Affaire Soumaré: la double responsabilité du PS et de l'UMP
Mardi 23 Février 2010 à 17:01 | Lu 22876 fois I 462 commentaire(s)
Bénédicte Charles - Marianne
La tête de liste socialiste du Val d'Oise est l'objet d'attaques violentes sur son prétendu passé de délinquant. Mais dans cette histoire, ce ne sont pas seulement les méthodes révoltantes des élus UMP qui sont en cause, mais aussi la négligence du PS qui a fait de son «candidat de la diversité» une cible vivante.
De toute façon, ça avait mal commencé. Le climat délétère, tout d’abord, créé par un débat national qui a réussi, à force de dérives et de propos de comptoir, à transformer une grande idée — l’identité française — en concept puant. La campagne électorale, ensuite, d’une mesquinerie inouïe, succession de coups bas et de petites phrases idiotes ou provocatrices. C’est dans ce contexte que, le 28 janvier dernier, au cours d’un meeting, Francis Delattre, maire UMP de Franconville, s’est cru autorisé à tenir sur Ali Soumaré, le candidat socialiste d’origine malienne tête de liste dans le Val d’Oise, des propos inadmissibles : «Au début, j'ai cru que c'était un joueur de l'équipe réserve du PSG. Mais en réalité, il est premier secrétaire de la section de Villiers-le-Bel. Ça change tout ! ». Le public rit. Rama Yade et Valérie Pécresse, présentes sur l’estrade, ne s’offusquent pas. Première dérive. Il est donc normal, aujourd’hui, qu’un élu de la République moque, devant ses concitoyens, dans un meeting public, un candidat issu de l’immigration, et considère qu’un jeune noir ne peut être qu'un petit fooballeur, et non une tête de liste aux élections ? Joueur de foot ou délinquant, dirait-on au Front national, c’est la seule alternative pour un jeune basané des cités.
Malheureusement pour lui, Ali Soumaré n’est pas footballeur. Et Francis Delattre est obstiné. Le 19 février dernier, il adressait à la presse, avec Sébastien Meurant, maire de Saint-Leu-la-Forêt, une liste de délits censés avoir été commis par Ali Soumaré entre 1999 et 2009. Et d’en conclure que Soumaré est un « délinquant multirécidiviste chevronné », auteur de deux vols aggravés, de violences, de conduite sans permis, de rébellion à agent de la force publique…
Le procédé est immonde. Jean-Paul Huchon l’a d’ailleurs qualifié de « campagne de caniveau » dimanche soir, dans un débat télévisé qui l’opposait à Valérie Pécresse. La tête de liste UMP d’Ile-de-France était gênée. On le serait à moins. Cependant, la juste indignation que soulève ce genre de méthode qui, pour être ignoble, n’en est pas moins vieille comme la politique, ne doit pas faire oublier la question que tout le monde, peu ou prou, se pose : qu’en est-il exactement d’Ali Soumaré ?
Malheureusement pour lui, Ali Soumaré n’est pas footballeur. Et Francis Delattre est obstiné. Le 19 février dernier, il adressait à la presse, avec Sébastien Meurant, maire de Saint-Leu-la-Forêt, une liste de délits censés avoir été commis par Ali Soumaré entre 1999 et 2009. Et d’en conclure que Soumaré est un « délinquant multirécidiviste chevronné », auteur de deux vols aggravés, de violences, de conduite sans permis, de rébellion à agent de la force publique…
Le procédé est immonde. Jean-Paul Huchon l’a d’ailleurs qualifié de « campagne de caniveau » dimanche soir, dans un débat télévisé qui l’opposait à Valérie Pécresse. La tête de liste UMP d’Ile-de-France était gênée. On le serait à moins. Cependant, la juste indignation que soulève ce genre de méthode qui, pour être ignoble, n’en est pas moins vieille comme la politique, ne doit pas faire oublier la question que tout le monde, peu ou prou, se pose : qu’en est-il exactement d’Ali Soumaré ?
Une erreur de jeunesse
L’intéressé — et son avocat Me Jean-Pierre Mignard — répondent eux-mêmes dans le Parisien de ce jour : Ali Soumaré a bien été condamné à six mois de prison ferme, en 2002, pour un vol aggravé commis en 1999. « J’ai payé ma dette », dit-il. « C’est une erreur de jeunesse (il était alors âgé de 19 ans, Ndlr) dont j’ai tiré les conséquences ». Il a également, selon son avocat, été condamné par contumace le 13 octobre dernier à deux mois de prison ferme pour « rébellion à agent de la force publique » — « une banale altercation » selon Me Mignard —, condamnation dont il a fait appel.
