Affaire Boutin: le retour de la cacophonie gouvernementale
Habituellement, en cas de polémique, la machine communicationnelle élyséenne se met en branle, offrant aux membres du gouvernement un argumentaire prédigéré. Sauf erreur, il semble que ce ne soit pas le cas cette fois dans l’affaire Boutin.
À l’heure où Le Canard enchaîné révèle que Christine Boutin est une nouvelle collaboratrice du gouvernement payée à prix d’or (9 500 euros nets mensuels) pour étudier « les conséquences sociales (sic) de la mondialisation », on est en droit de se demander combien sont payés ces autres collaborateurs d’habitude si productifs : les communicants de l’Elysée. Ceux qui élaborent le wording, les arguments, les « éléments de langage » que sont censés utiliser les ministres et les caciques de l'UMP lorsque les journalistes les interrogent sur telle ou telle crise. Que ce soit lors de l'affaire du Prince Jean à la conquête de l’Epad, celle de Frédéric Mitterrand et sa « Mauvaise vie » ou à l'annonce des résultats catastrophiques des élections régionales, à chaque événement (parfois même le plus anodin) correspond sa petite fiche. Pourtant, sur l'affaire Boutin, rien. les communicants de l'Elysée sécheraient-ils? Ou mieux peut-être : les ministres auraient-ils décidé de penser et de parler par eux-mêmes ? (Qui sait ?)
Christine Boutin ou le cumul emploi-retraite
Résultat des courses : dans les médias, ce matin, à chaque ministre sa réponse. Honneur à Eric Woerth qui, en plus d’avoir le plaisir de nous concocter cette « belle » et « juste » réforme des retraites à venir, est, rappelons-le, le ministre de tutelle de Christine Boutin. C’est à son cabinet qu’est rattachée l’inattendue chargée de mission du gouvernement. « Je pense que ça nous amène à deux remarques, a-t-il expliqué sur Europe 1 , La première, c’est de rendre non cumulable le fait de toucher sa retraite de parlementaire — c’est le cas de Madame Boutin — et une rémunération publique liée à une fonction publique. Ça, c’est aujourd’hui légal. Nous pouvons évidemment le rendre illégal, nous pouvons l’empêcher. Le deuxième point, c’est que je vais demander à Christine Boutin de prendre en compte cette polémique — qui ne doit pas durer — et de renoncer à la partie qui dépasse les 9 500 euros, c’est-à-dire de faire le cumul entre sa pension de retraite (évaluée à 6 000 euros par mois par Lemonde.fr , ndlr) et puis la rémunération qu’elle a au titre de sa mission. »
Un peu plus tôt, c’est Valérie Pécresse la ministre disparue de l’Enseignement supérieur qui, sur Canal + , livrait sa solution perso : « Publions la liste des personnalités à qui l’on confie des missions, publions aussi les avantages qu'on leur donne. »
Et du côté de Nadine Morano, invitée de RTL ? Elle a bien une réponse. Mais assez éloignée de celles de ses collègues : « Ça ne me choque pas. Je vous le dis comme je le pense. (…) Au regard de la mission et du rapport qu’elle va rendre, ça me semble légitime. [Mme Boutin] n’est pas dans l’illégalité. (…) Au regard même de la personnalité de Christine Boutin — que je connais bien, que j’ai appréciée pour ses combats politiques — eh bien non seulement ça ne me choque pas et je trouve ça tout à fait légitime (…) Je ne participerai pas à la course au populisme dans laquelle on souhaite nous entraîner ».
À chacun sa réponse donc. S’il s’avère que, pour une fois, il n’y a aucune petite fiche émanant des services de communication de l’Elysée, nous devrions nous en réjouir. Car outre le fait que cela libère la parole de nos « chers » ministres, cela permet aussi d’assister à des dialogues savoureux. Comme entre Nadine Morano et Jean-Michel Aphatie ce matin :
- Nadine Morano : « Hier, Monsieur Aphatie, dans l’actualité, il y avait autre chose que Mme Boutin. Il y avait le Conseil des ministres. Il y avait une communication importante qui a fait l’objet d’un communiqué de presse et qui est un nouveau statut pour les auxiliaires de vie scolaire pour les enfants handicapés. Pourtant, personne n’en parle. Ça concerne des milliers d’enfants. Ça concerne plus de 600 auxiliaires de vie scolaire. Ça, c’est l’actualité qui concerne les Français. (…) Ça c’est de l’actualité, mais ça n’est pas dans Le Canard enchaîné, je vous l’accorde. »
- Jean-Michel Aphatie : « Il est toujours agréable, Nadine Morano, mais assez fréquent quand on est journaliste de s’entendre faire la leçon par des responsables politiques qui disent que dans l’actualité nous choisissons les choses accessoires et nous laissons les choses importantes. Mais si vous pensez que sur les marchés, ce week-end, on va plus vous parler des enfants handicapés que de Christine Boutin, sans doute vous allez déchanter. »
- Nadine Morano : « Ecoutez, moi je suis souvent sur les marchés, Monsieur Aphatie... »
- Jean-Michel Aphatie : « On verra quand vous reviendrez ce week-end... »
- Nadine Morano : « … et je retourne dans ma circonscription tous les week-ends. Je suis au contact des militants. (…) Et lorsqu’il y a des questions, on y répond. »
- Jean-Michel Aphatie : « Vous nous direz si on vous parle plus de ceci ou de cela ? »
- Nadine Morano : « Si on aborde la question de Christine Boutin, je ne vais pas l’occulter. Je répondrai ce que je vous ai dit et je viendrai sur les sujets qui préoccupent les Français, c’est-à-dire ce qui préoccupe leur quotidien. »
Christine Boutin peut ajouter cela à son rapport : finalement, la politique aussi obéit à la loi du marché.
- Revue Web personnalisée
- Les Unes de Marianne2
- Le MAG en PDF 24h avant !
Recevez tous les jours les meilleurs articles de Marianne2.fr
|
“Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti” A.Camus
|
|


Imprimer
Augmenter le texte
Diminuer le texte
Accueil
Envoyer
Partager

Facebook
Twitter
RSS
Newsletter