Affaire Szpiner-Bilger: insulter un procureur n'est pas un délit
Samedi 2 Avril 2011 à 12:01 | Lu 8425 fois I 35 commentaire(s)
Philippe Bilger a été juge d’Instruction et avocat général. Il est actuellement magistrat... En savoir plus sur cet auteur
A la suite du premier procès Fofana, l'avocat Francis Szpiner avait traité Philippe Bilger de « traître génétique » dans la presse, ce qui a entrainé une plainte, puis la relaxe de l'avocat, que l'on vient d'apprendre. Philppe Bilger réagit ci dessous.
Un homme, ça s'empêche !, avait coutume de dire le père d'Albert Camus.
Mais, à mon sens, il ne faut pas en abuser.
Le 24 mars dernier, une chambre de la cour d'appel de Paris - composée par rien moins que cinq magistrats - a confirmé la relaxe de Me Francis Szpiner qui avait déjà bénéficié de la mansuétude de son Barreau. A l'évidence, pas de pourvoi en cassation envisagé.
Cet avocat m'avait traité de « traître génétique » dans un portrait hagiographique que lui avait consacré Le Nouvel Observateur, à la suite du premier arrêt criminel dans l'affaire Fofana et autres.
Je ne méconnais pas les dispositions de l'article 434-25 du Code pénal qui interdit de jeter publiquement le discrédit sur une décision juridictionnelle « dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ». Je n'ai évidemment pas l'intention de les violer et mon propos n'a pas pour visée de confondre cinq magistrats de la cour d'appel avec la justice elle-même et sa dignité.
Je ne m'adresse pas non plus à ceux qui ont éprouvé une secrète satisfaction à voir condamner Bilger plutôt que Szpiner, quoi qu'il en coûte à la vérité.
Mon message n'est destiné qu'à ceux, amis ou non, collègues et avocats ou non, nombreux, qui m'ont fait part de leur indignation et de leur stupéfaction, en tout cas de leur solidarité. Et qui ont bien voulu s'étonner de mon silence. Ils ont eu raison : l'abstention, en l'occurrence, n'aurait été que le signe d'une faiblesse espérée. Non, l'arrêt ne m'a pas « tuer ».
Si j'étais méchant, je dirais que ce dernier fait se téléscoper allègrement le débat démocratique avec l'agression judiciaire pour excuser bizarrement la seconde à cause du premier et, avec une telle démarche, fait frémir. Mon blog, donc, fait des ravages qui permettraient à n'importe qui de me traîner impunément dans la boue sur le plan professionnel !
Mais comme je tiens à respecter scrupuleusement cet article du code pénal, je me contenterai de souligner que cette décision m'apparaît seulement comme une faute morale, une absurdité intellectuelle, une étrangeté juridique fondée sur une dénaturation totale du réel concerné et, au fond, une charge contre moi doublée d'une absolution surprenante. Rien de plus.
En substance, et sans forcer le trait, la « délicatesse infinie » de Me Szpiner n'a pu qu'être offensée par les attaques qu'il a portées et la guérilla constante, surtout médiatique, qu'il a menée lors du premier procès Fofana et dans les suites immédiates de celui-ci contre l'arrêt rendu, la présidente, les jurés, certains avocats de la défense et bien sûr l'avocat général qui méritait donc la gracieuseté de « traître génétique » !
Mais, à mon sens, il ne faut pas en abuser.
Le 24 mars dernier, une chambre de la cour d'appel de Paris - composée par rien moins que cinq magistrats - a confirmé la relaxe de Me Francis Szpiner qui avait déjà bénéficié de la mansuétude de son Barreau. A l'évidence, pas de pourvoi en cassation envisagé.
Cet avocat m'avait traité de « traître génétique » dans un portrait hagiographique que lui avait consacré Le Nouvel Observateur, à la suite du premier arrêt criminel dans l'affaire Fofana et autres.
Je ne méconnais pas les dispositions de l'article 434-25 du Code pénal qui interdit de jeter publiquement le discrédit sur une décision juridictionnelle « dans des conditions de nature à porter atteinte à l'autorité de la justice ». Je n'ai évidemment pas l'intention de les violer et mon propos n'a pas pour visée de confondre cinq magistrats de la cour d'appel avec la justice elle-même et sa dignité.
Je ne m'adresse pas non plus à ceux qui ont éprouvé une secrète satisfaction à voir condamner Bilger plutôt que Szpiner, quoi qu'il en coûte à la vérité.
Mon message n'est destiné qu'à ceux, amis ou non, collègues et avocats ou non, nombreux, qui m'ont fait part de leur indignation et de leur stupéfaction, en tout cas de leur solidarité. Et qui ont bien voulu s'étonner de mon silence. Ils ont eu raison : l'abstention, en l'occurrence, n'aurait été que le signe d'une faiblesse espérée. Non, l'arrêt ne m'a pas « tuer ».
Si j'étais méchant, je dirais que ce dernier fait se téléscoper allègrement le débat démocratique avec l'agression judiciaire pour excuser bizarrement la seconde à cause du premier et, avec une telle démarche, fait frémir. Mon blog, donc, fait des ravages qui permettraient à n'importe qui de me traîner impunément dans la boue sur le plan professionnel !
Mais comme je tiens à respecter scrupuleusement cet article du code pénal, je me contenterai de souligner que cette décision m'apparaît seulement comme une faute morale, une absurdité intellectuelle, une étrangeté juridique fondée sur une dénaturation totale du réel concerné et, au fond, une charge contre moi doublée d'une absolution surprenante. Rien de plus.
En substance, et sans forcer le trait, la « délicatesse infinie » de Me Szpiner n'a pu qu'être offensée par les attaques qu'il a portées et la guérilla constante, surtout médiatique, qu'il a menée lors du premier procès Fofana et dans les suites immédiates de celui-ci contre l'arrêt rendu, la présidente, les jurés, certains avocats de la défense et bien sûr l'avocat général qui méritait donc la gracieuseté de « traître génétique » !
Comme il me plaît de demeurer équitable à l'égard de ces cinq magistrats - tant pour une telle oeuvre ! -, je considère qu'ils ont des excuses puisqu'en définitive ils n'ont entendu que la version de l'insulteur. En effet, je n'ai jamais été sollicité pour donner mon point de vue ni devant eux ni en amont, au cours de l'instruction faite par les avocats. Je devine que le représentant du Parquet général, qui n'a jamais désiré être informé des détails, faciles à vérifier, de la controverse, s'est forcément trouvé démuni à l'audience face au discours dominant sur la « bonne foi » de Me Szpiner. J'étais la victime et j'étais absent. A dire le vrai, je m'inquiétais de la chaleur et de la conviction avec lesquelles le parquet général allait défendre mes intérêts. Je n'avais pas tort.
Je suis en train de chercher de quoi je pourrais bien affubler Me Szpiner pour éprouver le bonheur de m'entendre dire par la justice que je suis - enfin ! - une victime.
Mais je n'ai pas encore trouvé.
Lire d'autres articles de Philippe Bilger sur son blog.
Je suis en train de chercher de quoi je pourrais bien affubler Me Szpiner pour éprouver le bonheur de m'entendre dire par la justice que je suis - enfin ! - une victime.
Mais je n'ai pas encore trouvé.
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