Marianne2 2012

AFP et UMP montent en bateau...

Mercredi 21 Mai 2008 à 07:04 | Lu 14317 fois I 39 commentaire(s)

Philippe Cohen

Le conflit entre Frédéric Lefèbvre et l'AFP a été évoqué. Mais personne n'a fait connaître dans le détail les déclarations de «Pulp Fiction», comme on l'appelait pendant la campagne. Edifiant... et inquiétant.


Pulp Fiction, c'était le surnom de Frédéric Lefèbre durant la campagne
Pulp Fiction, c'était le surnom de Frédéric Lefèbre durant la campagne
Pourquoi fallait-il qu'en plus des multiples fronts sur lesquels elle ferraille – OGM, Constitution, retraites, 35 h, etc.) — la majorité se rajoute le curieux dossier AFP ? C’est un nouveau mystère de la sarkophonie devenue assourdissante en ce printemps. A la base, un communiqué un peu bêta de l’UMP qui souhaitait exploiter au mieux le jugement défavorable à Ségolène Royal dans le litige social qui l’oppose depuis des années à deux de ses collaboratrices. La non-reprise de ce communiqué – publié plusieurs semaines après l’événement - a déclenché une vaine guérilla menée par le fébrile Frédéric Lefèbvre, lequel ne s’est pas gêné pour dénoncer l’engagement partisan de l’Agence. La ministre de tutelle Christine Albanel a cru bon de le relayer en suggérant que « l'AFP mette à disposition de ses abonnés l'ensemble des communiqués de presse des partis. »
On imagine aisément la suggestion mise en pratique : les abonnés de l’AFP contraints de frayer leur chemin électronique à la machette au milieu des dizaines de milliers de communiqués qui ne manqueraient pas d’encombrer leurs écrans chaque semaine…
Bref, on sombre dans le ridicule… et la paranoïa. Car l’admonestation de Lefèbvre coïncide avec l’adoption du contrat d’objectifs et de moyens (COM) de l'Agence, lequel prévoit cette année une rallonge de 20 millions d’euros destinée à financer la rénovation de son système informatique. De là à penser que l’ami Lefèbvre menacerait du bâton afin d’échanger la carotte contre une normalisation sarkozyste, il n’y a qu’un pas que certains syndicalistes « durs » de l’AFP ne se sont pas privés de franchir lors de l’Assemblée générale du 13 mai. Ce jour-là, les agenciers réunis en AG ont évoqué plusieurs moyens d’action, depuis la classique participation à la journée de grève du 22 mai jusqu’à la manifestation organisée mercredi 21 mai à 15 heures devant le siège de l’Agence, à laquelle ils appellent les journalistes des autres médias. Un afpiste avait une suggestion plus drôle, proposant que l’Agence publie durant, quarante huit heures, tous les communiqués en sa possession, histoire de voir le joyeux bordel qui en découlerait…

Des doléances plus ou moins élégantes
Rassérénés par le comportement de leur patron, Pierre Louette, qui a pris leur défense et s’est«incrit en faux contre l'idée qu'il existerait 'une ligne éditoriale' de l'agence», les agenciers sentent bien qu’ils peuvent gagner la bataille contre le jeune Lefèbvre. D’autant que, si les journalistes de l’AFP sont généralement à gauche (comme la très grande majorité de leurs confrères d’ailleurs), ils peuvent à bon droit rétorquer aux umpistes mécontents que Ségolène Royal n’a pas été moins tendre que Frédéric Lefèbvre dans un passé tout récent. Lorsque, début avril, l’AFP avait rendu compte de l’issue défavorable à Ségolène Royal de son fameux litige social avec ses deux collaboratrices, la chef de service avait dû essuyer un coup de fil pointilleux de l’ex-candidate à la Présidentielle, affirmant que la dépêche avait « exagéré » le nombre de jours non payés. « Que comptez vous faire pour réparer cette faute ?», aurait-elle insisté sans rire pour pousser la «négociation» à son avantage...
En revanche, même si elle a défendu la journaliste de l’AFP qui suit l’UMP, la hiérarchie est gênée aux entournures : ce n’est pas la première plainte du parti majoritaire concernant le traitement journalistique qui remonte, même si les doléances furent plus discrètes et élégantes par le passé.
On aurait pu en rester là. C’était sans compter la pugnacité de Lefèbvre. Non content de demander au Conseil supérieur de l’AFP de se prononcer, le député est allé jusqu’à souhaiter l’existence d’une autre agence, le 13 mai dernier, dans une réponse à l'AFP très peu relayée par la presse. Verbatim : «L’AFP est une agence privée qui bénéficie d’un soutien de l’Etat très important ; donc il n’est pas anormal que l’Etat se pose des questions en tout cas s’il considère que l’objectivité est en cause en tout cas, comme parlementaire ; il est normal qu’on se pose cette question s’il y avait une volonté de la part de l’AFP de se soustraire à ses obligations d’objectivité inscrite dans son statut. Il est normal que la collectivité se pose des questions pour savoir dans quelles conditions on doit de ce fait créer en France une vraie objectivité. Faut-il une nouvelle agence ? Aider les agences existantes ? Créer un cadre qui oblige à cette objectivité. »
Le député UMP avait cependant la charité de préciser : « Il ne s’agit évidemment pas de contrôler le travail des journalistes mais d’imposer que l’on ne puisse pas dans les dépêches factuelles, censurer un parti politique.»
On appréciera la profondeur de la pensée et la clarté de l’exposé. En tout cas, la sortie de Lefèbvre a toutes les chances de jeter de l’huile sur le feu. D’autant que le conseiller parlementaire de Sarkozy – autrefois surnommé Pulp Fiction – a été, en quelque sorte, relayé par son patron lorsque, le 7 mai, le président s’en est pris à l’AFP http://www.marianne2.fr/Sarkozy-cible-le-JDD,-Esperandieu-vire-Coincidence-_a86956.html (ainsi qu’au Journal du Dimanche, l’Express, le Parisien-Aujourd’hui et Marianne). Depuis le porte parole du gouvernement Luc Chatel est lui aussi revenu à la charge avec les mêmes arguments. A l’Elysée, cette démarche n’est pas forcément bien perçue par certains conseillers qui lèvent les yeux au ciel en évoquant la sortie anti-médias du président : « Vous savez comment il est. » Sous-entendu : sanguin certes, mais pas méchant…







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