Affaire Woerth: les fantassins arrogants de la Sarkozie marchent au pas
Quand la garde prétorienne de Nicolas Sarkozy monte au front dans l’affaire Woerth pour répondre à Ségolène Royal, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Au contraire, avec une certaine arrogance, elle marche à la mesure.
L’affaire Christine Boutin avait révélé une machine communicationnelle élyséenne un poil grippée. Dans l’affaire Woerth, même si la majorité montre certains signes de fragilité (Alain Juppé appelant, par exemple, l’actuel ministre du Travail à « clarifier les choses »), il en est encore pour marcher au pas. Et avec une arrogance qui cadre mal avec l’humilité qui semblait avoir été décidé d’afficher — crise oblige — au Château. Qui ? Les plus fidèles fantassins de Nicolas Sarkozy, sa garde prétorienne.
Après la sortie fracassante de Ségolène Royal sur le « système Sarkozy corrompu », hier soir sur TF1, ses deux plus beaux spécimens sont montés au front, ce matin, sur les radios : Eric Besson sur RTL et Christian Estrosi sur Europe 1. Et à écouter avec attention les deux ministres, on voit bien quels ont été les fameux « éléments de langage » qui leur ont été fournis en début de semaine.
Sur Ségolène Royal, leur analyse converge :
- Eric Besson : « Ne vous faites pas d’illusions, c’est aussi une façon d’entrer progressivement dans la campagne interne de la désignation à la présidentielle. »
- Christian Estrosi : « C’est un comportement tout à fait indigne de la part de Madame Royal. Mais voyez-vous, j’y vois deux attitudes. La première, c’est sa compétition avec Madame Aubry. »
Et pour le premier de rappeler que Ségolène Royal « a été condamnée — pas soupçonnée ! — pour infraction à la législation du travail sur ses assistantes parlementaires. »
Et pour le second de revenir sur « son parcours politique » et sa participation à « de nombreux gouvernements où l’exemplarité, notamment en matière de fonds secrets et d’enveloppes », aurait laissé à désirer. Christian Estrosi en profite même pour qualifier Ségolène Royal de « truqueuse » et de « menteuse » dans le dossier de l’équipementier automobile Heuliez sur lequel ils s’écharpent depuis de très long mois.
Mais c’est surtout lorsque vient le moment de défendre l’exemplarité et la probité de Nicolas Sarkozy que les discours des deux membres de sa garde rapprochée convergent de façon plus criante encore :
- Eric Besson : « Songez au cocasse de la situation. Nicolas Sarkozy est le premier Président de la République à avoir demandé à ce que, chaque année, le budget de l’Elysée soit audité, comme on dit, soit examiné par la Cour des comptes. »
- Christian Estrosi : « Je suis indigné parce que nous n’avons jamais fait autant de transparence que sous la Présidence de Nicolas Sarkozy. Dois-je rappeler que c’est Nicolas Sarkozy qui a imposé que ce soit la Cour des comptes qui contrôle elle-même l’ensemble des comptes de l’Elysée. »
Argument tout à fait recevable. À un détail près. Ce matin-même, Marianne2 rappelait que ce premier contrôle de la Cour des comptes, il y a tout juste un an, avait débouché sur une autre affaire d’Etat (c’est peu de le dire), celle des sondages de l’Elysée. Mais depuis, elle semble avoir été minutieusement enterrée. Sans doute Besson et Estrosi espèrent-ils, de concert à nouveau, que l’affaire Woerth connaisse la même destinée.
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