Affaire Woerth-Bettencourt, un nouveau cycle de scandale ?
Vendredi 2 Juillet 2010 à 05:01 | Lu 17971 fois I 41 commentaire(s)
Journaliste à Marianne, plus particulièrement chargé des questions internationales En savoir plus sur cet auteur
Chaque jour qui passe apporte son lot de révélations sur la désormais «affaire Woerth-Bettencourt». Du scandale de Panama à l’affaire Ben Barka, ou plus près de nous l’affaire Clearstream, toute l’histoire de la vie politique française est scandée par les « affaires ». Dans son livre Les scandales de la République, l'historien Jean Garrigues s'interroge sur ce qu'elles nous révèlent du système politique.
Scandale de Panama, affaire Ben Barka, diamants de Giscard, attentat de l'Observatoire, plus près de nous La cassette Méry ou l’affaire Clearstream, dans l'histoire de la République, rares sont les gouvernements qui auront échappé aux scandales.
Quand certains rêvent d’une République impeccable, inattaquable, et incorruptible, dans son dernier ouvrage Les scandales de la République, l’historien Jean Garrigues pose presque la corruption comme consubstantielle à l’affirmation de la démocratie parlementaire. Proximité des élus avec les milieux d’affaires, échanges d’influence, activités partisanes, féodalités locales, la corruption serait le prix à payer de la démocratie. « Le pouvoir corrompt », la sentence est connue. Et à sa manière, la démocratie est confiscatoire du pouvoir.
Jean Garrigues ne s’en résout pas pour autant à ce constat au point de consacrer un chapitre à l’éventualité de « la fin des affaires ? ». Chapitre certes écrit avant l’affaire Woerth-Bettencourt, mais où l’auteur se demande à qui profite ce « grand déballage », « aux démocrates sincères ou aux règlements de compte sous la ceinture ? A la purge du système ou à l’exploitation démagogique de ses dérives par le Front National ? A-t-il renforcé ou affaibli la démocratie parlementaire ? Les Français, abreuvés de scandales, n’ont-ils pas perdu cette vertu première des grandes démocraties : la capacité d’indignation ? ».
Quand certains rêvent d’une République impeccable, inattaquable, et incorruptible, dans son dernier ouvrage Les scandales de la République, l’historien Jean Garrigues pose presque la corruption comme consubstantielle à l’affirmation de la démocratie parlementaire. Proximité des élus avec les milieux d’affaires, échanges d’influence, activités partisanes, féodalités locales, la corruption serait le prix à payer de la démocratie. « Le pouvoir corrompt », la sentence est connue. Et à sa manière, la démocratie est confiscatoire du pouvoir.
Jean Garrigues ne s’en résout pas pour autant à ce constat au point de consacrer un chapitre à l’éventualité de « la fin des affaires ? ». Chapitre certes écrit avant l’affaire Woerth-Bettencourt, mais où l’auteur se demande à qui profite ce « grand déballage », « aux démocrates sincères ou aux règlements de compte sous la ceinture ? A la purge du système ou à l’exploitation démagogique de ses dérives par le Front National ? A-t-il renforcé ou affaibli la démocratie parlementaire ? Les Français, abreuvés de scandales, n’ont-ils pas perdu cette vertu première des grandes démocraties : la capacité d’indignation ? ».
Les limites de la chasse à la corruption
Dans le sillage du watergate, émerge dans les années 80, toute une génération de journalistes d’investigations qui fait passer les enquêtes politico-financières des feuilles à scandales aux titres de référence de la presse française : « les socialistes en sont les premières victimes, eux qui ont pourtant favorisé ce mouvement ». Alors que dans la France catho, c’est le rapport des politiques à l’argent, dans les sociétés protestantes anglo-saxonnes, on se polarise plutôt sur les questions de mœurs.
Mais le scandale dépend autant de ses « qualités » propres que de ceux qui vont l’exploiter et là « les journalistes sont à la fois les révélateurs et les principaux utilisateurs du scandale dans une course folle au scoop et à l’indiscrétion qui remplissent jusqu’à la nausée les colonne des journaux » estime l’auteur.
