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Affaire Boutin : au fait, Aphatie, il est compétent, lui ?

Vendredi 11 Juin 2010 à 14:01 | Lu 63537 fois I 52 commentaire(s)

David Desgouilles - blogueur associé

Après 48 heures de tornade médiatique, Christine Boutin a été contrainte de renoncer à l'indemnité de 9500€ octroyée par l'Elysée pour sa mission sur la mondialisation. Du coup, Jean-Michel Aphatie en a profité pour remettre en cause sa compétence sur le sujet. Le blogueur associé David Desgouilles lui fait remarquer qu'il ne pose pas ce genre de question pour Luc Chatel ou Alain Minc...


Capture d'écran sur Dailymotion
Capture d'écran sur Dailymotion
Christine Boutin a donc annoncé ce soir [jeudi 10 juin] sa décision de renoncer à l’indemnité de 9500 euros qu’elle devait toucher pour mener à bien la mission sur les conséquences de la mondialisation. C’est une bonne nouvelle. Grâce à cela, en effet, cette mission aura sans doute davantage de sens. Car elle s’y sentira beaucoup plus libre.

Ce qui m’a interloqué, ce n’est pas forcément qu’on donne une mission bien rémunérée à une personnalité pour se faire pardonner de l’avoir jetée un an auparavant. Cela, malheureusement, ce n’est pas la première fois ni la dernière. Non. C’est au Grand Journal hier soir, en écoutant la diatribe de Jean-Michel Aphatie.

On reproche beaucoup à l’éditorialiste de RTL et Canal+ d’être un peu trop prévisible. Il est vrai que son refrain sur la dette, on le voit le plus souvent arriver à des kilomètres et parfois par des chemins détournés. Parfois, on soupire car on entend un de ses interlocuteurs lui servir une occasion de nous servir son laïus habituel. A ce moment, devant notre télé, on voue l’interlocuteur en question aux gémonies d’un « mais, quel con » qui vient du cœur. En l’occurrence, Aphatie a étonné mercredi soir. Il a innové : il s’est interrogé sur les compétences de Madame Boutin pour traiter du sujet de la mondialisation.

Il est rarissime qu’un journaliste dise en face à une personnalité politique qu’elle est trop nulle pour une mission confiée par le Président de la République. On me dira que c’est plus franc de lui dire en face et ce n’est pas faux. Mais JMA poserait-il la question à Luc Châtel, qui ne connaît pas grand chose à l’Education Nationale et qui le prouve ? Poserait-il la question à Christian Estrosi ? Non. Et c’est normal car ils sont des élus, nommés à des missions -ministérielles, en l’occurrence- par le Président élu au suffrage universel. Pour les fonctionnaires, il y a les concours. Pour les missions politiques, on ne passe pas de concours.

Et si cette mission n’avait pas été confiée à une personnalité politique mais, par exemple, à Alain Minc, aurait-il mis en doute sa compétence ? On a la faiblesse de penser que non. Et pourtant, cela se serait imposé par le simple fait que le conseiller occulte le plus célèbre de France a commis un bouquin titré : « La mondialisation heureuse ». Et c’est là que le bât blesse. Car si Aphatie prend Boutin pour une demeurée - alors qu’elle a travaillé sur les dossiers sociaux pendant vingt ans et qu’elle a tout de même pu observer les conséquences de la globalisation sur nos industries, les délocalisations et la montée du chômage - c’est parce qu’elle n’a pas, surtout dans le milieu bobo dont le Grand Journal constitue l’émanation médiatique, très bonne réputation.

Ariane Massenet, la compétence d'une collègienne de 5° ?

Une catho, une grenouille de bénitier, forcément homophobe puisqu’elle a lutté contre le PACS et refuse l’homoparentalité, voilà ce que représente Christine Boutin pour la joyeuse bande du Grand Journal, Aphatie compris. Et un personnage de cet acabit ne peut en aucun cas s’avérer pertinent sur un sujet aussi grave que la mondialisation et ses conséquences, n’est ce pas…

On pourrait, en tant qu’abonné de Canal+, douter sérieusement de la compétence d’Ariane Massenet à poser des questions dont la pertinence ne dépasse guère celle d’une élève de cinquième. On pourrait aussi douter sérieusement de la compétence économique d’un éditorialiste qui, lorsqu’il évoque la dette d’une Nation, ne considère que celle qui émane des collectivités publiques et néglige systématiquement celle du secteur privé, rendant ses comparaisons internationales complètement faussées (1). Combien est payé JMA à Canal+ pour confondre économie et comptabilité publique ? Abonnés à Canal+ et auditeurs de RTL, si vous écriviez aux directeurs de chaîne et de station pour demander des comptes sur la compétence d’Aphatie ?

Mais revenons à Christine Boutin. Maintenant qu’elle est débarrassée du poids de cette encombrante et inutile rémunération, qu’elle fasse péter « l’emmerdomètre » au maximum, en rendant un rapport aussi libre et indépendant qu’il est possible. Ne doutons jamais des compétences d’une emmerdeuse bénévole (2). J’ai cru lire ce soir cette intention dans le regard de la missionnée. Si jamais elle me lisait, qu’elle sache que je serais plus que déçu si elle me faisait mentir.

1.    En considérant tous les agents économiques, la dette allemande et la dette françaises sont équivalentes, ce qu’oublie systématiquement Aphatie. C’est d’autant moins négligeable que la crise de 2008 a été déclenchée par la dette…. privée.
2.    Que serait le bénévolat en France sans les retraités ?









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