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Affaire Karachi : la blogosphère s'énerveSylvain Lapoix - Marianne | Jeudi 25 Juin 2009 à 19:07 | Lu 7654 fois
Quasi éclipsée par Versailles et le remaniement, «l'affaire Karachi» agite la blogosphère : ce Watergate à la française, mêlant corruptions, services secrets, politique et représailles sanglantes soulève la colère de ceux qui voudraient que les médias nous informent mieux sur cette énigme d'état.
«A côté de l'affaire Karachi, le Watergate américain pourrait passer pour du menu fretin», juge Dedalus sur son blog. Sur la blogosphère, aucun doute : les médias ne font pas leur boulot sur le dossier. L'affaire ferait rêver plus d'un apprenti Albert Londres : pour avoir rompu un «deal» impliquant un (une «rétro-commission») aux services secrets pakistanais, la France aurait payé de la vie de 11 ingénieurs français de la Direction de la construction navale dans un attentat perpétré en 2002 dans la métropole pakistanaise.
Derrière cet accord portant sur une vente d'armement (des sous-marins en l'occurrence), les juges de l'affaire suspectent que des rétro-commissions aient été utilisées pour financer la campagne présidentielle (avortée) d'Edouard Balladur, alors Premier ministre, qui ne disposait pas alors de l'appareil du RPR, aux mains de Jacques Chirac. Balladur sous l'épaule duquel couvait à l'époque Nicolas Sarkozy, son ministre du Budget. Pour plus d'infos, passez votre chemin : les médias ont un remaniement à analyser ! «Une banale histoire de corruption»...
Selon Libération, la piste de la corruption aurait été délibérément écartée par la justice au profit de celle de l'islamisme radical, une hypothèse plausible quelques mois après l'attentat du World Trade Center. Mercredi 24 juin, Paris Match livre une interview de Charles Millon, ministre de la Défense de l'époque, qui confirme cette piste et les fameuses «commissions» de ventes d'armes que Jacques Chirac lui aurait demandé de bloquer. On est bien loin de la «banale histoire de corruption» évoquée par France info dans un titre d'une incroyable désinvolture.
«Comme d'habitude, on n'y comprend rien !», peste Nicolas sur Partageons mon avis qui s'inquiète de voir le sujet submerger la blogosphère sans ébranler les JT. Beaucoup de blogueurs lisent comme une sombre prédiction le titre du billet d'Olivier Bonnet «vers l'inéluctable étouffement ?». Il n'hésite pas à y qualifier de «héros» Philippe Alfroy, de l'AFP, le seul journaliste assez consciencieux pour avoir posé, lors d'une conférence de presse accordée à Bruxelles le 19 juin, une question sur l'implication éventuelle du Président dans l'affaire. Même si sa question est restée sans réponse. Sarkozy, son rire et son impunité médiatique...
«Franchement, c'était pas la peine de vous mettre à ma droite pour me poser cette question, s'est d'abord moqué le Président, soulevant quelques rires contre le journaliste. Enfin écoutez c’est ridicule. Franchement, monsieur, franchement c’est ridicule. C’est grotesque, voilà, c’est ma réponse.» Pire que les paroles, ce sont les balbutiements, le rire, le langage corporel de l'homme qui trahissent le mépris pour le journaliste et un sentiment d'impunité face au pschitt médiatique de l'affaire. Une analyse jusqu'ici exacte.
Car depuis, excepté les trois pages qu'y a consacré Libération le 25 juin, les journaux, radios et télés évoquent la mort de ces 11 ingénieurs français et les possibles bisbilles entre services secrets et clan Balladur comme relevant du folklore politico-financier français. Autour de cette «affaire gravissime», les blogueurs accusent les médias de se contenter «du strict minimum d'analyse et de commentaires», comme le regrette Dedalus. La presse se tait pour toucher ses subventions en paix
«On planque sous le canapé une affaire qui pourrait toucher un président en exercice», sursaute Marc Vasseur, qui y voit la couardise d'une presse plus soucieuse des subsides versés par l'Etat que de la vérité due à ses lecteurs. Certains s'en vont imaginer que la prise de position de Nicolas Sarkzoy sur la burqa n'est qu'un conte-feu visant à empêcher les médias de se concentrer sur le sujet. Reste à savoir si les rédactions auraient tant perdu de leur efficacité qu'elles ne sachent plus traiter qu'un seul sujet à la fois...
Répondant au souhait de Seb Musset de «ne pas lâcher Karachi», la blogosphère organise donc sa propre veille et met en route la machine à liens pour synthétiser les données : Luc Mandret repart de la chronologie des faits pour soulever les diverses dimensions politiques de l'affaire, Juan s'adonne à un résumé efficace sur le blog de Sarkofrance tandis que d'autres, comme Rimbus avec son «Brouillard sur Karachi», décomposent l'affaire entre faits, mobile et pistes, s'inspirant, notamment, des remarquables billets d'Olivier Bonnet sur Plume de presse. Un travail de compilation élémentaire mais qui ne répond pas encore à quelques questions clés de l'affaire :
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