Opérations coups de poings, vedettariat des juges, suivent 20 ans de d’affaires dont l’émergence est favorisée ou freinée au gré des batailles et luttes des clans politiques. C’est tout un contre-pouvoir médiatico-judiciaire qui s’échafaude. Surfant sur la vague, l’extrême droite profite du déballage. A trop se répéter, même le scandale, perd de sa puissance scandaleuse. C’est l'ex-journaliste de Libération Denis Robert, aux lointaines origines de l’affaire Clearstream, qui résumera le mieux ce constat par le titre de son livre Pendant les affaires, les affaires continuent… S’il décrit par le menu l’emprise de la corruption sur la vie politique française, il y exprime aussi toute sa lassitude : « A quoi bon révéler les « affaires » puisque rien ne change ? Comment dénoncer l’arrogance des élus sans tomber dans le « tous pourris » ? ».
Mais le scandale dépend autant de ses « qualités » propres que de ceux qui vont l’exploiter et là « les journalistes sont à la fois les révélateurs et les principaux utilisateurs du scandale dans une course folle au scoop et à l’indiscrétion qui remplissent jusqu’à la nausée les colonne des journaux » estime l’auteur.
Opérations coups de poings, vedettariat des juges, suivent 20 ans de d’affaires dont l’émergence est favorisée ou freinée au gré des batailles et luttes des clans politiques. C’est tout un contre-pouvoir médiatico-judiciaire qui s’échafaude. Surfant sur la vague, l’extrême droite profite du déballage. A trop se répéter, même le scandale, perd de sa puissance scandaleuse. C’est l'ex-journaliste de Libération Denis Robert, aux lointaines origines de l’affaire Clearstream, qui résumera le mieux ce constat par le titre de son livre Pendant les affaires, les affaires continuent… S’il décrit par le menu l’emprise de la corruption sur la vie politique française, il y exprime aussi toute sa lassitude : « A quoi bon révéler les « affaires » puisque rien ne change ? Comment dénoncer l’arrogance des élus sans tomber dans le « tous pourris » ? ».
Crises et scandales: un couple parfait
Sur une période de 130 ans, Jean-Garrigues recense 40 scandales, soit un rythme cyclique d’un scandale toutes les trois années et demi. Le livre se clôt justement sur l’affaire Clearsream qui éclate en juin 2006. « Le calcul est évidemment absurde car il ne tient pas compte de la périodisation» souligne Jean Garrigues. Il n’empêche, nous voici en 2010 avec l’affaire Woerth, qui compte tenu de sa couverture médiatique, pourrait largement annoncer le début d’un nouveau cycle.
Comment rationaliser un tel constat ? La réponse de l’auteur fait mouche : « la crise sécrète le scandale comme la nuée porte l’orage. C’est bien souvent lorsque la société française se trouve plongée dans une période critique que les scandales éclatent, tels des symptômes récurrents du mal de vivre républicain ».
Et de citer la fin de la monarchie de juillet et ses scandales de mœurs et d’argent, les grands scandales de la IIIème république en pleine crise sociale des années 30, les trafics frauduleux liés à la guerre d‘Indochine. Quand les Trente glorieuses échappent à ce constat.
Mais Jean Garrigues ne confond pas les effets de la cause : « les situations de crise ne déclenchent pas les scandales, elles les favorisent en produisant un affaiblissement du pouvoir en place qui le rend vulnérable tout en crédibilisant le discours des opposants ».
Comment rationaliser un tel constat ? La réponse de l’auteur fait mouche : « la crise sécrète le scandale comme la nuée porte l’orage. C’est bien souvent lorsque la société française se trouve plongée dans une période critique que les scandales éclatent, tels des symptômes récurrents du mal de vivre républicain ».
