Affaire Hortefeux : pataquès sur l'origine de la vidéoRégis Soubrouillard - Marianne | Vendredi 11 Septembre 2009 à 18:38 | Lu 14414 fois
Respectivement nommés à la tête de Public Sénat et de LCP, Gilles et Gérard Leclerc ont vécu un week-end d'enfer, contraints de gérer l'affaire de la vidéo d'Hortefeux. Soumis à la fois à la pression du pouvoir et à celles de leurs rédactions. Ils ont tranché en faveur du premier. La vidéo a fait fureur. Une gestion presque parfaite.
Gilles et Gérard Leclerc: L'info est un combat
Il est des jours où on aimerait pas être président d’une chaîne parlementaire. Prenez Gilles Leclerc et Gérard Leclerc. En un week-end les Leclerc et Leclerc, nommés respectivement par Gérard Larcher à la tête de Public Sénat et Bernard Accoyer à la Chaîne Parlementaire ont dû jouer serré le week-end dernier pour sauver leurs peaux respectives.
Un journaliste de Public Sénat part à Seignosse le 5 septembre 2009 couvrir l’université d’été UMP : « Hey, coco, tu nous ramènes des belles images de ministres en chemise, des débats et des jeunes UMP qui font la fête avec Nadine ». Le journaliste obtempère. Mais sur zone, laissant sa caméra fureter au gré des tentes et des allées, la caméra saisit les images d’un ministre de la République se laissant aller à quelques blagues douteuses. Hop, c’est dans la boite. Retour à la rédaction. C’est l’heure du dérushage pour le sujet bien-comme-il-faut-chaîne-parlementaire. Restent les images d'un ministre de la République multipliant les blagues douteuses. La question se pose: les passe ou pas ? Après moults tergiversations, la direction tranche - étonnant... - pour la seconde solution « en raison des conditions dans lesquelles elle a été enregistrée et l'absence de journaux d'information sur nos antennes ce dimanche » explique un communiqué. Gilles et Gérard tiennent bon la barre
La bévue est évitée de peu mais dès lundi, une équipe de Public Sénat insiste pour diffuser le document. Cette fois, c’est Gilles, l’autre Leclerc qui s’y oppose. Les esprits s’échauffent, la Société des Journalistes des chaînes parlementaires se désolidarise de sa direction après que les dirigeants des deux chaînes ont confirmé avoir décidé d'un commun accord de ne pas diffuser la séquence vidéo polémique.
« A 21h30, je découvre qu'une équipe de Public Sénat a tourné cette fameuse séquence où Brice Hortefeux lâche cette phrase. Et donc on se concerte avec Gilles Leclerc (patron de Public Sénat, NDLR). Mais nous n'avons pas le temps matériel de faire un sujet autour de cette séquence. Nous ne pouvions pas diffuser la séquence comme telle, sans recontextualiser et sans incruster des sous-titres. On prend donc la décision de ne pas la diffuser. Nous aurions pu diffuser la vidéo dans le cadre de nos JT mais ils ne redémarrent que lundi (...) Il n'y a eu aucune censure de notre part », a expliqué Gérard sur Ozap. Pourquoi ne pas les avoir diffusés après. C’est Gilles qui s’y colle dans une interview à Libération : « Il y a eu un débat apaisé avec les équipes de rédaction. Des gens souhaitaient diffuser la séquence. J'ai finalement tranché lundi après-midi. Les conditions n'étaient pas remplies pour diffuser. C'était un cas sensible, il aurait fallu raconter le contexte, expliquer où était placée la caméra, voir si Brice Hortefeux confirmait ses propos. Mais je vais vous faire une confidence : nous diffuserons nos propres images ce soir, dans le journal de 18 heures. Elles ressemblent à celles diffusées sur Internet ». Des rushes tombés du ciel ?
Une forme d’aveu. Mardi soir, la SDJ envoie une lettre à Gilles Leclerc pour lui demander des explications. Selon le nouvelobs, « C'est dans ces conditions que la vidéo, numérisée dans le serveur de la chaîne, se retrouve jeudi après-midi sur le site web du Monde et sur Dailymotion et enflamme rapidement la blogosphère ». La vidéo sensible fait 600.000 vues sur Internet, un buzz retentissant, tous les pure players, un peu de presse, peu de télévisions. Et des politiques contraints de réagir.
En attendant, on ne sait pas précisément comment la vidéo s’est retrouvée sur le site du Monde. Contacté, le PDG du Monde Interactif n’a pas souhaité dévoilé ses sources ni donner de précisions supplémentaires. De leur côté, les deux Leclerc, solidement attachés à leurs fauteuils soutiennent néanmoins ne pas pouvoir «affirmer qu'il s'agit de nos rushes». Les rushes du Saint-Esprit peut-être ?
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