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Affaire Agnès : l'UMP court après le PS

Mardi 22 Novembre 2011 à 05:01 | Lu 9780 fois I 48 commentaire(s)

Tefy Andriamanana
Journaliste à Marianne, j'écris sur le numérique ainsi que sur les questions de police/justice... En savoir plus sur cet auteur

Il en avait fait sa spécialité. A chaque fait divers, Sarkozy s’imposait comme le premier flic de France. Désormais, lui et ses ministres battent en retraite laissant le créneau de la surenchère médiatique au PS.


L’affaire Agnès est devenue une affaire politique. La droite et la gauche se sont emparées de ce débat qui met en cause le suivi des mineurs mis en examen dans des affaires criminelles graves. En effet, nombre d'hommes politiques ont pointé le fait que l’auteur présumé des faits ait pu être inscrit dans une établissement scolaire classique tout en étant mis en examen pour viol. 
 
Mais paradoxalement, c’est le PS qui a frappé le plus fort, y voyant une occasion de souligner le fiasco de la politique pénale de la droite. Et même si la gauche a toujours dénoncé ces méthodes, elle a bien compris les bénéfices médiatiques et politiques à court terme de l'exploitation d’un fait divers. En pleine campagne présidentielle, lorsque François Hollande baisse dans les sondages, tout est bon à prendre pour tacler le camp d'en face. 
 
Pourtant, lundi, lors du point de presse hebdomadaire du parti, Benoît Hamon avait jugé « nauséabond de voir la droite instrumentaliser ce fait divers ». Sa sortie aurait été crédible si le PS n’avait pas programmé une conférence de presse suite à la réunion à Matignon entre Fillon, Guéant (Intérieur), Mercier (Justice), Berra (Santé) et Luc Chatel (Education) et également réagi à la polémique par la voix de plusieurs membres de l’équipe Hollande. 

Offensive du PS

Manuel Valls, responsable de la communication et tenant de la « ligne dure » sur les questions de sécurité, s’est interrogé sur France2 : «Pourquoi ce jeune garçon, ce criminel, a-t-il été mis dans un collège normal, même si c'était un internat ?». La députée Aurélie Filippetti a, elle estimé, que pour gérer les mineurs mis en examen, il fallait augmenter les Centres éducatifs fermés (créés par la droite) afin d’en avoir « un par département ». 
 
Sur Europe1, Pierre Moscovici, directeur de campagne de Hollande, a lui aussi prôné le recours aux CEF et a même promis qu’« il y aura dans le projet présidentiel de François Hollande des dispositions extrêmement précises ». Une attitude offensive qui contraste avec l’épisode du discours de Grenoble où Martine Aubry avait mis du temps à réagir.  
 
A l’inverse, à l’UMP, on est moins loquace. Avant la réunion à Matignon, aucun communiqué de presse n'a été envoyé aux journalistes et seuls deux responsables du parti ont réagi. Jean-Paul Garraud, chargé des questions de justice, a réclamé la création d’un « cursus de psychocriminologie ». Bien loin des solutions répressives de la Droite populaire, collectif auquel Garraud appartient. De son côté, Eric Ciotti, dans une courte interview à Nice Matin, a estimé qu’un « mineur criminel doit être considéré comme un criminel avant un mineur » et a demandé l’augmentation du nombre de centres d’évaluation pour délinquants sexuels. 

Réunion en catastrophe

Même situation au gouvernement, qui préfère battre en retraite comme s’il avait peur qu’on remette son bilan en cause. En catastrophe, face à la polémique montante, une réunion à Matignon a été annoncée et Claude Guéant s’est invité au 20h de TF1 avec un jour d’avance selon Europe1. Et au départ de l’affaire, il n’était pas question d’une nouvelle loi. Dimanche soir sur France Info, le ministre de l'Intérieur  s’est contenté de renvoyer à la responsabilité aux juges en matière de contrôle judiciaire : «Il faut laisser le juge décider au cas par cas des mesures qui s’imposent». 
 
Mais lundi au vu de la polémique montante, il fallait frapper plus fort et donc changer de braquet. Suite à la réunion à Matignon, Michel Mercier a affirmé que les mineurs auteurs d'un « crime sexuel grave » seraient systématiquement placés en centre éducatif fermé. Exactement ce que proposaient Filipetti ou Moscovici. Comme quoi, le gouvernement n’a plus la main sur les questions pénales. Des mesures sur « l'évaluation de la dangerosité » ont également été annoncées pour la future loi de programmation. Le principe « un fait divers = une loi » fait son retour. Bruno Beschizza, secrétaire national de l'UMP, a salué ces mesures et souhaité une réflexion sur « un code de procédure pénale spécifique aux mineurs », ce sera une des rares réactions UMP à l'affaire .
 

Mêmes méthodes

Et le malaise à droite remontre beaucoup plus haut. Chose inhabituelle, un homme est resté pour l’instant en retrait : Nicolas Sarkozy. Pourtant, depuis qu’il est entré Place Beauvau en 2002, il s’est fait une spécialité de la récupération de faits divers suivi d’une énième loi sur la récidive ou autre. Avec l’affaire Nelly Crémel, du petit Enis, sans parler du discours du Grenoble, il s’est toujours placé en première ligne de la politique pénale, se vantant même d’avoir « tué le job » de ministre de l’Intérieur. Lors de l’affaire de Pornic, ses critiques contre les juges avaient déclenché une fronde massive de la magistrature.
 
Désormais, le chef de l’Etat se fait discret sur ces questions laissant Claude Guéant jouer les bras armés. Il sait que brasser du vent sur la sécurité ne fera que nuire à l’image présidentielle qu’il essaie de se donner. Et surtout, il a compris qu’il ne devait pas en faire trop sur ces sujets au vu de son bilan calamiteux. L’épisode du parking de Marseille l’a montré, la gauche n’a plus peur d’affronter la droite sur ce terrain. Quitte à oublier le care de Martine Aubry...








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