Et de citer la fin de la monarchie de juillet et ses scandales de mœurs et d’argent, les grands scandales de la IIIème république en pleine crise sociale des années 30, les trafics frauduleux liés à la guerre d‘Indochine. Quand les Trente glorieuses échappent à ce constat.
Mais Jean Garrigues ne confond pas les effets de la cause : « les situations de crise ne déclenchent pas les scandales, elles les favorisent en produisant un affaiblissement du pouvoir en place qui le rend vulnérable tout en crédibilisant le discours des opposants ».
Woerth-Bettencourt: un nouveau chapitre des scandales de la V è République ?
Par-delà les politiques de plus en plus sanctionnés devant le tribunal judiciaire, médiatique ou populaire, Jean Garrigues se montre relativement circonspect sur la fonction d’exemplarité du scandale. « Corrompu ! » le mot est lâché. Mais encore ? Si bien des affaires ont abouti à des « purges » et des révisions législatives, il n’en est pas de même des comportements. Le scandale de Panama n’a en rien modifié les pratiques sous la IIIè République. L’ancien président du Conseil André Tardieu qui vitupérait contre les « chéquards de Panama » était choqué par la « confusion généralisée » du métier de parlementaire et de celui d’avocat d’affaires qui avait abouti à ces pratiques. Rien n'avait changé. Une réflexion qui devrait siffler aux oreilles de certains de nos contemporains.
Avec autant de prudence…Car derrière chaque appel enflammé à toujours plus de probité et de pureté, c’est toute une traque « orwellienne » de l’homme dans son imperfection qui s'élabore.
Aujourd’hui, si les journaux sont toujours à l’affût du scandale à venir, les politiques souvent éclaboussés de part et d’autre de l’échiquier politique sont plus « prudents ». Dans le cadre de l'affaire Méry, Jean Guarrigues évoque ainsi l'hypothèse d'un pacte de non-agression « signé » entre Jacques Chirac et Roland Dumas, alors président du conseil constitutionnel.
L’affaire Woerth-Bettencourt pourrait là aussi marquer une rupture. Chargé de la question des retraites, potentiellement premier-ministrable, porteur de la réforme emblématique du quinquennat Sarkozy, le Ministre du Travail est accusé d'avoir été informé des soupçons de fraude fiscale de l'héritière de l'Oréal et d'avoir bénéficié de son soutien financier. L'opposition a - après un temps d'hésitation - choisi de prendre les armes. Les appels à rendre des comptes et démissionner se multiplient. A deux ans de la présidentielle, la hache de guerre est déterrée et le ministre incarne le talon d’Achille de la Sarkozie. C'est un nouveau chapitre de l'histoire politique des scandales de la Vè république qui s'écrit.
Avec autant de prudence…Car derrière chaque appel enflammé à toujours plus de probité et de pureté, c’est toute une traque « orwellienne » de l’homme dans son imperfection qui s'élabore.
Aujourd’hui, si les journaux sont toujours à l’affût du scandale à venir, les politiques souvent éclaboussés de part et d’autre de l’échiquier politique sont plus « prudents ». Dans le cadre de l'affaire Méry, Jean Guarrigues évoque ainsi l'hypothèse d'un pacte de non-agression « signé » entre Jacques Chirac et Roland Dumas, alors président du conseil constitutionnel.
L’affaire Woerth-Bettencourt pourrait là aussi marquer une rupture. Chargé de la question des retraites, potentiellement premier-ministrable, porteur de la réforme emblématique du quinquennat Sarkozy, le Ministre du Travail est accusé d'avoir été informé des soupçons de fraude fiscale de l'héritière de l'Oréal et d'avoir bénéficié de son soutien financier. L'opposition a - après un temps d'hésitation - choisi de prendre les armes. Les appels à rendre des comptes et démissionner se multiplient. A deux ans de la présidentielle, la hache de guerre est déterrée et le ministre incarne le talon d’Achille de la Sarkozie. C'est un nouveau chapitre de l'histoire politique des scandales de la Vè république qui s'écrit.
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