Connectez-vous S'inscrire
Marianne2

Acharnement: TF1 fait du lobbying à Bruxelles pour brider France Télévisions

Régis Soubrouillard | Mercredi 7 Janvier 2009 à 16:53 | Lu 14675 fois

En plus de cajoler les députés UMP français au moment de la rédaction du projet de loi sur l’audiovisuel, TF1 mène depuis un an d’intenses activités de lobbying auprès de Bruxelles qui s’apprête à réviser les règles concernant les chaînes publiques. Objectif: éliminer ses concurrents en empêchant notamment les télés publiques de se livrer à des activités commerciales ou réaliser toute forme de profits.



Acharnement: TF1 fait du lobbying à Bruxelles pour brider France Télévisions
Incapable d’enrayer la chute de ses audiences à la régulière, TF1 fait depuis plusieurs mois le forcing en menant d’intenses activités de lobbying auprès des pouvoirs politiques français et européens.

Outre les attaques convergentes contre l’access prime-time de France 2 répercutées par des personnalités aussi diverses que Jean-Claude Dassier, Frédéric Lefebvre ou Christine Albanel, plusieurs journaux avaient révélé le lobbying mené par « l’association des chaînes privées Â» auprès des parlementaires Français.
Cette association qui regroupe TF1, M6 et Canal-Plus avait commandé un rapport au cabinet de conseil en stratégie AT Kearney. Un document qui aurait fortement inspiré le président de la République au moment d’annoncer la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.

Martin Bouygues, envoyé spécial de TF1 à Bruxelles
Selon le journal La Tribune, TF1 est bien décidé à aller beaucoup plus loin pour « corseter Â» l’activité de France Télévisions. Un seul mot d’ordre: « Plus belle la vie Â» ne passera pas l’hiver…
Le quotidien économique dévoile que Martin Bouygues  Â« est allé lui-même voir dans la capitale belge la commissaire européenne Viviane Reding en 2007 pour discuter la directive sur les services de médias audiovisuels (ex-Télévision sans frontières). Mais le lobbying de TF1 porte aussi spécifiquement sur France Télévisions. En effet, la Commission est en train de réviser les règles concernant les chaînes publiques de télévision qui datent de 2001 -elle compte publier d'ici à mi-2009 une nouvelle communication sur le sujet- et la Une est intervenue dans ce débat. Â» Une démarche qui fait frémir quand on connaît les liens de proximité qui unissent le patron du groupe Bouygues et le président de la République. Sûr que le téléphone rouge fonctionne à plein...

TF1 favorable à la limitation du périmètre des chaînes publiques
Dans un texte envoyé en mars dernier à Bruxelles, le groupe TF1 qui a largement raté son entrée sur la TNT dénonçait déjà Â« le bénéfice pour les services audiovisuels publics, de droits spéciaux et exclusifs considérables relatifs notamment au droit de préemption et d’accès prioritaire à la ressource hertzienne ainsi qu’ à tout nouveau mode de distribution impliquant l’occupation du domaine public. Â»
« Ce traitement prioritaire et très profondément dérogatoire (accès automatique sans dépôt de candidature et sans souscription d’engagements...) est particulièrement perturbant pour les équilibres de notre secteur audiovisuel national puisqu’il s’exerce au profit d’un secteur public dont le périmètre fort étendu compte 5 chaînes nationales Â» déplore la filiale du groupe Bouygues. Une demande explicite de la limitation de ce « périmètre Â».

Le rapport pointe également des Â« pratiques de dumping (sur le marché publicitaire) ou de surenchère (sur le marché des droits audiovisuels) de la part des radiodiffuseurs publics. Â» Des pratiques génératrices de Â« fortes distorsions de concurrence Â».
Tf1 en appelle ainsi à  « L’interdiction et la répression effective de toute pratique de concurrence déloyale par « dumping Â» notamment sur le prix des écrans publicitaires Â», « déterminantes pour la préservation des équilibres économiques d’un secteur en mutations constantes. »

Interdire les profits aux chaînes publiques
La première chaîne souhaite que soit clarifiée la notion d’activités commerciales pour les chaînes publiques. Selon TF1, « Le principe même du financement -même partiel- par l’Etat de services payants est inacceptable. Il est en effet particulièrement choquant et économiquement aberrant que des fonds publics, et notamment le produit de la redevance, puissent être utilisés à la mise sur le marché et au développement de services dont l’accès est conditionné à un paiement par le téléspectateur déjà contribuable de la redevance. Â»
La chaîne juge même Â« qu’il n’est pas acceptable que les radiodiffuseurs publics puissent réaliser des profits fussent-ils marginaux(…). Tout excédent constaté en fin d’exercice financier doit s’inscrire en débit du montant des aides d’Etat calculé pour l’exercice suivant. Â»

Sur le fond, à travers ces diverses citations, c’est bien le souci de TF1 d’éliminer un de ses principaux concurrents qui transparaît. D’ailleurs TF1 ne masque pas cet objectif : Â« Nous estimons qu’il est possible de caractériser les activités de service public au regard de critères pertinents et simples comme le caractère réellement alternatif ou complémentaire de l’offre proposée par le service public. Il s’agit de répondre à une demande non satisfaite par le marché par une activité qui ne se caractérise pas par la poursuite d’objectifs commerciaux. La priorité est donc de ne pas fausser les règles de la concurrence. Â»

La commission européenne entendra-t-elle les voix de TF1 ?
Difficile d’être plus explicite. Reste à voir si à l'instar des députés UMP, fortement influencés par les positions de TF1 au moment de la rédaction du projet de loi sur l’audiovisuel, la commission européenne tiendra compte des avis de la chaîne du groupe Bouygues. Réponse mi-2009, date à laquelle la commission publiera sa nouvelle communication sur les chaînes publiques de télévision.

tf1bruxelles.pdf tf1bruxelles.pdf  (291.26 Ko)





Dans la même rubrique :
< >

Samedi 11 Février 2012 - 12:01 Renault au Maroc. Et il est où le «Made in france» ?

Samedi 4 Février 2012 - 12:01 Electeur 2012 : comment François Hollande a conquis Chloé



Le Mag

A partir de 5,99 € abonnez-vous à Marianne Numérique

S'abonner


La newsletter Marianne La page fan Facebook Marianne Marianne sur Twitter Marianne sur votre Mobile