Abstention: plutôt que de pleurer, qu’ont les politiques à proposer?
Dimanche soir, sitôt les résultats du premier tour connus, les responsables politiques verseront des larmes de crocodiles sur l’abstention. Mais plutôt que de pleurer sur notre démocratie en danger, peut-être ont-ils des propositions pour réconcilier les Français avec le vote?
L’exercice est convenu. À chaque nouvelle soirée électorale, le même cérémonial. Sur les plateaux télés, au soir du premier tour des cantonales, les responsables politiques se succèderont et verseront tous des larmes de crocodiles sur le thème : « Je voudrais vous faire remarquer Monsieur Pujadas (ou Madame Ferrari, c’est selon) que le premier enseignement de cette élection, c’est le taux incroyablement élevé de l’abstention. Qui peut s’en réjouir aujourd’hui ? Qui ? C’est inquiétant pour notre pays. C’est inquiétant pour notre démocratie ».
Marianne a donc pris les devants et se penche dans son numéro de cette semaine sur « ces millions de Français qui ne veulent plus voter ». Un dossier qui a été l'occasion d’interpeller certains responsables politiques des deux principales formations du pays, UMP et PS, pour savoir par quels moyens ils envisagent de ramener vers les isoloirs les plus abstentionnistes : jeunes et Français des classes populaires.
« Les gens restent politisés. Ils attendent 2012. »
Aurélie Filippetti, députée PS de la Moselle
Le canton de Maizières-lès-Metz est un désert industriel où l’abstention s’est élevée à 5 points au-dessus de la moyenne nationale lors des cantonales de 2004. Selon la députée PS, « ce phénomène est grandissant ». Mais les séances de porte-à-porte la rassurent : « Les gens restent politisés. Ils attendent 2012 ». Mais comment convaincre les plus abstentionnistes — les classes populaires — de se rendre aux urnes ? « En 2007, Ségolène Royal avait réussi ce pari. En 2012, il faudra tenir un vrai discours en matière industrielle, expliquer comment éviter les délocalisations et préciser la place de la France dans l’Europe. On ne peut pas continuer à dire : l’euro, c’est bien parce que c’est bien. C’est vrai, mais ce n’est plus suffisant. »
« Nous menons une action très vive pour inciter à aller voter. »
Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy, Seine-Saint-Denis
Ateliers hebdomadaires, jeux de rôle avec les militants, journal électoral, dans la Seine-Saint-Denis, Eric Raoult a décidé de prendre le taureau de l’abstention par les cornes. « Nous menons une action très vive pour inciter les électeurs à aller voter, explique le député-maire du Raincy. Tenez, lors de la journée de la femme, on a offert une fleur bleue à toutes les mamans à l’entrée des écoles. » Pas sûr que cela suffise à convaincre les abstentionnistes. L’élu le reconnaît lui-même : « Le gouvernement n’a pas résolu le problème du chômage, de l’insécurité, de l’immigration. » Dans ces conditions, « l’électorat UMP peut bouder, attendre », et donc s’abstenir aux cantonales. Peu importe, l’essentiel pour Raoult « c’est que les gens qui ont voté Sarkozy en 2007 se déplacent en 2012. »
« Le vote utile est dépassé »
Laurianne Deniaud, présidente du Mouvement des jeunes socialistes
« Pour intéresser les jeunes à la politique, il faut arrêter de les traiter comme tels ! » Cette saillie est signée de la présidente du Mouvement des jeunes socialistes, Laurianne Deniaud ! Candidate « suppléante » sur le canton de Saint-Nazaire Est, elle admet chez les jeunes une « forme de fatalisme ». Impensable donc de les mobiliser seulement sur « l’antisarkozysme et l’anti-Marine Le Pen » : « Le vote utile, c’est dépassé ». Ce qu’il faut, dit-elle, ce sont des propositions sur l’emploi, le logement, la santé... Du lourd, en somme, pour une génération accusée souvent de légèreté dans son engagement pour cause d’adhésion à d’improbables groupes Facebook et de « pétitionite » en ligne aiguë. Faux débat pour Deniaud : « Tout ce qui fait vivre le débat public est bon pour la démocratie ».
« Pour les cantonales, l'abstention sera forte »
Alain Marleix, secrétaire nationale chargé des élections à l’UMP
Qui savonne la planche de l’UMP aux cantonales ? L’UMP elle-même ! Depuis que Jean-François Copé a lancé la campagne, chacun en fait le moins possible. « On risque d’avoir un taux d’abstention fort car c’est une élection locale », constate Alain Marleix, comme pour excuser le manque d’entrain de son parti. Il poursuit : « La presse ne médiatise pas les cantonales. » Pas plus que l’UMP : « On n’a pas fait d’affiches spécifiques pour les cantonales. » Le parti majoritaire considèrerait-il que le scrutin n’en vaut pas la peine ? « Cette année, les élections cantonales sont isolées, et à cause de la réforme des collectivités territoriales, les conseillers généraux ne seront élus que pour trois ans. » De quoi donner envie de voter...
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