C’est tout. On est loin du « délinquant multirécidiviste chevronné » dénoncé par MM. Delattre et Meurant ! Mais le mal est fait : les deux élus UMP ont donné corps au fantasme selon lequel un jeune noir des cités est forcément un délinquant endurci, un caïd (quand il n’est pas joueur de foot). Discours qui, jusqu’ici, n’avait cours que dans les meetings du FN. Un pas a donc été franchi, à cause de l’irresponsabilité de ces deux élus.
Cependant, le Parti socialiste n’a-t-il pas lui-même fait preuve d’une négligence coupable en désignant comme tête de liste dans le Val d’Oise un jeune homme condamné par le passé à six mois de prison ferme? Certes, Ali Soumaré a payé ; certes, rien ne lui interdit de se présenter ; certes, il est injuste de lui reprocher des faits commis il y a plus de dix ans. Mais il est vrai aussi que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours et que le PS, en présentant un candidat comme le « candidat de la diversité » ou le « candidat des quartiers » (comme c’était écrit en une de Libération ce matin) aurait dû savoir qu’il faisait de lui une cible de choix pour l’extrême droite (et même pour l’UMP, maintenant, à la surprise générale…) — et aurait donc dû s’assurer qu’il était clean. C’est triste, c’est dégueulasse, mais c’est ainsi : plus que tout autre candidat, le candidat issu de la diversité, et proclamé comme tel, se doit d’être irréprochable pour ne pas donner prise à la moindre accusation, pour ne pas contribuer à nourrir les fantasmes racistes et, partant, faire reculer la cause qu’on entendait servir. Au moment de sa gloire, lorsqu’il sélectionnait des candidats issus de l’immigration italienne ou espagnole pour des postes de responsabilité, les dirigeants du PCF prenaient garde de choisir des militants exemplaires. Le PS, pour en avoir joué, connaît par cœur les manipulations possibles autour de la question de l’immigration et l’impact qu’elles peuvent avoir dans les milieux populaires. Pourquoi a-t-il malgré tout choisi de désigner Ali Soumaré ? Malgré nos multiples demandes, aucun élu socialiste n’a souhaité répondre à cette question.
C’est tout. On est loin du « délinquant multirécidiviste chevronné » dénoncé par MM. Delattre et Meurant ! Mais le mal est fait : les deux élus UMP ont donné corps au fantasme selon lequel un jeune noir des cités est forcément un délinquant endurci, un caïd (quand il n’est pas joueur de foot). Discours qui, jusqu’ici, n’avait cours que dans les meetings du FN. Un pas a donc été franchi, à cause de l’irresponsabilité de ces deux élus.
Cependant, le Parti socialiste n’a-t-il pas lui-même fait preuve d’une négligence coupable en désignant comme tête de liste dans le Val d’Oise un jeune homme condamné par le passé à six mois de prison ferme? Certes, Ali Soumaré a payé ; certes, rien ne lui interdit de se présenter ; certes, il est injuste de lui reprocher des faits commis il y a plus de dix ans. Mais il est vrai aussi que nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours et que le PS, en présentant un candidat comme le « candidat de la diversité » ou le « candidat des quartiers » (comme c’était écrit en une de Libération ce matin) aurait dû savoir qu’il faisait de lui une cible de choix pour l’extrême droite (et même pour l’UMP, maintenant, à la surprise générale…) — et aurait donc dû s’assurer qu’il était clean. C’est triste, c’est dégueulasse, mais c’est ainsi : plus que tout autre candidat, le candidat issu de la diversité, et proclamé comme tel, se doit d’être irréprochable pour ne pas donner prise à la moindre accusation, pour ne pas contribuer à nourrir les fantasmes racistes et, partant, faire reculer la cause qu’on entendait servir. Au moment de sa gloire, lorsqu’il sélectionnait des candidats issus de l’immigration italienne ou espagnole pour des postes de responsabilité, les dirigeants du PCF prenaient garde de choisir des militants exemplaires. Le PS, pour en avoir joué, connaît par cœur les manipulations possibles autour de la question de l’immigration et l’impact qu’elles peuvent avoir dans les milieux populaires. Pourquoi a-t-il malgré tout choisi de désigner Ali Soumaré ? Malgré nos multiples demandes, aucun élu socialiste n’a souhaité répondre à cette question.
Voir les 462 commentaires
La Une du moment
LES PLUS de Marianne
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
ou Se connecter
Abonnez-vous à la Newsletter de Marianne
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
Dans cette rubriqueSur Marianne vous aimez
Dans la même rubrique
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|
© Marianne2, droits de reproduction réservés - Marianne - 32, rue René Boulanger - 75484 Paris cedex 10 - Tel : +33 (0)1 53 72 29 00 - Fax : +33 (0)1 53 72 29 72

Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter