptes allait encore un peu plus loin : « Sur les 35 études diverses facturées en 2008, était-il indiqué, au moins 15 d’entre elles avaient également fait l’objet de publications dans la presse. Pour un nombre très limité d’entre elles, la version remise à l’Elysée contenait des thèmes ne figurant pas dans la version grand public. Pour les autres études, le document remis à la Présidence était identique à celui publié par des organes de presse et conduisait donc à remettre également en doute l’intérêt de telles commandes ».

La Cour des comptes évoquait par ailleurs dans son rapport le fait que le cabinet Publifact était « un client du “Politoscope” », une enquête d'opinion récurrente réalisée par OpinionWay et rendue publique par Le Figaro et LCI. OpinionWay a toujours nié que l'Elysée, via Publifact, puisse être un des bailleurs du « Politoscope ». Le cabinet de Patrick Buisson, selon la direction de l'institut de sondages, se retrouvait aux côtés du Figaro et de LCI dans le cadre d'enquêtes dites « omnibus », un dispositif permettant de soumettre un même panel à des questions émanant de clients différents.

Il n'empêche. Avec ce rapport défendu en personne par Philippe Séguin, il y avait de quoi, tout de même, se demander s’il n’y avait pas eu tentative de manipulation de l’opinion...

«Nous partîmes cinq cents, mais nous nous vîmes plus que trois en arrivant au port!»

Mais ce qui avait tout d’une affaire d’Etat en juillet 2009 a depuis été oublié. Ce n’est pourtant pas faute pour le groupe socialiste à l’Assemblée nationale d’avoir essayé d’en savoir plus. À deux reprises, les députés PS ont tenté d’obtenir une commission d’enquête sur les sondages élyséens en usant de leur « droit de tirage », une nouveauté introduite par la révision de la Constitution et qui avait été présentée par le gouvernement comme une avancée démocratique. Mais en guise d’avancée démocratique, les socialistes se sont vus opposer un refus obstiné de l’UMP arguant que les commissions d'enquête voulues par les socialistes portaient atteinte au sacro-saint principe de séparation des pouvoirs.

« Grotesque, répond-on encore aujourd’hui dans les rangs des parlementaires PS, il était tout à fait légitime que le Parlement contrôle les dépenses de l’Elysée, notamment en matière de sondages ». Depuis, les socialistes ont changé leur fusil d’épaule. Leur « droit de tirage » (dont ils ne peuvent user qu'une seule fois par session parlementaire), ils ont décidé de l’utiliser pour enquêter sur un tout autre sujet : la spéculation financière. « On s’est posé la question, confie-t-on dans l’entourage de Jean-Marc Ayrault, s’il fallait aller au bras de fer avec la majorité, s’il fallait formuler une troisième proposition de résolution. Mais la presse ne s’intéressait plus au sujet. En définitive : nous partîmes cinq cents, mais nous nous vîmes plus que trois en arrivant au port ! »

Un an après ce que l’Observatoire des sondages a baptisé l’Opiniongate, il est une autre initiative qui est toujours au point mort. Mais peut-être pas enterrée. Encore que… Il s’agit de la plainte contre X déposée par l’association Anticor en février dernier. Une plainte visant la fameuse convention liant la Présidence de la République et le cabinet Publifact : « Cette convention, expliquait alors l’ancien magistrat et président d’honneur de l’association anti-corruption, Eric Halphen, a été passée sans appel à la concurrence. D’autre part, le principal bénéficiaire de cette convention était en lien avec les personnes qui ont passé le marché. Par ailleurs, on peut se demander s’il n’y a pas eu double paiement des sondages… Y a-t-il infraction ? Nous ne le savons pas. Notre association intervient dès que quelque chose semble contrevenir à la loi et que nous constatons une inertie du Parquet à déclencher une enquête. »

Quatre mois après le dépôt de plainte, le parquet de Paris n’a toujours réagi. « Il aurait dû le faire dans les trois mois », explique Maître Jérôme Karsenti, avocat d’Anticor, « Il va nous falloir relancer le parquet. Et peut-être, pourquoi pas, trouver un contribuable qui veuille bien se porter partie civile parce que n’étant malheureusement pas reconnue d’utilité publique, Anticor ne peut le faire ». À la rentrée alors ? Parce que là, c’est l’heure des vacances, on oublie tout. Presque tout...








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