Adler sur Obama: les néo-cons, ça ose tout…
Lundi 13 Septembre 2010 à 14:01 | Lu 16475 fois I 50 commentaire(s)
Maurice Szafran - Marianne
L'article que consacre, dans le dernier Fig Mag, Alexandre Adler à Barack Obama est certes un brûlot sans nuances, mais il a tout de même un mérite: nous montrer que les néo-conservateurs n'ont toujours pas renoncé à revenir au premier plan. Décryptage.
Il faut se précipiter sur la dernière livraison du Figaro Magazine et « savourer » le long article que notre camarade, l’excellent Alexandre Adler, consacre au président américain, Barack Obama. On y trouvera, non sans délectation, une leçon de finesse et de… préjugés politiques. Un rappel utile — voire indispensable pour tous ceux qui feignent de l’oublier — qu’une lecture de l’actualité est avant tout idéologique. Les faits, cela va de soi, mais au travers d’un prisme. Et celui d’Adler est pour le moins déformant.
Il n’est pas inutile de rappeler – et c’est tout à son honneur – que l’éditorialiste du Figaro [ne jamais négliger sa chronique de politique étrangère le samedi matin dans le grand quotidien conservateur, le lecteur apprend toujours quelque chose] n’a jamais renoncé à soutenir (intelligemment, inutile de le préciser)… George W. Bush. Il y a quelques semaines encore, Adler insistait : oui, Saddam Hussein disposait bel et bien d’armes de destruction massive. Une manière à peine détournée de persister dans son soutien à la calamiteuse guerre d’Irak. Il convenait certes que celle-ci avait été mal conduite, mais c’est bien le moins… Défenseur subtil de la pensée néo-conservatrice, Adler ne renonce pas : puisque la planète entière a fini par maudire Bush et fils, il va s’employer à leur réhabilitation sans jamais même citer leur nom. Comment ? En exécutant Obama.
Le président américain aurait donc commis sept erreurs. Sept erreurs majeures. Sept erreurs dont il ne se relèvera sans doute pas. Sept erreurs ou sept péchés ? Les deux, suggère Adler, dans un (long) texte aux accents crypto mystiques. Tout y passe, parce qu’Obama a tout faux.
Alors, en résumé, c’est quoi, c’est qui, Obama, pour Alexandre Adler ?
En économie, un keynésien borné.
Au plan diplomatique, un pacifiste anti-israélien qui snobe les Européens et ne pige rien au danger (réel) de l’Iran d’Ahmadinedjad.
Quant à sa conception de l’Amérique, elle induit le rétrécissement de son influence.
Obama, son compte est bon.
On pourrait bien sûr discuter point après point, erreur après erreur, péché après péché, le réquisitoire d’Adler – car c’est bien sûr d’un réquisitoire qu'il s’agit.
On pourrait s’interroger sur la violence du combat qui oppose Obama aux banquiers de Wall Street et l’encourager à poursuivre plus avant cet indispensable combat pour la démocratie.
On pourrait démontrer, à l’inverse de notre ami Adler, qu’Obama défend au mieux les intérêts véritables d’Israël en exerçant – enfin ! – un début de pression sur le Premier ministre Netanyahu.
On pourrait aussi s’étonner qu’un esprit aussi fin que celui d'Adler se range sans broncher aux arguments — à tous les arguments, même les plus spécieux — d’une droite américaine déchaînée qui, en réalité, n’a jamais accepté l’élection de ce président-là…
Alors, pourquoi ce brûlot sans nuance ?
Parce qu’Alexandre Adler s’en tient à une démarche avant tout idéologique, qu’il est partie prenante dans un combat culturo-politique : la réhabilitation des néo-conservateurs, leur retour au premier plan, une irrépressible envie de vengeance contre Obama l’illégitime, contre Obama l’usurpateur, contre ce type qui a « piqué » le bureau ovale de la Maison-Blanche.
A la lecture, on découvre d’ailleurs un Adler gêné aux entournures par sa propre radicalité, par cette caricature d’Obama qu’il dessine à très gros traits d’un bout à l’autre. Premier bilan et première condamnation sans appel. Absence de nuances, refus de prendre le contexte en compte. Et nous sommes censés prendre ce pamphlet simpliste pour une analyse froide, lecteurs lucides d’un « spécialiste » éclairé de géostratégie ? Pourquoi Alexandre Adler ne se résout-il pas à admettre la vérité qui sous-tend chaque détail de son analyse : une radicale hostilité à Obama, à ce qu’il incarne, à la ligne politique que le président américain tend, vaille que vaille, à mettre en œuvre ? Parce que ce serait renoncer à la défroque d’expert — si confortable en effet, car elle permet de flinguer certes à bout portant mais au nom d’un savoir et d’une médiologie autoproclamés.
