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Affaire Woerth: Metzner fait feu sur Sarkozy et Courroye

Jeudi 22 Juillet 2010 à 11:02 | Lu 52497 fois I 54 commentaire(s)

Philippe Cohen
Journaliste à Marianne, rédacteur en chef de Marianne2.fr et co-responsable du service politique... En savoir plus sur cet auteur

Invité de RTL, l'avocat de la fille Bettencourt a démontré de façon assez convaincante en quoi le comportement du juge Courroye témoignait d'un soutien au pouvoir politique malgré quelques gesticulations judiciaires.


On ne sait si la mise en examen de Ribéry et Benzema a été initiée en tant que contrefeu de l'affaire Woerth. On sait que le 14 juillet n'a pas été inventé pour inciter les Français à penser à autre chose qu'à l'affaire Woerth. On se doute aussi que les attaques de Grenoble et Saint Aignan n'ont pas été organisées pour détourner les Français de l'affaire Woerth. Mais on est sûr que le pouvoir fait tout, depuis deux semaines, pour que le système médiatique passe à autre chose.

Et ça ne marche pas. Le roseau médiatique plie mais ne rompt pas, et ce matin, sur la première radio de France, RTL, on a de nouveau évoqué l'affaire Woerth-Bettencourt.
Encore que. L'invité du jour, Olivier Metzner, l'avocat de Françoise Meyers-Bettencourt, celui sur lequel pèsent tous les soupçons de déclenchement de ce qui va devenir l'affaire Worth - via quelques fuites, notamment des écoutes du majordome -  a justement tenté, une nouvelle fois, de démontrer qu'il n'est pas  directement intéressé par le dossier Woerth mais par celui de sa cliente qui concerne le conflit entre la fille et la mère Bettencourt. Il a, au passage, dressé un bon portrait de l'affaire, qui soutient au moins trois conflits en poupée-gigogne : le conflit entre deux ténors du barreau (lui-même et Georges Kiejman); le conflit d'intérêt, bien sûr, qui désigne le Ministre du travail; et le conflit entre deux magistrats, Philippe Courroye, procureur, qui diligente trois enquêtes préliminaires liées à l'affaire, et Isabelle Prevost-Deprez, juge d'instruction chargée, de son côté, de l'affaire Banier-Meyers-Bettencourt.

L'avocat a dirigé l'essentiel de sa charge contre le juge Courroye et le déficit d'indépendance de la justice. Avec raison car c'est là que le bât blesse. Il a rappelé - et dénoncé - « l'intrusion », l'interventionnisme présidentiel dans l'affaire Clearstream, où il défend, rappelons-le, Dominique de Villepin. « Il semble qu'il intervienne, notamment au travers de Patrick Ouart. » (l'ex-conseiller du président en matière de justice).
« Lorsque madame Prévost-Deprez, juge d'instruction chargé de l'affaire Banier/vs/Françoise Meyers-Bettencourt, la semaine dernière a écrit au procureur et lui a demandé de lui communiquer les pièces du dossier, il a refusé et quand le Figaro l'interroge sur ce point, il refuse de répondre à la question. Est-ce qu'un procureur doit être au service de la vérité ? »

Olivier Metzner a paru moins à l'aise sur l'accusation selon laquelle sa cliente Françoise Meyers-Bettencourt aurait « acheté » la comptable Claire Thibout au travers d'un don de 400 000 euros, rappelant que c'est André Bettencourt qui lui avait recommandé de l'indemniser en cas de licenciement suite au conflit qu'il sentait poindre entre elle et Patrick de Maistre, le gestionnaire de Liliane Bettencourt. Et lorsque le journaliste Philippe Corbé revient à la charge, l'avocat fait un pas de côté en déclarant que dans l'affaire qui l'occupe, ce sont les déclarations de Claire Thibout concernant l'aveu de faiblesse qui l'intéressent. Tout en rappelant au passage que c'est Banier qui prononce le premier le nom d'Eric Woerth.
Mais cet épisode ne l'empêche pas d'accuser bille en tête le procureur Courroye :  « Pendant 18 mois Philippe Courroye a considéré que ma plainte était recevable. Tout d'un coup  après un rendez vous à l'Elysée avec Monsieur Patrick Ouart, conseiller de Monsieur Sarkozy, il a changé d'attitude, il freine cette affaire et puis  il l'a classé sans suite. Un moins avant l'affaire Bettencourt

Et lorsque le journaliste de RTL rappelle que le juge Courroye multiplie perquisitions et convocations, l'avocat a une réponse toute trouvée (et assez convaincante) :« Expliquez moi comment en matière de blanchiment international, un procureur qui n'a aucun pouvoir au-delà des frontières peut enquêter sur un compte en Suisse, un compte à Singapour, une affaire aux Seychelles, à Singapour. Ça lui est impossible juridiquement. Donc qu'il conserve l'affaire entre ses mains et qu'il ne la confie pas à un juge indépendant est-ce que ce n'est pas là étouffer une affaire ? » Et Olivier Metzner de rappeler que dans l'affaire Banier, le procureur aussi a donné l'impression de vouloir aller jusqu'au bout avant de se rétracter et de classer l'affaire.
L'affaire Meyers-Bettencourt est devenue l'affaire Woerth-Bettencourt, puis l'affaire Woerth Monsieur et Madame. Elle est en train de mettre au premier plan un nouveau volet : l'affaire Courroye. Une évolution que le juge n'a rien fait pour éviter, tant son refus de communiquer les pièces à Isabelle Prévost-Deprez et de transmettre le dossier à un juge indépendant ne se comprend pas, pour le moment, en dehors d'un engagement en faveur du pouvoir. Philippe Courroye ne joue pas que l'avenir d'un ministre dans ce dossier, mais aussi son honneur professionnel. Et quand un ténor du barreau le met, sur les ondes, en demeure de faire son travail, il ne pourra guère se cacher longtemps derrière le secret d'une enquête - par ailleurs largement éventé - ou son paravent technique qui peut rendre plus difficile son intelligibilité.








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