Affaire Tapie : l'enquête pousse jusqu'à Lagarde
La Commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) a décidé de poursuivre la procédure contre l'ex-ministre de l'Economie et directrice générale du FMI soupçonnée d'«abus d'autorité» dans l'arbitrage de l'affaire Tapie. A Bercy, elle avait refusé de faire appel de la décision qui avait enrichi Tapie de 285 millions d'euros d'argent public.
« Est-ce que vous croyez que j'ai une tête à être copine avec Bernard Tapie ? », expliquait benoîtement Christine Lagarde. « Elle, peut-être pas, mais Nicolas Sarkozy, oui », ironise un parlementaire. Mais ce n’est pas pour ce pseudo délit de sale gueule que Christine Lagarde fait aujourd’hui l’objet d’une enquête de la Cour de justice de la République. Mais pour les choix qui furent les siens. Au terme de cinq heures de débat, une durée inhabituelle, la Commission des requêtes de la CJR a donc suivi le procureur général, Jean-Louis Nadal, qui avait qualifié les choix de l'actuelle présidente du FMI d’« abus d’autorité ».
Depuis juin 2007 et jusqu’à sa nomination au FMI à la place de DSK, les interventions de la maîtresse de Bercy n’ont eu d’autres conséquences que d’aboutir à un dénouement de l’affaire Crédit Lyonnais / Bernard Tapie heureux, non pour l’Etat, mais pour l’homme d’affaires. Depuis février dernier, ce qui était une suspicion est désormais étayée par le document de la Cour des comptes et que Marianne avait alors révélé.
Ce premier document fut suivi par beaucoup d’autres, tous réalisés par les magistrats de la rue Cambon. Et tous allant dans le même sens. La Cour des comptes dénonce ainsi, point par point, les choix de la ministre de l’Economie. Les titres de chapitres du rapport daté d’octobre sont cruels :
« L'infléchissement de la position du CDR (NDLR : le véhicule public héritier du passif du Lyonnais) coïncide avec le changement des acteurs en charge du dossier» ;
«De sérieux dysfonctionnements affectent le processus décisionnel impliquant le CDR et l'EPFR (NDLR : la holding du CDR)» ;
«Le compromis d'arbitrage présente des risques » ;
«La validité juridique du recours à l'arbitrage est incertaine » ;
«Un recours en annulation de la sentence arbitrale n'était pas à exclure ».
Autant d’erreurs qui font système et qui ont conduit la Cour des comptes à produire d’avantage un réquisitoire qu’un simple rapport d’information.
Dans ces conditions, qui plus est quand ces documents ont été rendus publics par la presse, la Commission des requêtes pouvait difficilement étouffer l’affaire. Mais « Cela s’est joué à une voix près », assure un magistrat de la Cour des comptes.
Alors pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il choisi d’envoyer à Washington prendre la suite de DSK, Christine Lagarde avec cette affaire au dessus de la tête. Certes, l’enquête qui s’ouvre pourrait aboutir au terme de son mandat de 5 ans. Mais entre temps, la voici comme son prédécesseur sous le coup d’accusations graves. Certes, elles ne sont pas criminelles, mais l’« abus d’autorité » en vue d’enrichir un homme d’affaires avec de l’argent public, ce n’est pas non plus un problème de mur mitoyen entre voisins.
Surtout quand, en tant que patronne du FMI, il lui faudra inviter les gouvernements des pays soutenus par le Fonds à être plus rigoureux. Autrement dit, à mettre en place des politiques restrictives sur les salaires et les dépenses sociales, comme d’importants programmes de privatisations. Il sera alors loisible aux opposants d’une telle politique de lui sortir son acte d’accusation estampillé d’une Marianne.
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