Marianne2 2012

Affaire Le Pen : la France manque de mosquées. Mais aussi d'instits?

Lundi 13 Décembre 2010 à 18:01 | Lu 17507 fois I 103 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Marine Le Pen a lancé la polémique sur «l’occupation» de nos rues par les musulmans en prière. Le CFCM et une partie de la gauche ont rétorqué qu'il manquait de mosquées en France. Qu'en est-il vraiment ?


Marine Le Pen a provoqué une vaste polémique ce week-end par le rapprochement pour le moins hasardeux entre l'Occupation durant la seconde guerre mondiale et l'occupation de la rue à laquelle se livrent les musulmans devant une certain nombre de mosquées françaises. On aurait pu parler d’une querelle de clochers. Sauf qu’ici, il s'agit du nombre de mosquées en France.Les détracteurs de la frontiste estiment que  les musulmans ne prient dans les rues que parce qu’il n'y a pas assez de mosquées en France.

C’est notamment l’argument avancé au CFCM. Joint par Marianne2, le porte parole de l’instance estime que « c’est à Paris ou Marseille » qu’on rencontre le plus souvent les prières de rues, là où la pression démographique est la plus forte. Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a lui évoqué sur France Info un «retard dans la construction des mosquées ».

2000 selon les religieux, 1500 selon le ministère

Mais il reste difficile d'avoir des données précises. Les chiffres du CFCM datent de 2008. Le Conseil comptabilise 2000 lieux de culte comprenant tant les mosquées que les simples salles de prières. Mais l’instance n’a pas été en mesure de décomposer le détail de ces chiffres. En 2006, il donnait pourtant une surface globale de 250 000 m2 de lieux de cultes.  

De son côté, le ministère de l’Intérieur, chargé des Cultes, cite un chiffre allant de 1500 à 1800 lieux de cultes dont quelques dizaines de mosquées, selon une étude parue en juin dernier. Jointe par Marianne2, la Place Beauvau n'a pas été en mesure de nous détailler ces chiffres, renvoyant vers... le CFCM.

On trouve quelques chiffres plus intéressants sur le site communautaire Oumma.com sous la plume du sociologue Mohammed Telhine dans un article de juin 2009. Il a comptabilisé lui 1612 lieux de culte mais il n’a pris en en compte que ceux dont il a pu mesurer la surface. Et selon le chercheur, 40% de ces lieux de cultes ont une surface de moins de 100m2 et 86% sont en dessous des 500m2 .

10% des musulmans vont prier toutes les semaines

Est-ce suffisant pour accueillir les populations concernées ? Pour répondre, il faudrait savoir le nombre de musulmans en France. Et apparemment, cette population est aussi difficile à compter que les manifestants.

Dans France soir en juin, Dalil Boubakeur évoquait « 4 à 5 millions » de musulmans en France appelant ainsi à « doubler » le nombre de mosquées en France. A la même époque, le ministère de l’Intérieur donnait le chiffre de « 5 à 6 millions ». Chiffre contesté par certains spécialistes, comme la démographe Michèle Tribalat, qui considère que l'on grossit à dessin l'évaluation du nombre de musulmans en les confondant avec leurs identités d'origine.

Il faut donc distinguer les croyants des pratiquants. Selon la même étude du ministère, 33% seulement des musulmans déclarés se disent pratiquants. Et 10% pratiquent régulièrement la prière du vendredi. Notons que ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, on n’a pas forcément envie de dévoiler ses pratiques religieuses à un sondeur inconnu.

Il est donc difficile de savoir s’il manque de lieux de cultes musulmans en France au vu de la population de croyants. De toute façon, pour certains, ce n’est même pas le débat.

Des imams ou des profs ?

Membre du Haut Conseil à l’Intégration (HCI) et essayiste, Malika Sorel s'insurge contre toute augmentation des subventions pour la construction des mosquées : « C’est comme si une école qui n’avait pas de stade envoyait faire ses cours de sport dans la rue. On est dans un Etat de droit, dit-elle, ce n’est pas parce qu’on a pas ce que l'on souhaite qu’on a le droit de prendre ce qui nous appartient pas ».  Pour elle, c’est donc aux politiques de prendre leur responsabilité et d’appliquer le droit : « On ne peut pas créer deux corpus de lois selon les catégories de citoyens ».

Elle dénonce également les propos de Dalil Boubakeur qui appelait au financement public pour les constructions de mosquées : « Comment quelqu’un comme lui peut ignorer ce qu’est la laïcité ? ». Du temps où il était président de l’UMP en 2005, Nicolas Sarkozy avait également proposé, en vain, de « faire évoluer » la loi de 1905 de séparation de l’Eglise et de l’Etat pour faciliter la participation des pouvoirs publics à l'édification de lieux de cultes.

Malika Sorel, qui s’intéresse aux questions d’éducation au HCI, pointe alors un paradoxe : « D’un côté, il n’y a pas d’argent pour mettre deux enseignants par classe en CP, de l’autre, on nous dit que l’Etat doit investir dans la construction de mosquées ». Dans son fameux discours de Latran, Nicolas Sarkozy disait d’ailleurs : « L’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Finalement, si l'on suit Malika Sorel, il aurait pu ajouter l’imam.








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