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Affaire Siné-Askolovitch: deuxième round judiciaireGérald Andrieu | Mercredi 21 Janvier 2009 à 08:35 | Lu 10588 fois
Le rédacteur en chef du Journal du Dimanche était assigné devant la XVIIe Chambre correctionnelle par Siné pour avoir déclaré à la radio que son article évoquant la relation entre Jean Sarkozy et sa fiancée, la fille Darty, était «antisémite».
« Aujourd'hui, il tourne à l'eau. Il a eu des consignes très strictes. Il a hésité entre la Badoit et la San Pellegrino ! » La confidence de cette proche collaboratrice de Siné à l'entrée de la 17e chambre est peut-être vraie. Mais si c'est le cas, l'ancien dessinateur de Charlie Hebdo devrait arrêter d'en consommer tout de suite ! Car c'est un vieux monsieur au pas hésitant, un peu égaré et pas vraiment entouré, qui s'est présenté au Tribunal correctionnel de Paris dans l'affaire qui l'oppose au rédacteur en chef du Journal du Dimanche Claude Askolovitch.
Petit rappel des faits : le 2 juillet 2008, Charlie Hebdo publie une chronique de Siné dans laquelle il ironise allègrement sur la possible conversion au judaïsme du fils du chef de l'État, Jean Sarkozy, avant son mariage avec la fille Darty (voir encadré ci-dessous). Le 8 juillet 2008, sur l'antenne de RTL, Claude Askolovitch revient sur cette chronique et explique qu'il s'agit là d'« un article antisémite dans un journal qui ne l'est pas, Charlie Hebdo ». Et d'ajouter un peu plus tard : « [Philippe Val] va faire son éditorial pour expliquer que Siné est une ordure, a dérapé totalement et devrait partir. » Ces propos, Siné estime qu'ils sont diffamatoires. Cet été, ils avaient en tout cas fait enfler la polémique autour de « l'affaire Siné », aboutissant bientôt à son départ tonitruant de Charlie Hebdo et à la fondation d'un nouvel hebdomadaire satirique, Siné Hebdo , qui connait un succès certain. Mais le soufflet serait-il aujourd'hui retombé ? En tout cas, une quinzaine de journalistes seulement se sont déplacés pour assister à l'audience. Il n'y avait quasiment pas de caméras de télévision et un public qu'il n'a pas fallu faire rentrer au pied-de-biche dans la salle comme cela avait été le cas lors de l'affaire des caricatures de Mahomet parues... dans Charlie Hebdo. « Siné est quelqu'un bourré de talent »  Les débats ne sont pourtant pas moins intéressants. Claude Askolovitch est le premier à s'exprimer à la barre. L'argumentaire de l'ancien journaliste du Nouvel Obs, pugnace, est simple : oui, « le texte de Siné (…) est antisémite » mais non, il n'a pas « traité M. Sinet d'antisémite ». Tout comme il explique ne jamais l'avoir traité d'« ordure » : « Je ne faisais que rapporter des propos de Philippe Val (le patron de Charlie Hebdo avec qui Claude Askolovitch dit s'être entretenu avant son intervention sur RTL, ndlr) ». Et le rédacteur en chef du JDD d'ajouter : « Je n'ai jamais voulu nuire à Siné. Je n'ai pas demandé qu'il perde son boulot. » Claude Askolovitch va plus loin : même s'il reconnaît ne pas être un « lecteur régulier » de Charlie Hebdo en général et de la chronique de Siné en particulier, il explique voir chez le caricaturiste « quelqu'un bourré de talent » et « une référence pour énormément de dessinateurs. » Après avoir gagné la barre avec difficulté et demandé au président quelques minutes pour « reprendre ses esprits », le désormais patron de Siné Hebdo dégaine avec un naturel déconcertant : « J'ai reçu des menaces grâce à cet imbécile ! Ça fait froid dans le dos... (…) Je me retrouve associé à Le Pen et Faurisson, à des gens que je hais. » Et lorsque l'un des avocats de Claude Askolovitch, Jean-Pierre Mignard (par ailleurs conseil de Ségolène Royal), demande au dessinateur-provocateur s'il comprend que le couple Sarkozy-Darty a pu être « blessé » par sa chronique, Siné ne chasse pas plus le naturel et dégaine à nouveau : « Oui mais je m'en fiche ! ». La salle se bidonne. Elle fait bien. Les interventions suivantes seront beaucoup plus sérieuses. Et pour cause, c'est l'heure des témoins. « Un antisémitisme exprimé de façon allusive » ? Philippe Val cité par... Siné a fait faux bond ! Reste les deux témoins du journaliste politique. Il y a là le sociologue Michel Wieviorka (auteur notamment de La Tentation antisémite ). Pour lui, « le texte, le propos, est antisémite » car il y a « association entre les Juifs, l'argent et le pouvoir. » Lui succède Dominique Sopo, le président de SOS-Racisme. Ce dernier se montre un peu moins sûr de son fait : « On peut dire que c'est un article antisémite même si le caractère antisémite est exprimé de façon allusive... » La partie civile, elle, ne veut surtout pas paraître « allusive » lorsqu'elle reprend la parole et décide de citer toutes les personnalités qui soutiennent Siné. Dominique Tricaud, un des avocats du dessinateur, égraine en effet un chapelet interminable de noms : Guy Bedos, Tardi, Bruno Masure, etc. Et de s'interroger : « Sont-ils antisémites tous ceux-là ? » Le conseil de Siné en vient même à exhumer Pierre Desproges pour assurer le tribunal de la probité de son client : il aurait été, d'après lui, « le premier soutien de Siné ». Mais quelques minutes plus tard, lorsque le procureur de la République prend enfin la parole, on comprend qu'en appeler aux morts ne change pas grand-chose. Pour le représentant du ministère public, « les trois passages [radiophoniques] incriminés ne sont pas suffisamment articulés. » Il demande donc « la relaxe du prévenu au nom de la liberté d'expression. » Et le procureur de s'expliquer de sa décision : « Dire "C'est une ordure" : on peut y voir une injure assez certaine mais pas une diffamation. (...) Dire de monsieur Siné qu'il est antisémite, là on aurait été dans l'attaque personnelle. (...) J'estime que le prévenu n'a pas dépassé les limites autorisées. » Le jugement a été mis en délibéré jusqu'au 3 mars prochain. Quant à savoir si Siné avec sa chronique sur Jean Sarkozy a franchi « les limites», il faudra attendre le 27 janvier prochain pour le savoir. Le dessinateur est en effet poursuivi sur le fond de l'affaire par la LICRA. L'extrait de la chronique de Siné qui fait débat (Charlie Hebdo du 2 juillet 2008) :
« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! »
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