C’est à ce titre d’ailleurs que l’article d’Alexandre Adler, si brutal et si sévère qu’il provoque la suspicion est également fourbe. Car il prétend à un statut qui n’est pas le sien : brûlot, oui ; expertise, certainement pas. Nous ne renoncerons pas pour autant à lire Adler. Il a le mérite de nous éclairer sur la démarche en crabe des néo-conservateurs : ils n’ont évidemment pas renoncé à la prédominance intellectuelle et idéologique. Obama, un jour, s’est dressé contre eux. Ils espèrent le détruire, le ruiner, voilà tout.
Il n’est pas inutile de rappeler – et c’est tout à son honneur – que l’éditorialiste du Figaro [ne jamais négliger sa chronique de politique étrangère le samedi matin dans le grand quotidien conservateur, le lecteur apprend toujours quelque chose] n’a jamais renoncé à soutenir (intelligemment, inutile de le préciser)… George W. Bush. Il y a quelques semaines encore, Adler insistait : oui, Saddam Hussein disposait bel et bien d’armes de destruction massive. Une manière à peine détournée de persister dans son soutien à la calamiteuse guerre d’Irak. Il convenait certes que celle-ci avait été mal conduite, mais c’est bien le moins… Défenseur subtil de la pensée néo-conservatrice, Adler ne renonce pas : puisque la planète entière a fini par maudire Bush et fils, il va s’employer à leur réhabilitation sans jamais même citer leur nom. Comment ? En exécutant Obama.
Le président américain aurait donc commis sept erreurs. Sept erreurs majeures. Sept erreurs dont il ne se relèvera sans doute pas. Sept erreurs ou sept péchés ? Les deux, suggère Adler, dans un (long) texte aux accents crypto mystiques. Tout y passe, parce qu’Obama a tout faux.
Alors, en résumé, c’est quoi, c’est qui, Obama, pour Alexandre Adler ?
En économie, un keynésien borné.
Au plan diplomatique, un pacifiste anti-israélien qui snobe les Européens et ne pige rien au danger (réel) de l’Iran d’Ahmadinedjad.
Quant à sa conception de l’Amérique, elle induit le rétrécissement de son influence.
Obama, son compte est bon.
On pourrait bien sûr discuter point après point, erreur après erreur, péché après péché, le réquisitoire d’Adler – car c’est bien sûr d’un réquisitoire qu'il s’agit.
On pourrait s’interroger sur la violence du combat qui oppose Obama aux banquiers de Wall Street et l’encourager à poursuivre plus avant cet indispensable combat pour la démocratie.
On pourrait démontrer, à l’inverse de notre ami Adler, qu’Obama défend au mieux les intérêts véritables d’Israël en exerçant – enfin ! – un début de pression sur le Premier ministre Netanyahu.
On pourrait aussi s’étonner qu’un esprit aussi fin que celui d'Adler se range sans broncher aux arguments — à tous les arguments, même les plus spécieux — d’une droite américaine déchaînée qui, en réalité, n’a jamais accepté l’élection de ce président-là…
Alors, pourquoi ce brûlot sans nuance ?
Parce qu’Alexandre Adler s’en tient à une démarche avant tout idéologique, qu’il est partie prenante dans un combat culturo-politique : la réhabilitation des néo-conservateurs, leur retour au premier plan, une irrépressible envie de vengeance contre Obama l’illégitime, contre Obama l’usurpateur, contre ce type qui a « piqué » le bureau ovale de la Maison-Blanche.
A la lecture, on découvre d’ailleurs un Adler gêné aux entournures par sa propre radicalité, par cette caricature d’Obama qu’il dessine à très gros traits d’un bout à l’autre. Premier bilan et première condamnation sans appel. Absence de nuances, refus de prendre le contexte en compte. Et nous sommes censés prendre ce pamphlet simpliste pour une analyse froide, lecteurs lucides d’un « spécialiste » éclairé de géostratégie ? Pourquoi Alexandre Adler ne se résout-il pas à admettre la vérité qui sous-tend chaque détail de son analyse : une radicale hostilité à Obama, à ce qu’il incarne, à la ligne politique que le président américain tend, vaille que vaille, à mettre en œuvre ? Parce que ce serait renoncer à la défroque d’expert — si confortable en effet, car elle permet de flinguer certes à bout portant mais au nom d’un savoir et d’une médiologie autoproclamés.
C’est à ce titre d’ailleurs que l’article d’Alexandre Adler, si brutal et si sévère qu’il provoque la suspicion est également fourbe. Car il prétend à un statut qui n’est pas le sien : brûlot, oui ; expertise, certainement pas. Nous ne renoncerons pas pour autant à lire Adler. Il a le mérite de nous éclairer sur la démarche en crabe des néo-conservateurs : ils n’ont évidemment pas renoncé à la prédominance intellectuelle et idéologique. Obama, un jour, s’est dressé contre eux. Ils espèrent le détruire, le ruiner, voilà tout.
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